Égypte: quand une révolution en cache des autres

 

Dieu sait à quel point religion et politique ne font généralement pas bon ménage. Les ensoutanés ont fait couler plus de sang que d’eau bénite. Certains enturbannés diffusent leur foi aux quatre coins du monde à l’aide d’explosifs. D’autres, qui font pourtant partie de ce qu’on appelle grossièrement « la seule démocratie du Moyen-Orient », s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout un peuple. Pourtant, la victoire du candidat des frères musulmans à la présidentielle égyptienne a de quoi réjouir. Car si Mohammed Morsi n’est pas le candidat rêvé pour les Occidentaux, il perpétue la révolution.

« Je suis le président de tous les Égyptiens ! Je t’appelle, grand Peuple d’Égypte, à renforcer notre union nationale. L’union nationale est le seul moyen de sortir de ces temps difficiles » s’exclame avec force le président Mohammed Morsi. Dès le début, il souhaite rassurer le peuple sur ses intentions. Il promet de préserver les droits de l’importante minorité chrétienne. L’unité qui a prévalu sur la place Tahrir doit être protégée des appels à la haine. En élisant Mohammed Morsi et non Ahmed Chafik, le candidat chéri de l’armée, c’est la révolution qui continue.

Cette révolution a encore beaucoup d’ennemis à chasser. L’armée tout d’abord. Toute puissante en Égypte, elle souffle le chaud et le froid. Récemment, elle a dissolu le parlement dominé par les islamistes. Les soldats tiendront les rênes du pouvoir législatif jusqu’au prochain scrutin. En cause ? Le viol des règles électorales lors des dernières élections législatives. Surprenant qu’il aura fallu quelques mois aux militaires pour se rendre compte d’éventuelles infractions, alors qu’elle-même a violé avec fureur tous les droits élémentaires des Égyptiens durant des décennies. Mais soit, passons.

Les soldats ne se contentent pas de s’arroger le pouvoir législatif. Ils souhaitent également conserver un droit de regard lors de la rédaction de la prochaine constitution. Rappelons que c’est le parlement dissolu par les militaires qui en était chargé. En attendant, le président issu des frères musulmans se retrouve à la tête d’un pays dépourvu de tout texte légal élémentaire. Que peut-il entreprendre, si ce n’est se démener dans le vide ? Ses prérogatives ne sont pas connues. Il va devoir les négocier avec l’armée. Coran contre tanks, devinez qui l’emporte !?

Si Mohammed Morsi risque d’être du moins dans un premier temps un président sans pouvoir politique, il a au moins le pouvoir de susciter l’espoir. Après des décennies de pouvoir militaire, les Égyptiens veulent vivre comme bon leur semble. Ce qui leur semble bon s’appelle Islam. Libre à eux d’égrainer autant de chapelets qu’ils veulent. Mais l’Égypte est aussi le pays le plus peuplé du monde arabe, et donc un de ses « leaders naturels ». De ce fait, l’élection Mohammed Morsi  à la présidence a été ressentie comme un tsunami dans plusieurs pays. Des vagues de Gazaouis en liesse ont inondées les rues de l’enclave palestinienne. Au Yémen, des milliers de sympathisants ont laissé éclater toute leur joie. Désormais, les Arabes aussi peuvent se choisir une destinée. Ce n’est plus un luxe inaccessible, mais une réalité.

Mohammed Morsi suscite également un autre espoir. Il souhaite rapprocher l’Égypte sunnite de l’Iran chiite. Au-delà de ça, abattre les murs qui divisent depuis des siècles ces deux branches de l’Islam. Rêver à un Islam uni. Contrer les Occidentaux qui divisent pour mieux régner. En tendant la main à l’Iran, l’Égypte de Morsi se positionne en véritable leader, reléguant les pétromonarchies du Golfe là où elles feraient mieux de rester : au fin fond du désert. De fait, le Qatar, ce minuscule territoire gangréné par des flots de dollars, exporte tout autant des hydrocarbures que son incroyable capacité de nuisance. L’Arabie Saoudite réprime dans la joie et la bonne humeur les populations chiites martyrisées par une monarchie moyenâgeuse au Bahreïn. Espérons que l’Égypte mettra fin aux ignominies de ces rois d’opérette.

La révolution est un ogre qui dévore souvent ses propres enfants. Les Robespierre, Danton et autres  Trotski le savent bien. Pourvu qu’avant que la révolution égyptienne ne digère les éléments les plus islamistes, elle aura d’abord englouti tous les ennemis de la nation égyptienne et arabe.

Le Revizor

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4 réponses à “Égypte: quand une révolution en cache des autres

  1. Pas trop d’accord avec votre analyse… Notamment en ce qui cioncerne les rapports avec les « monarchies du Golfe ». Qatar est la plaque centrale des mouvements « révolutionnaires ». Jusqu’à quel point en accord avec les US ?

  2. Les monarchies du Golfe sont le bras armé des USA dans la région. S’ils soutiennent les révolutions, c’est seulement quand le dictateur les dérange. Il n’y a aucun esprit révolutionnaire à cela. Le Qatar est une chiure de mouche sur la carte du monde qui distribue des armes à tour de bras. Ils ne font qu’aggraver la situation; Regardons ce qui se passe actuellement en Libye. Les milices dirigent le pays, le sud et l’est menacent de faire sécession, le niveau de vie se dégrade. De même en Syrie. Armer l’opposition, c’est aggraver le cercle vicieux des violences.

  3. Votre article fait la promotion de l’anarchie dans un pays qui cherche à survivre aux affres du désordre politique et sécuritaire. Vous êtes écœurants avec votre journalisme bas de gamme!

    • Moubarak et tous les autres dictateurs du dimanche appuyaient eux aussi leur pouvoir sur le maintien de l’ordre. L’anarchie n’est jamais destinée à s’inscrire dans la durée. Mais parfois, il faut savoir faire table rase du passé. Ceci dit, je ne compte pas édulcorer mes articles pour les rendre moins écœurants. Je prends ce commentaire comme un encouragement. Merci.

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