Libérez Lénine!

Par Philippe Paquet

La Russie, c’est ce pays fabuleux si merveilleusement décrit par ses écrivains, de Gogol à Boulgakov. Il y survient des événements fantastiques qui ne pourraient jamais se produire ailleurs. Ici, c’est un dément qui a assassiné, démembré et mangé une jeune fille, puis intente un procès en diffamation à la mère de la victime parce qu’elle a osé le traiter de « cannibale » lors de son procès à Saint-Pétersbourg. Là, c’est un illuminé qui se fait enterrer vivant pour faire la démonstration de son courage, à Blagovechtchensk (Extrême-Orient), et qu’on déterre le lendemain raide comme le mort qu’il est évidemment devenu entre-temps.

Les histoires ne sont pas toutes aussi lugubres, fort heureusement. Elles peuvent même faire honneur à un certain humour russe. Les médias moscovites rapportaient ainsi mercredi qu’un sosie de Lénine a été interpellé, près du Kremlin, pour avoir proféré des insultes à une malheureuse vendeuse ambulante d’icônes et d’objets religieux, du côté de la place Rouge.

Emmené au commissariat, le dénommé Sergueï Soloviev se serait trouvé bien seul et démuni s’il n’avait reçu le soutien inattendu d’un sosie de Nicolas II, Viktor Tchepkassov à la ville. Désespérant de pouvoir sortir son compère des griffes de la police, ce dernier a finalement proposé qu’on le fusille, dans une fine allusion au sort que les Bolchéviques réservèrent, comme l’on sait, au dernier tsar de toutes les Russies, le 17 juillet 1918, à Ekaterinbourg.

Il se fait que Soloviev et Tchepkassov travaillent en tandem depuis neuf ans sur la place Rouge. « Pour un prix digne du prolétariat, c’est-à-dire 100 roubles (2,50 euros), nous nous faisons photographier et racontons l’histoire de notre pays aux touristes », explique « Nicolas II » sur le site « Lifenews.ru ». Une activité pédagogique qui serait de tout repos si le duo ne refusait pas de payer les pots-de-vin que la police cherche régulièrement à leur extorquer – un détail qui nous rappelle, lui aussi, que nous sommes bien en Russie.

Le succès de « Lénine » et « Nicolas II » atteste malgré tout de la grandeur de la Russie et de son pouvoir de séduction sur les étrangers. Quel touriste payerait chez nous pour se faire photographier avec un sosie de Leterme, De Wever ou Di Rupo, sans parler des seconds couteaux ? Et pour se faire raconter la pénible histoire de nos réformes institutionnelles ? Mais la Sainte-Russie n’a pas pour autant le monopole de la fascination sur les masses laborieuses. Des sosies de DSK ou de Berlusconi feraient très probablement recette.

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