La création de l’immaculée information

C’est toujours la même chose. On déshumanise. On désacralise la vie. On divise le monde en deux. On pointe du doigt. On recouvre nos portes d’une épaisse trainée de sang. Le sang que d’autres coulent pour nous nous protège de tout examen de conscience. C’est à celui qui versera l’hémoglobine de la façon la plus spectaculaire. C’est à celui qui postera le plus vite sur Youtube les fruits de la violence.

 
L’objectif suprême du journaliste est de rechercher et de publier la vérité. Les conflits qui viennent incendier le monde nous rappellent que cette vérité est plurielle. On l’accommode à nos désidératas. On l’arrange pour que lors du JT, l’Occidental ne s’étouffe pas de surprise en avalant son gigot du soir. On la maquille pour que d’une façon ou d’une autre elle finisse par épouser notre vision du monde. On l’habille avec des couleurs vives, facilement discernables les unes des autres. Tout doit être clair : d’un côté le méchant, de l’autre la victime aux penchants héroïques. D’un côté l’ignoble sorcière, de l’autre Blanche-Neige et les 7 crétins affalés devant leur poste de télévision.

 
L’exemple syrien abonde dans ce sens : rien n’est fait pour dévoiler la complexité des choses. On réduit l’histoire à une lutte immaculée pour la liberté. Face à cela, des bourreaux qui travaillent les mains dans les tripes. Jamais on ne remet en question les informations qui nous parviennent. Jamais on ne se souvient que la propagande est une arme encore plus destructrice que les balles.

 
La création de l’information de guerre suit toujours le même cheminement. Pour faciliter la perception des combats, les médias prennent toujours parti pour l’un ou l’autre belligérant. Il est ensuite intronisé en parangon de liberté, de démocratie et de justice. Après avoir été adoubé par CNN et la BBC, son opposant est réduit à l’état d’animal. On lui colle sur le dos tous les crimes possibles et imaginables. L’ennemi est alors traîné dans la boue. Il devient tueur d’enfants, incendiaire d’hôpitaux, violeur de religieuses, affameur de populations. Même un ongle incarné devient la preuve de son immonde barbarie.

 
Les dictateurs de la trempe de Mouammar Kadhafi, Bachar El Assad et Saddam Hussein ne sont évidemment pas des disciples de l’abbé Pierre. Certes, ils ont du sang sur les mains. Les fondations de leurs palais ont assurément été creusées sur les tombes de leurs opposants. Ils méritent probablement de se faire piquer les fesses par les fourches du diable. Mais ceux qui veulent les remplacer sont-ils forcément mieux ? Sont-ils aussi innocents qu’ils ne tentent de nous le faire croire ? Rien n’est moins sûr.

 
Aujourd’hui, l’information de guerre est gérée à l’image d’un fast-food. Pour assouvir l’appétit gargantuesque d’une population en mal d’images, nous avons créé un nouveau modèle. Vite, toujours plus vite ! Peu importe les conséquences ! Peu importe si après s’être gavé le téléspectateur se larve dans un amas d’idioties simplificatrices ! Peu importe si pour le satisfaire les abattoirs de vérité doivent tourner à plein régime ! Ce qui compte c’est la quantité d’informations qu’on peut digérer. Et quantité ne rime jamais avec qualité.

 

 

Miroslav Koutný

 

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