Julian Assange, le fou qui défie les rois

 

Dire que les grands de ce bas monde ne portent pas Julian Assange dans leur cœur serait un euphémisme. Le fondateur de Wikileaks est même devenu un ennemi à abattre. Accusations de viol douteuses, menaces en tout genre, étouffement financier : tous les moyens sont bons. Mais l’Australien, en résidence surveillée à Londres, parvient encore à faire parler de lui. Assange a désormais sa propre émission télévisée « The World tomorrow », diffusée sur Russia Today ! Il a interviewé hier Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais. Une façon de s’attarder sur la crise syrienne.

Si ses compétences de journaliste peuvent être remises en doute, Assange excelle au moins dans un art. Celui d’empêcher les puissants de dormir. Le maître des insomnies a encore frappé fort. Dans son émission, destinée à donner la parole à ceux que personne n’écoute, il a interrogé le leader du Hezbollah. Terroriste pour les uns, résistant pour les autres, peu importe ! Le but est de croire dans un monde où tout le monde a la parole, peu importe l’étiquette qui lui colle au front. Comme on pouvait s’y attendre, les propos tenus durant l’interview par le leader chiite furent… dissonants.

Nasrallah, allié de Bachar El-Assad, s’est d’abord exprimé sur la crise syrienne. «  Depuis le départ, nous avons à faire à un régime qui est prêt à faire des réformes et prêt au dialogue. De l’autre côté, il y a une opposition qui n’est pas prête au dialogue, pas prête à accepter les réformes. Tout ce qu’elle veut, c’est faire chuter le régime. C’est un problème. » Rien de neuf, seuls ceux qui se droguent aux images fortes ne le voient pas. Seuls ceux qui puisent leur eau au même puits médiatique n’y croient pas.

Nasrallah dénonce également les pays arabes et occidentaux qui financeraient et armeraient déjà l’Armée Libre Syrienne, poings de l’opposition. En ligne de mire du résistant/terroriste (c’est comme vous voulez), le Qatar. Ce microscopique territoire où les derricks éclosent comme des boutons d’acnés sur le visage d’un adolescent s’immisce dans toutes les fissures qu’il trouve. Après avoir participé à l’assassinat de Mouammar Kadhafi, la pétromonarchie rêve de chasser le puissant ennemi syrien. Pour cela, le Qatar se veut dresseur d’éléphants médiatiques. Quelques cacahuètes à une presse occidentale à l’agonie, un coup de cravache à la chaîne télévisée Al Jazeera, et le tour est joué ! Bientôt, les éléphants avancent docilement, sûrs de l’impression qu’ils font sur le public.

Julian Assange est peut-être un violeur. Il est peut-être irresponsable. Il est certainement un voleur d’informations. Mais dans une planète où l’information est devenue un produit industriel, n’avons-nous pas besoin de ce genre de bandits ? N’avons-nous pas besoin que certains donnent la parole à ceux qu’on ne veut pas entendre ? N’avons-nous pas besoin que certains brisent les tabous en jouant leur vie ? Julian Assange est certainement fou. Mais une société a les fous qu’elle mérite.

 

Miroslav Koutny, le Revizor

 

Ici, la vidéo exclusive de l’interview de Nasrallah:

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