Géorgie: Saakashvili s’accroche au pouvoir

George W. Bush et Mikhaïl Saakashvili. Sous l’ère Bush, les USA ont financé un nouveau centre militaire dans la ville géorgienne de Gori. C’est de là que sont parties les premières roquettes géorgiennes qui ont conduit à la guerre d’août 2008.

Le président géorgien Mikhaïl Saakashvili s’accroche au pouvoir. Le président formé à l’université américaine de Columbia ne peut plus se présenter aux élections présidentielles de 2013. Le maire de Tbilissi, très proche de Saakashvili, devrait représenter le Mouvement National Démocrate du président. Mikhaïl Saakashvili pourrait alors devenir premier ministre, un peu à l’image de ce qui s’est passé chez le meilleur ennemi russe.

Mikhaïl Saakashvili est l’homme à abattre pour le Kremlin. Pourtant, les méthodes pour rester au pouvoir diffèrent peu de Moscou à Tbilissi. Elles sont même encore plus alambiquées du côté géorgien. Le président de la république caucasienne ne peut pas se représenter pour un troisième mandat à l’élection présidentielle de 2013. Mais qu’à cela ne tienne… Mikhaïl Saakashvili se permet de modifier la constitution du pays ! Les chambres législatives ont dû approuver une réforme de la constitution donnant beaucoup plus de pouvoir au premier ministre. La rupture est importante,  alors que pays est historiquement imprégné d’un présidentialisme fort. Saakashvili peut raisonnablement rêver du poste de premier ministre tous les matins en se rasant. Son fidèle ami, l’actuel maire de Tbilissi Giorgi Ougoulava, est très populaire dans le pays. Il représentera le parti du président à l’élection présidentielle de 2013. Nul doute qu’il récompensera son illustre mentor en lui donnant un poste de premier ministre.

Une recette inchangée

Mikhaïl Saakashvili doit sa facile réélection de 2008 à ses succès indéniables. Alors que le pays stagnait dans le marasme économique, il a radicalement changé le pays. Sous l’herbe grasse, des autoroutes d’asphalte ont poussé. Les Géorgiens ne vivent plus au rythme des coupures d’électricité quotidiennes. La sécurité est revenue, la fameuse mafia géorgienne a déménagé en Russie. La police est efficace. La corruption n’est plus une coutume locale. La ville de Batoumi, située sur la mer noire, scintille de mille feux.

Vue sur Batoumi.

Bref, le président Saakashvili a modernisé le pays. Pour offrir la victoire à son Mouvement National Démocrate, le turbulent locataire du palais présidentiel promet de continuer dans ce crédo. La dernière idée en date ? Bâtir une nouvelle métropole sur la mer noire, pour faire entrer le régime dans l’immortalité. La ville neuve s’appellera Lazika, du nom d’un… véhicule blindé géorgien ! Lazika bénéficierait de nombreuses largesses fiscales pour permettre d’attirer les investissements étrangers. Le modèle affirmé? Dubaï! Nul doute que le président espère que rien ne pourra arrêter la ville-blindée. Lazika est un canon qui bombardera de capitaux nationaux et étrangers tout le pays.

La fronde s’abat sur l’opposition

Peut-être ne connaissez-vous pas Bidzina Ivanishvili. En Géorgie, il est presque devenu un héros national. Outre le fait d’avoir une fortune personnelle plus élevée que le budget national, cet homme ne passe pas inaperçu : c’est un philanthrope. Il a élevé la cathédrale Sameba dans le ciel de Tbilissi. L’édifice est devenu le nouveau centre religieux du pays. Il a créé des écoles, des routes, des hôpitaux, des parcs d’attraction. Tous les habitants de son village disposent de l’électricité et du gaz presque gratuitement. Si quelqu’un lui demande de l’aide, il envoie des fonds. Au début, Mikhaïl Saakashvili et Bidzina Ivanishvili s’entendaient bien. Ils se respectaient du moins. Mais voilà, Ivanishvili le magnanime a décidé de se lancer dans la politique.

La cathédrale Sameba de Tbilissi, financée par Ivanishvili.

Bidzina Ivanishvili lors d’un meeting de la coalition Qartuli ocneba – Rêve géorgien

Pour organiser sa force de frappe, le riche entrepreneur a créé la coalition Qartuli Ocneba (Rêve géorgien). De nombreux leaders de l’opposition ont rejoint le mouvement. Pour eux, le portefeuille d’Ivanishvili permettra à l’opposition d’éviter la répression orchestrée par le pouvoir. Les violences policières de mai 2011 sont encore dans tous les esprits, alors que deux manifestants avaient été tués par les forces de l’ordre. Il y a un cependant un hic: Saakashvili ne veut pas entendre parler d’une opposition unifiée et forte. En 2010, Bidzina Ivanishvili a été déchu de la nationalité géorgienne après avoir pris la double-nationalité française. Il se bat toujours pour récupérer le précieux sésame administratif lui ouvrant les portes de la politique. En juin 2012, quatre mois avant les législatives d’octobre, la justice ouvre une enquête sur la coalition « Rêve géorgien ». L’opposition promettrait des cadeaux électoraux. Six jours plus tard, nouveau coup de tonnerre ! Bidzina Ivanishvili est condamné une amende de 90 millions de dollars pour financement illégal du parti ! Énorme, mais une simple pichenette pour sa fortune estimée à 6,4 milliards de dollars selon le magazine Forbes.

