Après la révolution bolchévique, la révolution des pleins fric!


Russes et Européens n’évoluent pas dans un même schéma de pensées. Les Européens semblent rêver d’un « automne russe ». Ce désir ne deviendra pas réalité tant que les Russes n’auront pas accès à une meilleure qualité de vie. Pour beaucoup, c’est : « le bien-être d’abord, le libéralisme peut-être plus tard ».
En décembre dernier, les chancelleries occidentales se frottaient les mains. À leurs yeux, Vladimir Poutine allait peut-être être enfin poussé vers la sortie. Quelques milliers de manifestants battant le pavé contre des fraudes avérées faisaient leur bonheur. Qui sait, peut-être allait-il être lynché comme Kadhafi ? Poussé à s’exiler dans un de ces « camps de vacances » où l’on peut jouir de tous les charmes de la Sibérie ?  Toutes les hypothèses étaient sur la table. Mais aucune ne se réalisera, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, Poutine est considéré par l’extrême majorité des Russes comme celui qui a sauvé la Russie du chaos. Les années Eltsine qui précédèrent l’arrivée de Poutine sont marquées par la corruption, la violence, le  pillage organisé des reliquats de l’industrie et l’asservissement aux intérêts occidentaux. La fameuse « thérapie de choc » qui ramène la Russie dans le camp capitaliste se solde par une misère insupportable. Le Russe est humilié. Il vivait dans un Empire superpuissant, il vit dorénavant dans un pays du Tiers-Monde. Au tournant des années 2000, un homme jeune et à la langue bien pendue se présente. Il jure de « buter jusque dans les chiottes les terroristes ». Il matraque à coups de knout les oligarques qui ont tendance à trop confondre pouvoir politique et pouvoir économique. Il traque la pègre. Le nouveau tsar redonne une fierté à une Russie violée par le libéralisme. Le nouvel homme fort du pays a redonné espoir à toute une nation. Le chaos est jeté aux oubliettes de l’Histoire. À Moscou, l’ordre règne.

Le passé des Russes est fait d’hommes forts, despotes éclairés ou tyrans sanguinaires. La démocratie à l’occidentale n’a jamais existé. Le pays développe un paradigme de développement qui lui est propre. Le leader Jirinovski a dit un jour : « Même si la Russie était une démocratie, elle serait une dictature ». Cet amour pour l’autoritarisme a conduit le plus vaste pays du monde a assumer à maintes reprises le rôle de leader européen, voire mondial. Alexandre Ier a libéré l’Europe, tout comme l’URSS l’a fait. Alexandre II, le seul tsar aux aspirations un tant soi peu démocratiques est mort assassiné. Poutine, lui, n’est ni sanguinaire, ni démocrate. Il est l’aboutissement d’une Histoire faite de dictatures et de révolutions.

Justement, les Russes en ont marre des révolutions. De Kaliningrad à Vladivostok en passant par Moscou, ils veulent la paix. Les Russes veulent l’amélioration économique. La liberté politique comme on l’a connait ici viendra ensuite. La meilleure preuve venant étoffer ces arguments est à trouver dans le mouvement de contestation actuel. Tout d’abord, on remarque que c’est Moscou qui a tendance à s’agiter le plus. La province somnole toujours. Or, Moscou peut paraître aux yeux du moujik sibérien comme un eldorado insaisissable. Autre preuve que la contestation est l’œuvre des riches : les manifestations en voiture. Les protestataires moscovites organisent des meetings en voiture, ce qui ne requiert pas d’autorisation. Ils attachent des rubans blancs à leurs rétroviseurs, aux poignées de portes, à l’antenne… Et du coup, offrent une magnifique publicité à des gros constructeurs automobiles allemands ! Porsche, Mercedes, BMW et Audi peuvent s’enorgueillir de faire souffler « a wind of change » sur les murailles du Kremlin ! La révolution des Lada n’est pas pour demain!

Miroslav Koutný

Advertisements

7 réponses à “Après la révolution bolchévique, la révolution des pleins fric!

