La Transnistrie, une sempiternelle voie sans issue?

Il y a 20 ans, on assistait aux premiers affrontements meurtriers de la guerre en Transnistrie. Bien que les médias occidentaux présentent depuis deux décennies ce conflit comme la lutte de la démocratie moldave contre  » la dictature soviétique  » de Transnistrie, la population transnistrienne a été la première à verser le sang. Tout cela est arrivé dans les circonstances les plus défavorables du point de vue du respect des droits de l’Homme. Le 2 novembre 1990, la ville de Doubossary, en Transnistrie, a été le théâtre d’une action de protestation contre l’introduction de la police moldave dans la ville, laquelle a utilisé les armes à feu pour disperser les manifestants. Trois participants transnistriens à ce rassemblement ont été tués. Puis, en 1992, ce conflit va se transformer en une véritable guerre qui coûtera la vie de plus d’un millier de personnes.

La majeure partie de la population locale estime que ce n’était pas une guerre entre deux peuples, mais au sein des autorités des deux États venant d’acquérir leur indépendance et d’entrer en conflit. Officiellement, la Transnistrie est plus  » ancienne  » que la Moldavie indépendante, car sa déclaration de souveraineté a été adoptée en septembre 1990. Et cette dernière adoptée suite à la croissance du nationalisme moldave, et les discussions concernant l’adhésion à la Roumanie à la fin des années 80 a précisément conduit aux troubles de Doubossary. Les autorités moldaves, téméraires envers leur propre peuple, mais craignant Moscou, ont proclamé l’indépendance de l’ancienne république soviétique moldave par rapport à l’URSS seulement après l’échec du coup d’Etat d’août 1991 à Moscou, pratiquement une année après le premier sang versé.

Les deux peuples ne sont pas entrés en conflit au sens violent du terme. Ce qui est confirmé par le fait qu’aujourd’hui les Transnistriens et les résidents de la Moldavie  » de la rive droite  » circulent librement et que la délivrance des papiers nécessaires ne constitue pas de réels problèmes. Mais le leader immuable de Transnistrie, Igor Smirnov, et les leaders moldaves, changeants de temps en temps, n’arrivent toujours pas à trouver de terrain d’entente, bien qu’ils se soient assis récemment à la table des négociations à Moscou, avec la médiation du président russe Dmitri Medvedev.  » Je suis convaincu qu’il est parfaitement possible de résoudre le problème transnistrien », a déclaré Dmitri Medvedev en commentant la rencontre.

Pourquoi la paix recule-t-elle?

La cause principale de l’échec périodique des négociations, abandonnées pour la dernière fois en février 2006, est due aux ambitions des deux parties. Les craintes des Transnistriens de 1990-1992 concernant l’adhésion de la Moldavie à la Roumanie ont été vaines : les autorités moldaves sont trop ambitieuses pour remettre de leur plein gré le pouvoir à la Roumanie sous l’égide de laquelle leur pays se trouvait jusqu’en 1939. Mais ses ambitions ne leur permettent pas non plus de reconnaître le rôle politique autonome de la petite Transnistrie, qui appartenait à la République soviétique d’Ukraine au sein de l’URSS jusqu’en 1939. Les négociations se sont soldées par un échec.

La seconde raison de l’échec des négociations concerne la perception en noir et blanc du problème transnistrien par certains acteurs de la régularisation, selon la formule 5+2 (Moldavie, Russie, Transnistrie, Ukraine, OSCE + UE et les Etats-Unis en tant qu’observateurs).

L’Union Européenne, les Etats-Unis et l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) ne cachent pas leur mépris pour le régime transnistrien et leur méfiance à l’égard de la Russie. Ceci a été la raison de l’échec du  » plan Kozak  » en 2002, du nom du médiateur russe Dmitri Kozak. Contrairement au point de vue établi en Occident, en 2002 la Russie a agi dans l’intérêt de la Moldavie, mais la méfiance des partenaires occidentaux à l’égard de la Russie était trop forte pour permettre au Kremlin de recevoir les lauriers du pacificateur.

A qui la faute?

Bien sûr, il serait difficile de qualifier l’entité étatique créée par Igor Smirnov et ses partisans sur la rive gauche du Dniestr de paradis terrestre. La population qui se chiffre actuellement à 521.000 personnes diminue irrémédiablement. D’autant plus que les personnes les plus aptes à travailler partent gagner leur vie en Russie et dans les pays de l’UE. Il est difficile d’avoir une démocratie et de créer une économie transparente et efficace dans un pays qui n’est reconnu par personne.

Le stéréotype de la Transnistrie créé par les médias occidentaux, où elle a été cataloguée comme  » centre de contrebande et d’économie parallèle  », serait à la rigueur pertinent s’il était assorti de la question suivante : comment peut-on encore survivre dans un pays placé en dehors de la loi?

En 2006, le président moldave de l’époque Voronin et l’inoubliable président ukrainien Viktor Iouchtchenko avaient instauré un blocus économique de la région, car les marchandises à destination de Transnistrie n’étaient pas estampillées par la douane de Chisinau. Il serait intéressant de voir la réaction des pays occidentaux qui ont soutenu ces deux confrères si le Kosovo se voyait contrait à ne recevoir que les marchandises visées par la douane de Belgrade ? Pourtant la situation serait identique. Et où étaient les droits de l’Homme, tant appréciés de M. Iouchtchenko et des fonctionnaires de l’UE lorsqu’on bloquait à la frontière de la Transnistrie même la nourriture pour les enfants qu’il a été nécessaire d’importer au moyen de convois humanitaires russes?

Une éternelle voie sans issue

Le blocus a été levé quelques mois après sa proclamation en 2006, principalement parce qu’il était préjudiciable aux intérêts économiques de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Roumanie. Mais la reconnaissance par l’Occident d’un fait évident, à savoir que des populations de langues, d’histoires et de formations économiques différentes résidaient sur le territoire de l’ancienne république moldave, n’a toujours pas eu lieu. Le bien doit vaincre le mal, avec un score blanc de préférence. On entend toujours les mêmes exigences concernant le retrait des forces russes de maintien de la paix,  » le respect de la souveraineté de la Moldavie  ». Toujours cette même vision en noir et blanc : la gentille Moldavie européenne contre la méchante république soviétique moldave du Dniestr et ses alliés russes.

Étrangement, en 1992, lorsque la quatorzième armée russe commandée par le général Lebedev a mit un terme au conflit, toute l’Europe a poussé un soupir de soulagement. D’une manière ou d’une autre l’effusion de sang avait cessé. L’Europe oublie rapidement certaines guerres. Et c’est dommage.

Dmitri Babitch, RIA Novosti

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