Kadhafi n’avait pas de mobylette

Une odeur de poudre, de charogne et de sang séché flotte encore dans les rues de Syrte. Depuis l’encerclement de la ville, le 20 septembre, les armes n’ont cessé de crépiter. Elles ont maintenant fait place aux pleurs saccadés des mères qui enterrent leurs fils tombés au combat. La « libération » de la ville par les membres du CNT a été accompagnée d’un ratissage des égouts. Ils y ont découvert une personne de valeur, censée être la source de tous les maux qui les accablent. Il ne s’agit évidemment pas d’une tortue ninja, mais de Mouammar Kadhafi. « Le Guide » suprême devait sans doute organiser une visite des catacombes de la ville.

Kadhafi a alors tenté de prendre la fuite. Son convoi, composé d’environ 80 4×4, fut stoppé net par des frappes inopinées de l’Otan. Ces frappes étaient destinées à  « protéger la population civile », puisque Mouammar et sa bande tentaient de rouler sur les pieds d’un vendeur de pastèques qui se trouvait dans le coin. En aucun cas, la coalition menée par Sarkozy et Cameron n’a tenté d’assassiner le dictateur en fuite. Comment auraient-ils pu savoir qui était dans ces voitures? Les carences des services de renseignement européens sont encore plus grandes que celles dont souffre la CIA. Pourtant, cette dernière avait laissé le Mollah Omar s’échapper au guidon d’une mobylette. Il n’a depuis lors plus jamais réapparu. Au vu de ces éléments, il paraît évident que les satellites occidentaux étaient tout bonnement incapables de comprendre ce qui se tramait quand une colonne de véhicules blindés fuyait vers le désert. De la chance donc. Mouammar Kadhafi, lui, n’a pas eu la chance d’avoir une mobylette à portée de main.

Le dictateur s’est fait lyncher par les combattants « de la liberté, de la justice et de la démocratie ». Au pays des dictateurs aveugles, les Libyens sourds à la dignité humaine sont rois. Celui qui se montrait paternaliste avec ses citoyens est tombé sous les coups de ses « enfants ». Niché dans son monde irréel, il a sûrement dû s’exclamer « toi aussi, mon fils » en voyant ce combattant lui caresser la tempe avec le canon de son fusil. C’est de cette manière qu’il a rejoint les autres Ceausescu, Mussolini et dictateurs d’opérette.

De l’autre côté des Alpes, Gaulois et Britanniques se frottent déjà les mains face à la disparition de cet Hannibal des temps modernes. Les Américains et le Sud-Coréen onusien font de même. Avec des mots tellement creux qu’en eux résonnent encore les cris des victimes de cette guerre, ils saluent l’exécution barbare du sanguinaire dictateur. Les Grands Schtroumfs de la politique internationale se sont une fois de plus transformés en schtroumfs à lunettes moralisateurs. À grands coups sur la tête de démocratie, de liberté et de paix, ils comptent bien tuméfier la gueule de tous les dictateurs qui ne leur conviennent pas. Ce message empli de subtilité s’adresse avant tout à Bachar El Assad et à sa clique d’assassins. Mais pas à au riche cousin du Bahreïn, ni aux trafiquants d’organes du Kosovo et encore moins au petit protégé d’Arabie Saoudite. Ceux là, on peut les soutenir quand ils mettent des bâtons dans les rues assoiffées de liberté. Sans doute encore un coup des services de renseignement qui sont non pas aveugles, mais borgnes. À deux réalités, correspondent deux prix du sang. Ce principe d’usurier continuera à lapider notre dignité contre un peu de blé.

Le cadavre de Kadhafi a été exposé à Misrata à une foule en liesse. Voilà donc à quoi ressemble l’acte constitutif de la démocratie et de la liberté. On est loin de la lutte pour les droits civiques. Autre temps, autres mœurs direz-vous… Mais tranquillisez-vous, le « Guide » Kadhafi aura eu sa dernière exposition. La conception de ce spectacle rappelle étrangement celle qui avait eu le rebelle haïtien Charlemagne Péralte pour héros. Ce dernier luttait contre l’occupation américaine de son pays au début du 20ème siècle. Après avoir eu les organes remplis de plomb « made in USA », sa dépouille avait été exposée sur une croix dans le centre-ville de la capitale Port-au-Prince. Cet acte devait, tout comme il doit l’être pour la Libye, être une « transition historique ». Nous serons dès lors surpris d’apprendre que les plus grands experts de l’Histoire haïtienne ne sont autres que des fossoyeurs, des médecins légistes et autres dépeceurs de cadavres. La révolution Otano-libyenne, en se faisant fi des appels à la clémence de celui qui a apporté malheurs mais aussi bonheurs, a hypothéqué son avenir démocratique. Ores, il suffit de se cogner à un indigné de Madrid ou de New-York pour comprendre que les hypothèques n’ont plus de futur en ces temps troublés.

Gardons cependant un optimisme de façade. Il serait incorrectement politicien de dire aux contribuables qui payent les F16 que nos bombes ont saboté une dictature pour en mettre une autre. Motus donc. Place aux galimatias officiels. Citoyens de tous les pays du monde libre, réjouissez-vous ! Le dictateur ne se pâme plus ! Sa tente a été définitivement démontée, son service « amazone » restructuré et ses mercenaires enterrés !

Malheur aux vaincus !

Miroslav Koutný

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s