  1. Tres bon blog. Je profite de cet article ou je me suis regalee, pour vous le dire : continuez, ca me plait et vous avez conquis une nouvelle lectrice. En plus cela faisait un moment que je cherchais quelque chose de bon dans ce domaine – eh oui, moi aussi c’est mon truc. Je vais un peu lire vos vieux posts et puis m’abonner au flux.

  2. Wowo ! Vous avez du vous mouiller la chemise pour ecrire tout cela ! Vous etes sacrement plus prolifique que moi! J’ai essaye de tenir un blog sur le meme domaine que vous mais ca prend trop de temps. Finalement je prefere suivre les autres et le votre est vraiment bien.

  3. Il y a quelques idées correctes mais également certaines nuances importantes qui échappent: la violence et la corruption n’ont pas diminué par rapport aux ‘années Eltsin’, l’ordre ne règne pas dans un pays où une guerre civile devenue guérilla sévit, Poutine est bel et bien sanguinaire et les protestations sont bien plus qu’une oeuvre de riches.

    Je doute d’ailleurs fort qu’une ‘extrême’ majorité de Russes considère Poutine aujourd’hui encore comme un sauveur. Ni vous ni moi ne pouvons le savoir exactement et vous savez pourquoi? Parce que le pouvoir met tout en oeuvre pour éviter que son peuple s’exprime et qu’on puisse donc répondre à cette question. Ce simple constat est problématique et pas uniquement d’un point de vue occidental.

  4. Guérilla? Si guérilla il y a, elle est uniquement limitée aux régions séparatistes du Caucase. Les années 90 étaient caractérisées par une violence extrême, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Par exemple, Rostov sur Don était le repère de la pègre. C’est moins le cas actuellement, on ne règle plus les différends à coups d’AK47.

    En quoi Poutine est-il sanguinaire? Il a fait la guerre en Tchétchénie, mais je pense pouvoir dire qu’elle était légitime. Les Tchétchènes ont remporté la première guerre. Ils ont installé un émirat islamique où on tranchait la main des voleurs. Ensuite, ils s’en sont pris à l’Ingouchie voisine. Il fallait rétablir l’ordre.

    On peut s’exprimer en Russie, même si ce n’est pas comme ici. Les exemples? Le journal Novaya Gazeta et la radio Echos de Moscou. Ces médias d’opposition ne se gênent pas pour le dire, et c’est tant mieux. Il faut se méfier de l’image retransmise par les médias occidentaux. Le prisme de la guerre froide est toujours d’actualité.

    • Violence du régime envers les mouvements d’opposition, violences contre les ‘tchornié’, les immigrés caucasiens, asiatiques et africains, violences envers les médias, etc. Cette violence existe encore bel et bien. Difficile de le nier. Elle vient peut-être moins de groupes mafieux mais d’autant plus du régime. Je doute que ça soit un argument en faveur du dit régime.

      Une guerre contre sa propre population ne peut être qualifié de légitime. ‘Les Tchétchènes’ n’ont jamais installé de gouvernement différent de celui de Moscou. Jamais. Il n’ont jamais gagné la moindre guerre. Il faut commencer par faire la différence entre des rebelles et la population. Poutine a profité de cette guerre civile pour obtenir l’autorisation officieuse de l’Occident pour un massacre de la Tchétchénie grâce au prétexte du terrorisme. Oui, massacrer une partie de sa population est plutôt sanguinaire.
      Le seul pouvoir religieux en Tchétchénie dans son histoire est l’actuel: celui de Khadyrov se rapproche fortement d’un émirat. Et ce avec le soutien de Poutine. Je doute que ceci aussi soit un argument en faveur du dit régime.
      Quant à la population tchétchène, ni Poutine et son chien de garde barbu, ni les rebelles ne les représentent. Ils n’ont jamais eu droit au chapitre et ne l’auront jamais puisque le régime fait tout pour en faire des citoyens de seconde zone puisque quasi tout leurs droits sont ‘suspendus’.

