Comment la Russie est redevenue une grande puissance

La Russie est telle un phénix : elle se consume souvent, mais renaît toujours de ses cendres. La dernière résurrection en date a eu lieu en août 2008, il y a exactement quatre ans. À ce moment-là, Russes et Géorgiens s’affrontent férocement en Ossétie du sud. La Russie repousse rapidement l’invasion géorgienne, et s’installe provisoirement dans le nord de la Géorgie. Peu après le cessez-le-feu, Moscou reconnaît l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. En faisant le parallèle avec la déclaration d’indépendance unilatérale du Kosovo, le Kremlin signale au monde qu’il est de retour dans la cour des grands.

Les Russes ont toujours vécu au sein d’un empire puissant et respecté. Que ce soit sous l’autorité d’un Tsar ou d’un premier secrétaire du parti communiste. En Russie, cela fait partie du patrimoine national. Quand l’URSS s’effondre au début des années 1990, des millions de Russes se retrouvent orphelins. Ils ne sont plus rien, l’orgueil national est parti en fumée. La Russie est devenue un vaste champ de foire où des économistes occidentaux peu scrupuleux expérimentent un libéralisme bestial. Un pantin nommé Boris Eltsine, aussi imbibé qu’une raclette dans une distillerie écossaise, tente de tenir les rênes du pays. Le sécessionnisme menace dans le Caucase et au Tatarstan. L’armée tente de préserver l’intégrité territoriale en Tchétchénie, mais subit une humiliation sans nom. Les années 90 seront celles où la Russie est perçue comme une vaste zone de non-droit, un territoire-poubelle voué à être englouti par les aléas de l’histoire.

En 1999, l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine signifiera le redressement progressif de la Russie. Le Kremlin reprend la main en Tchétchénie. L’économie russe entre dans une spirale positive. Lors de la crise du Kosovo, la Russie est marginalisée. Malgré les appels au calme russes, la Serbie est lâchement bombardée, en totale violation du droit international. Dès lors, Moscou comprend qu’il ne doit rien attendre de l’occident. L’ouest ne lui donnera pas le statut de superpuissance tant espéré. Il faudra se l’accaparer. Le 11 septembre 2001, Poutine sera le premier chef d’état étranger à contacter George Bush. Les USA et la Russie vivront ensuite une nuit de miel aussi courte que torride. Dès l’invasion de l’Irak en 2003, les tensions avec les États-Unis d’Amérique renaissent. Moscou appelle à un monde multipolaire qui lui réserverait une place d’honneur. La confrontation avec les USA se fait plus virulente lorsque George Bush projette d’installer des éléments d’un bouclier anti-missiles sur le territoire d’anciens satellites de l’Union Soviétique. La Russie se sent visée et menace de déployer des missiles à Kaliningrad, enclave russe entre la Pologne et la Lituanie.

Les années 2000 seront marquées par une succession de crises et de réconciliation. 2008 sera une année charnière en ce qui concerne la place de la Russie dans le monde. Le Kosovo, sous contrôle de l’Otan, proclame son indépendance en février, malgré les dispositions onusiennes garantissant l’intégrité du territoire serbe. L’Occident applaudit, les USA et beaucoup de pays européens reconnaissent rapidement cette indépendance. La Russie, outrée, y voit un précédent. De son côté, ses relations avec le voisin géorgien ne cessent de se dégrader. Le président géorgien Mikhaïl Saakashvili a des projets européens et atlantistes. La Russie craint de se voir encerclée. Pour pouvoir entrer au sein de l’Otan, la Géorgie doit à tout prix « régler » les problèmes des régions séparatistes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie. C’est ce qui ressort du sommet de l’Otan de Bucarest. Les escarmouches se succèdent à la frontière osséto-géorgienne. Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, Tbilissi se lance à l’assaut de l’Ossétie du sud, tuant douze soldats russes de maintien de la paix. Les civils payent également un prix très lourd et ce malgré le taux de change pratiqué par les médias occidentaux pour qui toutes les vies n’ont pas le même prix. Le 10 août, Tskhinvali, la capitale sud-ossète, est arrachée aux Géorgiens. L’armée de Tbilissi est très vite démembrée. Un accord de cessez-le-feu est signé le 16 août. La Russie reconnait l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie le 26. L’ouest vocifère, et n’accepte pas que Moscou fasse ce que Washington, Paris et Londres ont fait. L’armée russe a prouvé au monde que désormais la Russie ne reculerait plus.

Photo que j’ai faite lors de mon voyage durant la guerre de Géorgie. Soldats géorgiens posant près de la carcasse de l’un de leurs véhicules blindés.

Après la guerre russo-géorgienne

Le courroux occidental ne durera pas longtemps. Le pétrole et le gaz valent bien qu’on vende un allié, qui plus est s’il n’a pas les dents assez longues. S’il n’y a plus d’eau dans le gaz, il y a par contre du gaz dans l’eau. Russes, Allemands, Néerlandais et Français ont construit un pipeline reliant les forêts du nord russe aux ménages allemands.

En parallèle à la « pax ernegetica », Obama proposa à Dmitri Medvedev de renouer les liens entre leurs deux pays. C’est le reset, ou le redémarrage. Russes et Américains veulent faire table rase du passé pour regarder vers l’avenir. Un nouveau traité de désarmement nucléaire START est signé. Mais les discussions butent toujours sur le bouclier anti-missile. Barack Obama est pris en otage par les républicains qui menacent de lui rendre la vie (encore) plus dure s’il abandonne ce projet.

Moscou, conscient de sa puissance en partie retrouvée, peut désormais imposer sa volonté. Le dernier exemple en date concerne la crise syrienne. La Russie s’oppose à l’interventionnisme occidental en paralysant le conseil de sécurité de l’ONU. Elle ne fait que reproduire ce qu’elle a fait lors de l’invasion de l’Irak ou de l’attaque contre la Serbie. À l’époque, cela n’avait pas empêché les USA et l’Otan de faire parler leur puissance de feu dantesque. Mais cette fois-ci, les choses sont différentes. S’en prendre à la Syrie, c’est s’en prendre directement à l’Iran et à la Russie. Téhéran et Moscou pourraient équiper les forces de Bachar El Assad en cas d’intervention occidentale. Au risque de créer un nouveau Viêt-Nam, quand les Soviétiques fournissaient les balles qui allaient tuer les GI’s.

Le Revizor

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