Lettonie, ou l’inexistence en héritage

De nos jours, en Lettonie, terre européenne placée sous la suzeraineté de Bruxelles, 335 000 personnes, pour la plupart nées dans cette république balte, ne disposent d’aucune nationalité. Elles ne jouissent donc pas du droit de vote, ne doivent pas espérer devenir fonctionnaires, et par conséquent sont totalement exclues de la vie publique du pays. Ce triste état des lieux s’inscrit dans un contexte historique pour le moins tumultueux et sensible, que Vladimir Poutine a appelé la plus grande catastrophe géopolitique du 20ème siècle, la chute de l’Union Soviétique.

La Lettonie recouvra son indépendance le 21 août 1991, après des mois de troubles qui s’étaient soldés par le déploiement de troupes soviétiques dans les pays baltes. Dans un esprit de mesquinerie revancharde, les autorités du nouvel état indépendant décidèrent d’accorder la nationalité lettone à toutes les personnes ayant vécu en Lettonie avant le 17 juin 1940, ainsi qu’à tous leurs descendants. Cette disposition législative avait le but aussi évident qu’injuste d’exclure toutes les personnes issues d’autres républiques soviétiques, sachant qu’elles sont dans leur immense majorité russophones. De nos jours, pas moins de 44% de la population lettone a pour langue maternelle celle de Pouchkine, et ce chiffre monte jusqu’à 70% dans la capitale, Riga. Cependant, tous les russophones ne sont pas frappés par ces injustices institutionnalisées, puisque « seulement » 15% de la population se voit privée des droits civiques les plus élémentaires. Comment comprendre cet état d’apartheid qui caractérise un état membre de l’Union Européenne ? Ses origines se trouvent avant tout dans le profond sentiment russophobe qu’éprouvent les pays Baltes, après des années passées sous tutelle soviétique.

Ce sentiment russophobe, compréhensible, mais en aucun cas excusable, est une régurgitation nauséabonde d’idées nocives répandues notamment par les autorités politiques du pays. Le dernier exemple en date ? Girts Valdis Kristovskis, chef de la diplomatie, a soutenu le 3 novembre dernier, dans un courriel adressé à un médecin, que les russophones vivant en Lettonie ne devraient pas être soignés de la même façon que les Lettons « de pure souche ». Ces déclarations ont causé une onde de choc qui s’est étendue dans tout le pays, mais qui n’a apparemment pas touché Bruxelles, trop occupée avec les roms de Nicolas Sarkozy.

Un autre scandale, daté lui du 8 novembre, fut la nomination à la présidence d’une commission parlementaire de Visvaldis Lācis, ancien légionnaire SS. Il faut dire que les troupes hitlériennes ne sont pas considérées de la même façon sur les côtes de la mer baltique que dans le reste du monde : elles sont avant tout perçues comme étant les garantes de la liberté face aux aspirations soviétiques. Le fait que Visvaldis Lācis soit membre d’un parti raciste connu sous le nom de « Tout pour la Lettonie/Pour la mère patrie et la liberté » et qu’il soit devenu tristement célèbre pour son amour des théories raciales ne semble pas avoir posé de cas de conscience majeur aux parlementaires chargé de son élection. Mais l’hémorragie xénophobe ne s’arrête pas là, puisque c’est à la tête de la commission chargée du respect de la loi sur la citoyenneté que V. Lācis fut nommé. Autant élire Berlusconi à la tête de la police saoudienne pour la promotion de la vertu et la répression du vice…

Le tableau n’est cependant pas si noir que ça, des voix se faisant entendre ici et là pour qu’un véritable état de droit (pour tous) soit instauré. Depuis l’indépendance lettone, le nombre d’apatrides résidant dans le pays fut divisé par deux. Un bref calcul nous permet donc d’arriver au chiffre moyen de 22 000 naturalisations par an. Impressionnant me direz-vous ? Pas tellement, quand on regarde la situation près du Danube, où Bucarest espère pouvoir naturaliser 120 000 Moldaves par an ! Le gouvernement letton semble vouloir ménager la chèvre et le chou, le citoyen letton « de pure souche » et les instances internationales qui critiquent de temps à autres la situation dans cette ex-république soviétique. Une question se pose dès lors : jusqu’à quand l’Europe des discriminations laissera-t-elle place à l’Europe telle qu’on nous la présente dans les divers traités ?

 

Miroslav Koutny

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