Le référendum roumain, dernier round du match Bucarest/Budapest?

La minorité hongroise de Roumanie suscite une fois de plus l’ire d’une partie de la population. Un référendum mené par le premier ministre Victor Ponta visait à démettre de ses fonctions le président Traian Basescu. Mais voilà, la consultation populaire ne l’a finalement pas été : seulement 46% des Roumains se sont déplacés. Ce n’est pas suffisant pour pousser l’ancien capitaine de marine marchande à mettre les voiles, malgré les 88% de votes favorables. L’USL, l’alliance socialiste de Victor Ponta en attribue la responsabilité aux magyarophones, qui se sont majoritairement abstenus. Les leaders des partis de la minorité hongroise refusent quant à eux d’endosser la responsabilité de l’échec du « coup d’état » institutionnel.

Le premier ministre Victor Ponta est remonté contre son homologue hongrois, le controversé Viktor Orban. « J’ai dit au premier ministre hongrois de ne pas se mêler de la politique roumaine. J’ai vu des habitants de Hargita et de Covasna qui écoutaient le premier ministre hongrois. Je veux que les Roumains décident eux-mêmes de leur sort. Ceux qui veulent le mal de la Roumanie n’ont pas leur mot à dire. » Le ministre de la culture roumain, Puiu Hasotti, surenchérit : « Il est évident que l’UMDR (NDLR : parti de la minorité hongroise) a lancé un appel au boycott aux magyarophones. Cet appel a été lancé via le clergé, les églises protestantes et évangéliques. De toute façon, l’UMDR trahit la Roumanie, c’est archi-connu ».

À partir de là, les choses s’emballent. La radio « Voix de la Russie » affirme que le président roumain Basescu et le premier ministre hongroise Orban, auraient conclu un accord secret. En échange d’une plus grande autonomie accordée aux magyarophones de Roumanie, le premier ministre Viktor Orban se serait engagé à convaincre les Hongrois de Roumanie à s’abstenir de participer au référendum, ou à voter contre. La radio russe, citée par le quotidien roumain « Adevarul », appuie cette thèse avec trois arguments. Tout d’abord, l’amour du pouvoir du président Basescu. Chef de l’état depuis 2004, l’ancien marin a affronté bien des tempêtes. En 2007, il survit déjà à un référendum qui avait pour but de l’engloutir. Malgré son népotisme (sa fille, ancienne mannequin, a été élue députée européenne) et ses magouilles supposées, il est toujours à la barre du vaisseau roumain. Second argument : le pragmatisme de l’UMDR. Le parti de la minorité hongroise serait prêt à soutenir n’importe quel politicien de Bucarest, tant que des droits plus larges lui sont accordés. Avec pour objectif ultime, le rattachement à la « mère patrie » hongroise. Troisièmement, Viktor Orban et Traian Basescu sont tous deux membres du Parti Populaire Européen. Le premier ministre hongrois aurait donc les moyens de pousser Traian Basescu à respecter ses promesses.

Le premier ministre hongrois n’a pas encore réagi à ces accusations. Mais l’UMDR s’insurge. « Il ne faut pas accuser les minorités des déconvenues politiques de certains. Personne ne peut obliger les citoyens à quitter leur maison pour aller voter. L’UMDR n’a aucunement poussé ses sympathisants à s’abstenir de voter », affirme un cadre du parti sous couvert de l’anonymat. Tokes Laszlo, un eurodéputé magyarophone issu du nord de la Roumanie (où est concentrée la minorité hongroise) s’en prend vertement à l’USL de Viktor Ponta, instigateur du référendum. « La passiveté n’est pas uniquement le fait des magyarophones. L’absentéisme est politique. C’est une manière de dire non au complot de l’USL visant à instaurer un gouvernement de type communiste en Roumanie. »

Cette tension latente entre roumanophones et magyarophones n’est pas nouvelle. Un peu à l’image des Polonais et des Russes, ce sont de vieux ennemis. La Hongrie rêve toujours de sa grandeur passée. Budapest a des vues sur la Transylvanie, qu’elle a dû céder à la Roumanie suite à la première guerre mondiale. Les ambitions hongroises ne s’arrêtent pas là : la Voïvodine serbe et le sud de la Slovaquie sont également cibles des visées expansionnistes hongroises. La Hongrie du très à droite Viktor Orban a commencé à distribuer des passeports à toutes les minorités magyares vivant en dehors des frontières nationales. Ce qui agace les capitales voisines. De plus en plus fréquemment, l’extrême-droite hongroise représentée par le parti Jobbik et sa milice appelée « la Garde Hongroise », défilent dans les rues de Budapest. Le but premier est de terroriser les tsiganes. Mais l’annexion des « territoires perdus » est également une revendication récurrente.

En Europe centrale et dans les Balkans, l’été est chaud. Du moins au point de vue politique. La Commission Européenne a violemment conspué le référendum roumain. Selon Bruxelles, il ne s’agit rien de moins que de « graves attaques contre la démocratie ». La comparaison avec la Hongrie « orbanienne » est vite faite. Les Roumains lambda, eux, désespèrent chaque jour un peu plus de voir l’intégration à l’espace Schengen repoussée.

Le Revizor

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