Vidéos sur les violences policières lors de manifestations en Géorgie.

Vidéoclip d’une chanson rap du fils de Bidzini Ivanishvili, Bera. Intitulée « Qartuli Ocneba », la chanson du rappeur albinos formé aux USA cartonne en Géorgie.

Les procès aux motifs aussi incongrus que soudains se multiplient. Malgré tout, la Géorgie reste l’alliée de l’UE et de l’Otan qui se veulent les têtes de pont de la démocratie. La légende du football géorgien, Kakha Kaladze est une autre victime du régime de Saakashvili. Après avoir gagné plusieurs titres européens avec le Milan AC, l’enfant prodige est revenu dans son pays. Il a eu la mauvaise idée de soutenir financièrement l’opposition. Résultat ? Le tribunal municipal de Tbilissi le condamne à 8,4 millions d’euros d’amende. Tel est le prix du transfert de Kaladze superstar dans l’équipe de l’opposition.

Le pouvoir ne se contente pas de taper sur le crâne de tous ceux qui le contestent. Il s’arrange aussi pour que personne n’ait l’idée de protester contre la fonte des libertés. Les médias sont régulièrement la cible d’intimidations. Le directeur de la télévision Trialeti, Jondo Nanetashvili a demandé l’asile politique en France lors de la visite de Sarkozy à Tbilissi en 2011. « J’ai pris cette décision en raison des pressions dont ma famille et ma chaîne font l’objet de la part des autorités géorgiennes. Ces pressions sont exercées par des fonctionnaires haut placés, visiblement sur l’ordre du président lui-même. Ma vie et celle des membres de ma famille sont en danger » avait déclaré Nanetashvili à l’agence de presse News-Georgia.

La guerre avec la Russie n’est jamais loin

Mikhaïl Saakashvili a été investi président pour la première fois en 2004. Dans un des discours enflammés dont il a le secret, le nouveau président promettait de fêter son second mandat dans les républiques séparatistes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie. On a vu le bilan. Cinq jours de guerre, des centaines de morts, des milliers de blessés, une armée géorgienne humiliée et des territoires qui n’ont toujours pas réintégré le giron de Tbilissi. Bref, un échec total.

Gori, Géorgie, lors de la guerre d’août 2008.

Cette cuisante défaite ne lui a manifestement pas servi de leçon. Saakashvili continue d’exciter les rancœurs, comme si l’identité géorgienne était indissociable de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. La page n’est toujours pas tournée. Comme la plaie reste ouverte, aucune solution n’est apportée aux 273 000 réfugiés. Ces citoyens géorgiens vivent toujours dans des camps de fortune. Les reloger décemment et durablement serait admettre que les territoires indépendantistes ne reviendront jamais. Inacceptable pour un gouvernement qui joue son va-tout là-dessus.

Le président Saakashvili ne cesse d’accuser son puissant opposant Bidzina Ivanishvili d’être à la solde de Moscou. Pourquoi ? Car c’est en Russie qu’Ivanishvili a amassé une grande partie de sa fortune. Le milliardaire philanthrope est également actionnaire de Gazprom, le puissant groupe énergétique russe. Mais quoi de plus normal ? La Géorgie et la Russie ont fait partie du même pays : l’URSS. Les deux pays sont voisins et ont des liens historiquement très forts. Bidzina Ivanishvili ne veut certainement pas entrer dans un nouveau conflit meurtrier avec l’ours russe. Mais peut-il dès lors être qualifié de KGB-iste ? Saakashvili n’est-il pas un agent américain, lui qui a étudié aux USA, a envoyé des troupes en Irak et en Afghanistan et rêve de voir son pays intégrer l’Otan ? Saakashvili n’est-il pas une marionnette aux mains de l’Oncle Sam, quand une rue à Tbilissi est nommée « George W. Bush street » ?

Bidzina Ivanishvili a quant à lui récemment invité le président Saakashvili à venir débattre avec lui. « Je suis prêt à débattre avec le président Saakashvili n’importe quand, n’importe où et sous n’importe quelle forme. S’il refuse, je suis prêt à débattre avec des représentants de son parti. Mais pas un, plutôt cinq ou sept ! C’est lui qui choisira. » Huit jours après cette invitation courtoise, le président Saakashvili n’a toujours pas répondu. Sans doute est-il plus facile de lancer ses chars à l’assaut d’une ville que de faire face à ses responsabilités devant l’ensemble du pays.

Le Revizor

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