Belarus: l’Europe otage de ses idéaux

 

L’Europe perd sa bataille pour le contrôle de l’Europe orientale. Face aux crédits russes, Bruxelles n’oppose que des discours moralisateurs. Prisonnière de son ancrage démocratique, l’Union Européenne ne manie que le bâton. La carotte revient à Moscou. Le Belarus est devenu le Waterloo des armées de diplomates européens. « Loukachenko doit choisir sa voie : la démocratie ou le tribunal de La Haye » clame le plus haut diplomate polonais.

 

L’Europe a le chic pour expulser le Belarus de son champ de gravité. La « Russie Blanche », considérée comme la dernière dictature d’Europe, ne plie pas sous le poids des sanctions européennes. Bien au contraire. Le président Alexandre Loukachenko et sa clique de dictateurs d’opérette en sortent plus déterminés encore. Le fait que le président biélorusse vient de refuser la grâce à deux hommes condamnés à mort pour les attentats du métro de Minsk en 2011 vient corroborer ces suppositions. Loukachenko savait qu’il allait s’attirer le courroux de Bruxelles. Mais peu lui importe, le grand voisin russe ne s’attarde pas sur ce détail. La réponse européenne, dès que les condamnés reçurent une balle dans la nuque, a été unanime. Un scandale ! Une honte ! Et peu importe si le débat sur la peine de mort se glisse fréquemment sous la porte des chancelleries occidentales.

 

Mais l’Europe ne se limite pas à titiller gentiment les sensibilités du président biélorusse. L’UE, de Lisbonne à Varsovie, adopte des sanctions à tour de bras contre le pays. Bruxelles prive de visa un certain nombre de personnages clefs dans la répression des opposants biélorusses. Loukachenko, magistrats, commissaires de police, hommes politiques : tout le monde en a pour son compte ! Les kleptocrates biélorusses ne peuvent donc plus venir dépenser leurs écus sur le noble sol européen. D’autant que leurs biens pas si bien acquis sont gelés sur le territoire de l’UE. Mais le train de sanctions ne s’arrête pas là.

 

Les grandes entreprises biélorusses, actives notamment dans les secteurs de l’armement et des télécommunications sont sur les listes noires de Bruxelles. Le motif ? Des rapports trop étroits avec la caste dirigeante. Certains pays européens, comme le voisin lituanien et l’Italie, étaient contre ces sanctions. Ces pays estiment que le peuple biélorusse sera le premier frappé. Mais l’objectif semi-avoué de Bruxelles est clair, il s’agit de pousser le Belarus dans les abysses de la crise financière. Le pays, déjà en proie à de très graves difficultés économiques, ne trouve plus de devises et expose un déficit commercial aussi creux que la philosophie de Jean-Claude Van Damme. L’Europe jette de l’huile sur les flammes de la crise économique, espérant que des cendres renaîtra une démocratie à l’européenne.

 

C’était sans compter sur le Kremlin. La coopération entre la Russie et son petit frère biélorusse ont toujours été privilégiée. En 1997, Loukachenko et Boris Eltsine signe un traité consacrant l’alliance de leurs pays respectifs. Le but est d’un jour intégrer le Belarus au sein de la Fédération de Russie. La coopération est large, et touche des secteurs aussi variés que la Défense, l’agriculture, l’énergie… Les coups de bâtons européens ne peuvent que pousser le Belarus à se rapprocher de la Russie. Moscou l’a bien compris. Le mardi 20 mars, un accord de libre-échange impliquant les pays de la communauté des états indépendants (CEI) est signé. L’Union monétaire est un rêve qu’on imagine bientôt croquer à pleines dents, après l’avoir longtemps caressé. L’Ukraine, dirigée par Viktor Ianoukovitch le russophone, suit le même chemin. Il faut dire que Kiev est exaspéré par les exigences sans cesse croissantes de Bruxelles.

 

Mais le contrepied russe ne s’arrête pas aux mesures politiques. L’argent que l’Europe refuse à Loukachenko, la Russie l’éparpille à coups de canon à neige. Subventions sur le pétrole, investissements titanesques, crédits à taux dérisoire… La Russie se donne les moyens de ses ambitions. Gazprom, le géant russe de l’énergie, achète la totalité des actions du groupe Beltransgaz, actif dans le transport du gaz. D’un coup, Moscou se donne deux atouts : le contrôle d’un intermédiaire du transfert de gaz vers l’Europe et le contrôle d’une entreprise « stratégique ». Et le président Loukachenko en redemande : « Le groupe public russe Gazprom devrait participer à la privatisation de la société Beltransgaz, mais aussi d’autres publiques biélorusses ». Qu’il ne s’inquiète pas, Moscou ne va pas s’en priver.

 

Si l’Europe veut un jour devenir une véritable puissance, elle doit être pragmatique. À l’image des leaders comme les USA, la Chine ou la Russie. Le propre d’une puissance est de s’assurer un espace d’influence. Mais comment créer une zone d’influence quand un ennemi potentiel prospère aux frontières ? La meilleure façon de mettre fin à l’autoritarisme de Loukachenko, c’est la politique de la main tendue. Le peuple biélorusse saura se servir de l’appel d’air pour expulser Loukachenko dans le musée des despotes disparus.

 

Le Revizor

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