Otpor: les professionnels de la révolution tarifée

Logo d’Otpor

Vous êtes émerveillés devant le printemps arabe ? La révolution orange ukrainienne a été pour vous un incroyable élan vers la liberté ? La révolution des roses en Géorgie vous a fait soupirer de bonheur ? Vous pensez qu’il s’agit là d’un empressement populaire à atteindre les hautes sphères d’une société démocratique, pluraliste et juste ? Vous vous trompez, du moins en partie. Derrière tous ces « mouvements spontanés » se cache Otpor, une mouvance serbe financée par des organisations occidentales.

La place Tahrir du Caire est le dernier théâtre à avoir accueilli les membres d’Otpor. Le groupe serbe enseignait aux jeunes révolutionnaires cairotes comment déboulonner un régime sans verser dans la violence. Otpor, qui signifie « résistance » en serbe, est un groupe chargé de promouvoir l’expansion des idéaux démocratiques dans les contrées habituellement habituées aux dictateurs excentriques. L’organisation serbe se fait ses premières dents sur un os de choix : le pouvoir autoritaire de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic. Ils passeront par la case prison pour avoir peint leur symbole (un poing blanc sur un fond noir) sur les murs d’une université de Belgrade. Dès lors, leur popularité ne cessera d’augmenter, rongeant inexorablement celle de Milosevic. Alors que des élections présidentielles se profilent au mois de septembre 2000, la foudre policière s’abat sur les 35 000 membres d’Otpor. Otpor chapeaute une coalition pro-démocratie opposée au Parti Socialiste de Milosevic. Ce dernier perd les élections, mais annule les résultats. Le pays est alors paralysé par une grève générale. Quelques jours plus tard, une marche sur Belgrade réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux partisans de la mouvance pro-démocratie. Slobodan Milosevic est le premier autocrate victime de l’efficacité d’Otpor; il doit partir.

Les révolutionnaires serbes jubilent, le gouvernement de Belgrade s’est effondré tel un château de cartes. Fiers de leur succès, ils appliqueront leurs méthodes dans les anciennes républiques soviétiques. La Géorgie est la première dans le collimateur. En 2003, le président de cette république caucasienne, Eduard Chevardnadze, affirme avoir remporté les élections présidentielles. Mikhaïl Saakashvili, figure emblématique de l’opposition, affirme le contraire. Otpor encadre alors le mouvement Kmara, principal figure de défense des droits civiques. Pendant trois semaines, des manifestations appellent au départ de celui qui fut jadis le ministre des affaires étrangères de l’URSS. Le 22 novembre 2003, Saakashvili surgit dans le parlement une rose au poing. Chevardnadze s’enfuit et démissionne le lendemain. Otpor venait de rejoindre les rangs des professionnels de la révolution tarifiée. Le groupe rencontrera encore le succès lors de la révolution orange (Ukraine, 2005) et la révolution des tulipes (Kirghizistan, 2005). En Biélorussie, les manœuvres de déstabilisation d’Otpor n’obtiendront jamais le succès escompté. Malgré le soutien inflexible du groupe serbe, la mouvance pro-occidentale Zubr n’a jamais réussi à faire trembler le tout-puissant président Alexandre Loukachenko.

Vouloir le bien des peuples est un objectif plus que louable. Imposer une conception du bien en est une autre. Or, Otpor est de toute évidence une ramification de l’industrie culturelle américaine, au même titre qu’Universal Pictures ou CBS. Toute l’action du groupe serbe repose sur les théories de résistance non-violente de Gene Sharp, un professeur d’université américain. Thierry Meyssan, le fondateur du sulfureux « Réseau Voltaire », n’est pas en reste quand il s’exprime sur le  politologue américain et son « Albert Einstein Fondation ». Selon lui, Gene Sharp et ses disciples remodèlent le monde au profit des USA. L’Albert Einstein Fondation serait un outil dans les mains de la CIA pour pousser au silence certains gouvernements récalcitrants sans susciter l’ire de l’opinion publique. L’Albert Einstein Fondation a participé activement à la formation des membres fondateurs du mouvement Otpor.

Les chancres de la lutte non-violente serbe reconnaissent recevoir des fonds américains. Les organisations gouvernementales National Endownment for Democracy (NED), International Republican Institute (IRI) et US Agency for International Development (US AID) font partie des généreux donateurs. Dans ces conditions, Otpor peut difficilement agir contre des dictatures proches de Washington. Le roi d’Arabie saoudite peut dormir sur ses deux oreilles.

Partout où Otpor est passé, la désillusion a succédé à l’espoir. En Serbie, Otpor a voulu se constituer en parti politique. Ils ont subi une humiliation aux législatives de 2003, ne recueillant que 1,6% des suffrages. Otpor a depuis fusionné avec le Parti Démocratique de l’ancien président Boris Tadic. Le mandat de Tadic a pris fin avec le retour d’un nationaliste à la magistrature suprême. En Ukraine, l’égérie de la révolution orange, l’ex-président Viktor Ioutchenko, a lui aussi subi une humiliation aux présidentielles de 2010, avec 5.45% des voix. En Géorgie, la population rêve désormais de déloger le président Mikhaïl Saakashvili. Le charismatique président musèle la presse et a conduit le pays à l’affrontement avec le voisin russe. Au Kirghizistan, le président Bakiev, porté au pouvoir par la révolution des tulipes, a été chassé en 2010. L’opposition lui reprochait son autoritarisme. Reste à savoir ce qu’il adviendra de l’Égypte… Nous pouvons  affirmer que vu la brutalité de l’Armée Syrienne Libre, Otpor n’est pas actif en Syrie.

Manifestante égyptienne brandissant le logo d'Otpor

Le printemps arabe a suscité l’espoir dans le monde entier. La tyrannie peut s’écrouler d’elle-même. Dans les ruines, une fleur nommée démocratie finira par éclore. La réalité est malheureusement toute autre. La démocratie n’éclot pas, les révolutions ne trouvent pas de troisième voie entre les islamistes et les militaires. Peut-être faut-il laisser le temps au temps. Peut-être cette fleur n’éclora jamais. Car les ingérences étrangères sont comme des pesticides, elles détruisent toutes les initiatives locales.

Le Revizor

Advertisements

2 réponses à “Otpor: les professionnels de la révolution tarifée

  1. Pingback: Répétition générale avant l’agression contre l’Iran | Revizor – Ревизор·

  2. Pingback: Les Femens se foutent totalement du crucifix | Les 7 du Québec·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s