Tribunal Historique Mondial : les médecins légistes reprennent du service

L’immensité blanche. Un silence à en crever les tympans. Un froid qui donne l’impression aux hommes d’avaler des sabres. Soudain, un hélicoptère militaire s’approche. Il amorce une descente et se pose délicatement sur une piste partiellement enneigée. Plusieurs hommes en descendent. L’un d’entre eux est noir et s’avance d’un pas décidé. Il se retourne et fait un signe de main au pilote. Barack Obama vient de poser ses moon-boots sur le sol de l’Antarctique, au siège du Tribunal Historique Mondial.

Tout de suite, une horde de laquais aux abois vient entourer le président américain. Tous rivalisent pour proposer leurs services. Barack Obama plaisante, et affirme qu’il a pris sa femme Michelle pour faire la vaisselle. Malgré ces mots d’esprits, le visage du président de la première puissance mondiale est tendu. Il sait que son pays joue gros. Le Tribunal Historique Mondial peut très bien remettre en cause le siècle de l’hégémonie US. Apprendre aux Américains que leur liberté est bâtie sur d’innombrables charniers. Révéler à tous que si l’Amérique a des ennemis, elle se complait à en fabriquer. Si par malheur les citoyens des États-Unis d’Amérique venaient à ouvrir les yeux, qui les dirigerait ? Si un borgne est roi au pays des aveugles, que devient-il lorsque les aveugles recouvrent une vue de lynx ? Non, décidément, Barack Obama n’aime pas ça.

Un nouvel hélicoptère s’approche. Un homme petit mais robuste en sort. Ses yeux sont aussi glaçants que l’air autour. Des militaires s’empressent de lui faire une haie d’honneur. L’homme répond par un vague salut militaire. Il avance en regardant tout autour de lui. Soudain, il s’arrête, comme stupéfait. Son regard croise celui de Barack Obama. Un sourire en coin se dessine, ses yeux se remplissent d’ironie. Vladimir Poutine est particulièrement heureux de croiser ici le président Américain. Il a beaucoup de choses à lui dire.

Cela tombe bien. Les premières audiences du tribunal concernent la guerre froide. Qui l’a déclenchée, qui l’a attisée, qui en porte la plus grosse responsabilité ? Plusieurs témoins sont attendus. Parmi eux, cette teigne de Mikhaïl Gorbatchev, Jimmy Carter, Fidel Castro, Wojciech Jaruzelski et bien d’autres personnages dignes de la salle des horreurs du musée Grévin.

Pour juger les moments troubles de la guerre froide, un ramassis de crapules en tout genre. Certains furent même sortis des geôles où ils croupissaient. La vedette incontestable de cette bande d’abcès de l’humanité, c’est le Libérien Charles Taylor. Il dirigeait son pays lors de la guerre civile sierra-léonaise. Pour pouvoir s’accaparer des diamants et ensuite les offrir à Naomi Campbell, il n’a pas hésité à attiser les violences au Sierra-Léone voisin. Mais si Taylor est la vedette, ses collègues ont eux aussi un beau palmarès. Le Serbe Ratko Mladic, responsable de massacres en Bosnie, a une mauvaise vue. En effet, il distingue difficilement les civils des miliciens armés. Il sied également de souligner la présence du fantasque Omar El-Béchir. Malgré le fait que le président soudanais soit très demandé par toutes les trancheuses de têtes judiciaires, certains ont estimé que son expérience dans l’exercice de la violence serait particulièrement utile. Ce trio doré est complété par des personnages « de talent » tels que l’innommable Bachar El Assad, le crapuleux Georges W. Bush, le sanguinaire Alvaro Uribe, le prometteur Alexandre Loukachenko et l’irremplaçable Abdallah Ier.

Peut-être trouvez-vous incongru de laisser des salopards de cette espèce juger l’Histoire. Pourtant, il n’y a rien de plus logique. Ce sont ceux qui exercent depuis longtemps la violence qui sont les plus à même de porter un regard neutre sur toutes les coups tordus dont regorgent la guerre froide. On ne demande pas à des fleuristes de faire le boulot des médecins légistes.

Tout ce beau monde est réuni autour d’un grand buffet. L’ambiance est à la rigolade. Vladimir Poutine trinque en compagnie de Fidel Castro, de Ratko Mladic et d’Alexandre Loukachenko. Le président russe se remémore comment il avait saoulé Nicolas Sarkozy lors d’un sommet du G8. « Allez un petit verre, pour la route ! Et hop, encore un ! Tant que tu y es, signe aussi ici, histoire de me vendre un porte-hélicoptères ou deux…. Allez, en Russie, un verre vide, ça porte malheur ! » s’esclaffe Poutine, les larmes aux yeux. Omar El-Béchir et Bachar El Assad restent seuls dans un coin. Ils semblent comploter. George W. Bush essaye de convaincre Barack Obama d’aller balancer quelques missiles sur les enturbannés du Moyen-Orient. Abdallah Ier les écoute d’une oreille attentive tout en se gavant de harengs.

L’audience commence demain. D’un commun accord, Charles Taylor est désigné président du Tribunal. Son palmarès a joué pour lui. Peu à peu, les rires se dissipent. Chacun regagne ses pénates. Tous se frottent les mains : demain, les rois et leurs fous ne seront plus que des pions.

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2 réponses à “Tribunal Historique Mondial : les médecins légistes reprennent du service

  1. J’ai une question… j’ai trouvé votre blog que j’ai survolé avec beaucoup d’intérêt, sur la page FB de Zemmour, pourquoi ce choix de le signaler à cet endroit, qui n’est pas le meilleur endroit pour la culture, mais sans doute le meilleur pour les polémiques assez bas de gamme.

  2. Je comprends votre étonnement. J’ai des relations assez tendues avec les supporters de cet idiot de Zemmour. Nous nous crêpons souvent le chignon. Ils ont l’habitude de m’envoyer des messages d’insulte. Lire ces messages me détend, cela me rappelle qu’ils n’ont pas grand chose dans la caboche.

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