      Alors venons-en à la liberté d’expression. Vous voulez donner des exemples mais n’arrivez pas à en donner plus de deux, dont un dont les journalistes trop connus sont assassinés devant leur appartement. Ou devrais-je dire, ‘dont les journalistes trop connus sont buttés dans les chiottes’, pour utiliser une expression qui semble vous plaire. Il est bien normal que vous ne pouvez pas en citer plus: les autres sont trop petits pour représenter quoi que ce soit. Les médias libres ne représentent quasiment plus rien parce qu’ils ont subi la répression poutinienne. La même technique est appliquée pour les partis et mouvement d’opposition: ils existent mais sous la forme de communistes, extrémistes de droite et autres clowns sans la moindre crédibilité. Tout comme les médias crédibles, les partis politiques crédibles d’opposition ont été supprimés, interdits ou abattus. Je doute une troisième fois que tous ces faits soient un argument en faveur du régime.

      Il est bien beau de se montrer critique envers les médias occidentaux, de ne pas se laisser entraîner par la masse. Le problème est que vous ne semblez pas comprendre que les médias occidentaux sont libres et n’ont pas de profit à tirer d’une image déformée de Poutine. Certainement pas des médias sérieux. Ils sont donc crédible, contrairement aux médias russes.

  5. Oui, le racisme est malheureusement présent en Russie. Mais dans leurs discours Poutine et Medvedev ne cessent se souligner le caractère multiethnique du pays. Les violences raciales ne viennent que d’une certaine frange de la population, instrumentalisée par Jirinovski & cie. Quand ilo y a eu des débordements nationalistes sur la place du manège à Moscou, la police n’a pas hésité à fortement réprimer. Pour l’exemple.

    Les Tchétchènes ont gagné la première guerre. Les accords de Khassaviourt sont là pour en témoigner. Les troupes fédérales se sont retirées, laissant la république de facto indépendante. Peu après, ils organisent des élections et se choisissent Maskhamedov comme président. C’est quand ils ont commencé à s’en prendre à l’Ingouchie voisine que les choses ont mal tourné pour eux. Malheureusement, la guerre là-bas ne pouvait qu’être particulièrement violente À cause des Russes qui n’ont pas l’habitude de faire dans la dentelle, mais aussi à cause des guérilleros qui se cachaient au sein de la population. Ils utilisaient leur famille, voisins, amis comme des boucliers humains. Poutine laisse faire Kadyrov, il ne le soutient pas dans ses projets. En somme, il dit: « tant que tu me restes fidèle, tu fais presque tout ce que tu veux ». C’est triste, je suis d’accord. Mais peut-être vaut-il mieux ça qu’un nouveau bain de sang. Citons également le Kommersant comme média d’opposition. Quoique je me demande s’il n’a pas été racheté, à vérifier… Aussi non, un grand nombre de TV et journaux locaux ne se privent pas de casser du sucre sur le pouvoir.

    « Tout comme les médias crédibles, les partis politiques crédibles d’opposition ont été supprimés, interdits ou abattus ». Je ne vois vraiment pas de qui vous voulez parler. Pouvez-vous détailler? Je serai ravi d’apprendre le nom d’un politicien important qui aurait été abattu.

    La presse européenne est généralement de qualité. Mais elle vit deux contraintes: l’homme et l’asservissement économique. Comment expliquer qu’un journal comme « Le Figaro », proche de la droite sarkozyste, soit possédé par Serge Dassault, sénateur, et grand industriel? On se rend dès lors bien compte du carcan dans lequel doivent évoluer les journalistes. Impossibilité de dénoncer un scandale financier impliquant le groupe, impossibilité de critiquer trop vertement l’UMP… Personnellement, je n’appelle pas ça libre. Mais le Figaro est un cas extrême. Ils ont tous un certain profit à tirer en dépeignant un horrible portrait de la Russie. Ce pays est encore inscrit dans la mémoire collective comme l’antre du mal. En 4 ans d’études en journalisme, je ne pense pas avoir vu un seul article positif sur le pays. Comment expliquer cela?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s