La Chine des rouges vire au vert

Il n’y a pas de meilleur professeur que les erreurs. La Chine l’a compris. Pékin a orchestré sa perestroïka (révolution économique) avant que les dieux de l’argent ne l’entraînent dans les mêmes abysses que le voisin soviétique. Par contre, l’Empire du Milieu n’a pas encore opéré sa glasnost (réformes concernant les droits de l’Homme). À Shanghai, Shenzhen, Lhassa ou Ouroumtsi tout s’achète. Tout, sauf le droit à la parole. Cependant, un mouvement de contestation émerge peu à peu. De type écologique, il pourrait très vite devenir politique.

L’économie chinoise croît sans cesse. Les villes emboîtent le pas. Les conséquences sur l’environnement crèvent les yeux et irritent les gorges. C’est dans ce contexte qu’une partie de la population se révolte contre un développement débridé. Le dernier exemple en date ? À Qidong, près de Shanghai, des milliers de personnes ont assiégé le siège des autorités locales pour protester contre la création d’un pipeline. Les tubes métalliques devaient transporter quotidiennement 150 000 tonnes d’eau polluée par une papeterie située une centaine de kilomètres plus loin. Après avoir saccagé les bureaux du gouverneur, les milliers de protestataires ont affronté les forces de l’ordre dans des combats de rue. En réponse, Pékin manie la carotte et le bâton. La carotte ? L’abandon définitif du projet de pipeline, et donc la victoire pour les contestataires. Le bâton ? La police quadrille les rues avec la méthode et la précision d’un horloger suisse.

Cet exemple fait écho à d’autre cas similaires, partout en Chine. La population traîne les pieds après trente ans d’industrialisation à marche forcée. La société devient post-industrielle. Les militants écologiques se heurtent aux  grandes murailles que le pouvoir a bâti tout autour de l’appareil politique.

Ce n’est pas sans rappeler les événements qui ont conduit l’URSS à sa chute. En 1986, la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. 250 000 personnes doivent plier bagages. Les radiations contaminent un territoire trente fois plus grand que la ville de Paris. La société soviétique est elle aussi touchée. Le virus de la contestation s’immisce dans toutes les chaumières. Conscients que le pouvoir s’est montré incapable et hypocrite, les Soviétiques usent alors pour la première fois des droits reçus avec la glasnost. Dès lors, le peuple ne cessera pas de grogner comme un berger allemand à qui on voudrait « subtiliser » les parties génitales. Avec la suite que l’on connait.

Aucun pouvoir n’est éternel. Mais tous aspirent à le devenir. Le parti communiste chinois perçoit l’internet comme la principale menace. Il s’évertue à défaire les liens d’une toile bien trop vaste pour lui. Face aux revendications écologiques, il répond au cas par cas. Ivres de pouvoir, les mandarins rouges ne voient pas qu’ils virent au vert.

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2 réponses à “La Chine des rouges vire au vert

  1. Vous oubliez que ce sont bien Reagan et la CIA la NSA et la NED qui ont fait tomber le régime de l’Urss. La crise du pétrole avec l’aide de l’Arabie Saoudite a aidé à faire perdre pied au géant. Des longues années de préparations. Solidarnost. Vaclav Havel et les « 77 » avec Sakharov et les aides aux dissidents instrumentalisés au profit d’un containment artificiel mais qui a fait basculer le régime. D’après STRATFOR si la Russie continue de tout baser sur le gaz, les faiseurs de révolutions pourraient de même faire chuter le prix du gaz et tenter de refaire basculer la Russie ! Je suis pas pour du tout mais il ne faut pas ignorer le « pouvoir de nuisance » des atlantistes et américains. avec l’aide de l’UE et des pays de l’alliance et arabes amis. Qu’en pensez vous ?

    • C’est certainement une des (nombreuses) raisons expliquant la chute de l’URSS. Mais je ne pense pas que l’on puisse s’arrêter à ça. Plusieurs autres éléments tels que la montée irréfrénable des nationalismes dans les pays baltes et dans le Caucase ont joué leur rôle, à un moment où le dirigeant soviétique se montrait plus conciliant. Mais c’est vrai que votre analyse explique beaucoup de choses. On peut aussi retenir le fait que l’URSS n’est pas parvenue à quitter le modèle industriel. Or, quand le niveau de vie augmente, ce modèle périme rapidement. À moins qu’on y ajoute une forte plus value… ce qui n’était pas le cas.

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