Égypte, une révolution sous calmants

Un an. 12 mois. 365 jours. Une révolution solaire qui vient en terminer une autre. Ou plutôt qui vient rappeler aux Égyptiens que tout reste à faire. Un premier anniversaire qui vient souligner les promesses démocratiques encore balbutiantes. Plus personne ne semble se réjouir. Tous attendent, en silence ou en hurlant leur soif de liberté. Seul le pouvoir militaire souffle les bougies en feignant la félicité. Quant aux Chrétiens, ce sont les explosions qui ont éteint les cierges de leurs églises.

Une année s’est écoulée depuis le départ du pharaon Moubarak. La détermination des révolutionnaires a mis en fuite le général le 25 janvier 2011. Une date que tous les Égyptiens voulaient voir marquée au fer rouge. Pourtant, peu semblent se réjouir du premier anniversaire du départ du dictateur désormais déchu. Leurs attentes ont été déçues, voire traînées dans la boue. Le Comité Suprême des Forces Armées (CSFA) au pouvoir semblait tout d’abord pencher du côté de la révolution. Les soldats se voyaient couverts de baisers, inondés de fleurs, le peuple égyptien semblait uni. Cette époque de douce ivresse a laissé place à une solide gueule de bois. Les militaires semblent avoir décidé lors de la révolution, que tout change… pour que rien ne change.

 
Certes, des élections se sont tenues dans un cadre relativement pacifié. On ne déplore pas d’éruption majeure d’hémoglobine. Les résultats des élections législatives qui viennent de se terminer donnent la part belle du gâteau aux islamistes, modérés en tête. Certes, le maréchal Tantaoui (à la tête du CSFA) a finalement accepté d’avancer à juin l’élection présidentielle. Mais pour obtenir ce résultat, il aura fallut que des dizaines de jeunes tombent encore sous les balles du gouvernement. Certes, le régime vient de libérer 2000 personnes emprisonnées selon le bon vouloir de juges militaires. Le maréchal Tantaoui a par ailleurs annoncé vouloir lever l’état d’urgence en place depuis des décennies. Tous ces signes encourageants ne sauraient cependant occulter l’extrême lenteur de la transition.

 
En Égypte, les classes sociales ressemblent aux pyramides. Au sommet, une élite qui a pour religion la corruption. À la base, une masse de miséreux. Cette base sert de terreau aux Frères musulmans et aux salafistes. À coups de projets de développement social, ils remplacent un état inexistant. L’armée toute puissante s’accapare avec un appétit gargantuesque des fonds qui devraient et auraient dû servir au bien-être populaire. Pour ce faire, des généraux couverts de médailles ne cessent d’agiter la « menace » israélienne. L’ennemi juif sort chaque fois du placard tel un épouvantail dès que les privilèges de la marmaille soldatesque sont remis en question. L’ennemi extérieur chasse dès lors l’ennemi intérieur incarné dans les inégalités abyssales. Pareille situation ne saurait évidemment pas déboucher sur un climat politique stable, bien au contraire. Les militaires feignent de ne pas saisir le problème. La mitraille finira toujours bien par étouffer toutes velléités de contestation.

 
Le pouvoir de l’argent, omniprésent avec Moubarak, a laissé place au pouvoir du sang. Cela, les Coptes (chrétiens d’orient) l’ont bien compris. Du temps de la dictature ploutocrate, les chrétiens, qui représentent près de 10% de la population, se taisaient. Le régime abattait sa matraque sur toutes les têtes, sans distinction. Les chrétiens étaient en quelque sorte égaux dans l’absence de droits. Mais la révolution est venue tout chambouler. Dorénavant, l’Égyptien se met à rêver de droits. Les vieilles haines refont surface. Les crispations religieuses peuvent s’exprimer. Certains, salafistes en tête, veulent voir les chrétiens relégués au rang de citoyens de seconde zone. Au rang des métèques qu’on trouvait à Athènes durant l’antiquité. Des métèques qu’on « tolère » bon gré mal gré sur une terre d’Islam, mais qu’on dépouille de tous droits. Des métèques qui doivent vivre cachés et qui ont pour divine obligation de… la fermer. Ce vaste programme politique est partagé de toute évidence par les citoyens qui ont donné leur voix aux salafistes. Soit un Égyptien sur quatre et par l’armée. Les militaires l’ont bien fait comprendre aux coptes désireux d’exprimer leurs désirs. Lors de manifestations de toute évidence pacifistes, les balles militaires sont venues s’ajouter aux pierres salafistes pour faucher les coptes. À plusieurs reprises. Sans vergogne. Dans l’indifférence d’un peuple épris de liberté pour presque tous. Des églises sont parties en fumée suite à de simples rumeurs rampant dans l’imaginaire populaire. L’exode semble de plus en plus être une solution pour les coptes. Des familles entières s’en vont, sans se retourner. Sans jeter un regard sur ce qui fut également leur révolution.

Miroslav Koutny

Vidéo ayant fait le tour du monde sur la brutalité policière durant la période dite « de transition »:

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