Derrière les manifestations au Québec, le choc des civilisations

Les civilisations se touchent, s’effleurent et parfois s’affrontent. En Belgique, les dissensions entre Flamands et Wallons soulignent l’incompréhension qui règne entre Latins et Germaniques. Au Moyen-Orient, les Arabes font face aux Perses. Tous situent leurs différences au niveau des référents culturels, des valeurs, des aspirations politiques, etc. C’est la même chose qui se passe au Canada. Le Québec, marqué par ses origines latines et francophones, refuse d’être assimilé au bloc anglo-saxon. Le conflit opposant les étudiants au gouvernement québécois de Jean Charest n’est pas seulement lié aux frais de scolarité. C’est une vision du monde qui est en jeu.

Cela fait 118 jours que cela dure. 118 jours qu’Anarcho-panda, Banane-rebelle et autres révolutionnaires déjantés battent le pavé dans les rues de Montréal. 118 jours que les étudiants font face à un gouvernement libéral aussi ouvert à la discussion qu’un crotale à la recherche d’une proie à dévorer. 118 jours que la muraille sociale francophone résiste aux assauts répétés d’un libéralisme barbare importé des cercles les plus socialicides de Chicago. Malgré cette incroyable ténacité, le gouvernement Charest ne desserre pas les mâchoires. Les frais de scolarité annuels devraient bien augmenter de 75% en cinq ans, passant de 2168 dollars canadiens à 3793 $ CAN. L’enseignement sera rayé de la liste des droits fondamentaux. Cette réforme embaume de « modernité » les sacrifices humains, offrandes destinées aux dieux de la finance.

Le premier ministre québécois, Jean Charest, est installé dans un quartier riche et anglophone de Montréal. Lui-même est imprégné de la culture dominante dans le nord du continent américain. L’amour du dieu-argent. Le chacun pour soi. Le marche ou crève. Cette culture, il veut la greffer dans sur la cervelle des habitants de la Belle-Province. Charest et son parti libéral veulent évangéliser nos cousins d’Outre-Atlantique. Les Québécois ont toujours connu ce que les Américains, mine dégoutée, yeux révulsés, qualifient comme « le socialisme européen ».

Mais qu’est-ce que « le socialisme européen » que les libéraux québécois tentent d’extirper des mœurs ? Ni plus ni moins qu’un pays où être malade ne signifie pas être incurable. Un pays où le chômage ne signifie pas un séjour dans un carton coincé entre une poubelle et une bouche d’égout. Un système où un fils d’ouvriers peut s’amouracher d’une fille de patrons sur les bancs de l’université. Ce « socialisme européen » est le garant de la cohésion sociale, au Québec comme en Europe.

Cette vérité est tellement tapageuse qu’elle a crevé les yeux du gouvernement. Les guignols aveugles qui le composent n’ont eu de meilleure idée que de restreindre le droit à la manifestation. Les policiers gazent plus vite qu’un poilu de la grande guerre. Les arrestations pour des motifs aussi farfelus qu’incohérents se multiplient. Pire : le gouvernement Charest agit comme les autorités du Bahreïn ! Le pouvoir a voulu à tout prix protéger le grand prix de F1 de la grogne populaire. Le sport d’abord, la justice après !

Soutenir ce que certains appellent « le printemps d’érable » est un devoir. Lutter pour le portefeuille des étudiants du Québec, c’est aussi se battre contre l’uniformisation culturelle. C’est apprendre aux titans d’argent qu’on ne se dresse pas impunément contre le peuple.

Le Revizor

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