L’Asie centrale, terrain de jeu des grandes puissances

L’Asie centrale fait saliver tous les industriels du monde. Dans cette région précédemment soviétique, trois grandes puissances se livrent à de multiples coups tordus. Les Russes veulent préserver ce qu’ils considèrent comme leur jardin. Les Américains veulent s’approprier les hydrocarbures tout en encerclant l’Iran. Les Chinois cherchent désespérément de nouvelles sources pour alimenter leurs usines. Tous se tirent dans les pattes. Quant aux pays centre-asiatiques, ils hésitent.

L’Ouzbékistan a rappelé au monde à quel point l’Asie centrale se balance entre trois pôles d’attraction : la Russie, les USA et la Chine. En effet, le pays le plus peuplé de la région a claqué la porte de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Cette alliance sous égide russe a une vocation militaire, et se démène pour s’arroger un rôle comparable à celui de l’Otan. Tachkent avait déjà quitté cette alliance avant de la rejoindre à nouveau quelques années plus tard.

Ce mouvement de pendule s’explique notamment par le retrait américain d’Afghanistan, prévu à l’horizon 2014. Washington entend maintenir un grand nombre de GI’s au cœur de l’Asie. Si Tachkent ouvre ses frontières aux militaires US, le « flanc mou » de ce qui était l’URSS sera presque intégralement sous influence américaine. Déjà présents au Kirghizistan et au Tadjikistan, les États-Unis deviendraient incontournables dans la région. La réorientation vers l’espace post-soviétique orchestré par Vladimir Poutine serait alors remise en question. Quant à la Chine, elle ne tarderait pas d’interpréter l’ouverture d’une nouvelle base US comme un acte délibérément hostile visant à l’encercler, tout comme l’Iran.

La Russie doit choisir ses alliés

La Russie, de par le passé soviétique, est bien armée pour conserver son influence en Asie centrale. La langue vernaculaire reste souvent le russe. C’est notamment le cas au Tadjikistan, voisin du turbulent Afghanistan. Les populations russes sont présentes partout, particulièrement au Kazakhstan. Les dirigeants des pays d’Asie centrale sont tous issus de la nomenklatura soviétique. Plus de deux millions de travailleurs centre-asiatiques s’activent chaque jour dans les grandes villes russes. À titre d’illustration, la part du PIB tadjik due aux envois de fonds des Tadjiks en Russie est de 36% ! C’est le pays au monde le plus dépendant de ses émigrés. Par ailleurs, l’OTSC permet à Moscou, grâce à certains mécanismes, d’avoir un droit de regard sur les forces armées des états membres. Le Kremlin dispose de bases militaires au Kirghizistan, au Tadjikistan, au Kazakhstan et en Ouzbékistan. Seul le Turkménistan, fidèle à son isolement habituel, n’accueille pas de soldats russes.

Mais si le passé est une arme dans les mains de Moscou, cette arme est à double tranchant. Le Turkménistan et l’Ouzbékistan ont toujours été très titilleux sur le respect de leur souveraineté. Les projets russes d’Union eurasiatique font peur aux centre-asiatiques, qui ont pourtant été réticents à quitter l’URSS. Seul le Kazakhstan dénote par son enthousiasme. L’Asie centrale est consciente d’être assise sur des ressources gazières et pétrolières pléthoriques. Elle souhaite également tirer profit de son emplacement stratégique, au cœur d’un continent tant disputé. C’est pour cela qu’elle souhaite manger à tous les râteliers. Si Moscou accorde d’énormes prêts pour des constructions hydroélectriques, pourquoi refuser ? D’autant plus que la Russie n’exige pas le respect de certaines normes démocratiques, comme le fait l’UE. Si Washington débourse des loyers exorbitants pour une base militaire, quel est le problème ? Et si Pékin construit en seulement 15 mois un oléoduc géant quadrillant la région, pourquoi s’offusquer ?

La Chine à la fois partenaire et rivale de la Russie

L’économie chinoise ne cesse de croître. Elle est devenue la première consommatrice d’énergie de la planète. Quand la Chine s’éveille, le monde géopolitique tremble. Longtemps absents d’Asie centrale, les Chinois cherchent dorénavant à s’accaparer les hydrocarbures. Pourquoi aller chercher au Moyen-Orient ou en Afrique ce que l’on peut trouver à côté de chez soi ? La Chine investit donc massivement dans les infrastructures énergétiques de plusieurs pays. Pékin accorde également de nombreux prêts à très faibles taux d’intérêt. Les états d’Asie centrale sont ravis. La présence de Pékin sur les marchés leur permet de diversifier leurs relations économiques, et donc d’être moins dépendants de Moscou. De même, la construction de nouveaux « tubes » leur permet de contrer l’héritage issu de l’URSS. En effet, tous les gazoducs et oléoducs existants convergeaient vers la Russie.

Même si la Chine se met en porte-à-faux avec la Russie, elle ne tient pas à se l’aliéner. Les deux pays partagent de nombreux intérêts communs, notamment au niveau sécuritaire. C’est dans cet esprit qu’a été créée l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe six pays : la Russie, la Chine, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Le but premier était de résoudre des différents frontaliers, notamment entre d’une part la Russie et la Chine et d’autre part le Kirghizistan et la Chine. Par la suite, l’OCS s’est dotée d’autres structures. Un club de l’énergie a vu le jour. La création d’un groupe anti-terroriste basé en Ouzbékistan ne passe pas inaperçue. Les six pays membres entendent lutter contre les trois maux : le séparatisme, le terrorisme et l’extrémisme. Mais des forces militaires propres n’ont pas encore vu le jour.

Pour conclure, on peut dire que la Russie est en position de force dans la région de par le passé soviétique. Elle s’allie avec la Chine, même si tous deux se tirent dans les pattes notamment au niveau énergétique. Pékin et Moscou souhaitent tous les deux voir Washington quitter la région. Pour justifier cette position, Russes et Chinois estiment que si les Américains quittent l’Afghanistan, ils n’ont plus rien à faire en Asie centrale. Ce désir commun poussera probablement la Russie et la Chine à renforcer leur coopération. L’OTSC et l’OCS finiront peut-être par fusionner pour former un nouveau bloc.Washington devra alors probablement quitter les lieux.

Le Revizor

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