La Roumanie conspue Basescu, président-vampire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Roumanie tremble à son tour. De violentes manifestations secouent ce pays des Balkans depuis quelques jours. Les contestataires entendent protester contre la chute du niveau de vie et la démission de Raed Arafat. Ce dernier est un docteur sous-secrétaire d’État au Ministère de la Santé. Il quitte son poste alors que le président Basescu entend démembrer encore un peu plus un système de soins de santé déjà tuberculeux. Le Peuple s’insurge ressort les calicots de la révolution de 1989.


En Roumanie, l’extrême pauvreté est à chaque coin de rue. Elle se noie dans le regard de vieillards obligés de reporter une opération chirurgicale pour des raisons financières. Elle pousse les jeunes à opter massivement pour l’exode. Elle cloisonne des villages dans un archaïsme presque médiéval. Mais les Roumains se taisent. Du moins ils se sont tu. Les Roumains en ont assez de se taire. Ils ne veulent pas être saignés par l’ultralibéralisme économique prôné par le président Basescu. L’homme fort du pays, au pouvoir depuis 2004, entend se débarrasser de l’état social. Selon Basescu, l’état-providence doit laisser la place à un « état souple ». Mais qu’entend-il quand il parle de souplesse ?
La souplesse politique
En Roumanie, le seigneur désigne le manant qui ira le représenter auprès du suzerain. C’est pourquoi Elena Basescu, fille du président, fait preuve de la souplesse nécessaire que pour faire le grand écart entre un mandat de députée européenne et une participation à la jet-set. La trentenaire, ancien mannequin, a été choisie pour siéger à Strasbourg en 2009. Celle que ses opposants appellent la « Paris Hilton roumaine » n’en menait pourtant pas large au début. Les membres du PDL – le parti de son père – ne voulait pas d’elle. Il faut dire que l’image de la formation politique, déjà pilier d’une corruption institutionnalisée, ne voulait pas en plus être ternie par les nombreuses photos suggestives de la sulfureuse donzelle.  Mais peu lui importe. Elena se présente comme indépendante. Elle remporte un peu plus de 4% des suffrages, ce qui lui ouvre les portes du parlement européen. Traian Basescu, l’heureux papa, s’exclame aussitôt qu’il ne s’agit là que d’un exercice, que d’une première étape dans l’ascension politique. Elena Basescu se réengage immédiatement dans les rangs du PDL après avoir appris qu’elle était élue.

La souplesse économique
Qu’entend le président Basescu quand il parle d’un « État souple » ? Le président veut-il maintenir dans son pays un système où une élite corrompue et parasite suce le sang d’une masse laborieuse ? Basescu et la crise économique sont passés par la Roumanie. Il ne reste que des cendres. Les salaires déjà misérables des fonctionnaires sont réduits de 25%, la TVA augmente de 5%, les pensions sont doublement imposées, des milliers d’employés du service public sont renvoyés, la pauvreté explose. En contrepartie, le FMI accord un prêt de 20 milliards à Bucarest. L’institution financière félicite ensuite le gouvernement pour « sa créativité dans la réduction des déficits ». Mais la violence de ces réformes n’a pas eu raison de la patiente des Roumains. Ils ont enduré. Ils ont accepté que Basescu se présente comme un chancre de la lutte anticorruption. Ils ont accepté que le président propose de réduire les pouvoirs d’un parlement selon lui corrompu, alors que son parti y est représenté en force. Les Roumains ont accepté que leur pays se voie une fois de plus recaler à l’entrée de l’espace Schengen. Ils ont hoché la tête quand Basescu a fusionné les élections locales et parlementaires. Ils se sont tu quand le président a diminué les sanctions destinées à punir la fraude et la corruption. Tout cela, ils l’ont accepté. Mais la désarticulation du système de santé, ça, ils ne l’acceptent pas. Trop, c’est trop. Le Roumain a droit à avoir des soins de santé décents, et ce même s’il n’est pas issu de la famille royale… pardon, présidentielle. Le Roumain est fier. Il ne ne veut pas avoir à mendier pour se soigner.

Depuis, les manifestants font corps avec Raed Arafat, ce Palestinien né en Syrie. L’homme a démissionné de son poste de sous-secrétaire d’État au Ministère de la Santé pour protester contre la politique ultralibérale menée par Basescu. Plusieurs grandes villes roumaines vivent des scènes d’intifada : des contestataires caillassent les forces de sécurité qui répond avec des grenades, lacrymogènes cette fois-ci. Les vieux symboles de la révolution, tel que le drapeau national coupé au milieu font leur réapparition. À l’époque, il s’agissait d’enlever les armoiries d’un régime honni. Aujourd’hui, il s’agit de dénoncer une kleptocratie qui maintient le pays dans l’abîme.  Le printemps arabe s’invite au pays de Dracula.

Miroslav Koutny

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