Moldavie: cocktail molotov et tapis rouge pour Merkel

La chancelière allemande accompagnée du premier ministre moldave Vlad Filat.

 

Le 22 août dernier, les autorités de Chisinau ont sorti leur plus beau tapis rouge pour la visite d’Angela Merkel. La chancelière allemande, conspuée dans le sud de l’Europe, est ici portée aux nues. Les Moldaves espèrent que le leader de facto de l’Union Européenne résoudra deux problèmes qui pourrissent leur vie quotidienne. Premièrement, l’inextricable conflit avec l’entité séparatiste de Transnistrie (rappel au bas de l’article). Deuxièmement, les difficultés économiques qui font de ce pays d’Europe orientale le plus pauvre du continent. La visite d’Angela Merkel a aussi été marquée par l’attaque de son convoi. Un déséquilibré a essayé d’atteindre la voiture de la chancelière allemande à l’aide d’un cocktail molotov.

À Chisinau, c’était l’effervescence ce 22 août. La capitale moldave était complètement paralysée pour la visite éclair d’Angela Merkel. Le dispositif policier était titanesque, un peu comme si c’était le pape lui-même qui venait s’empiffrer de choux farcis dans une taverne locale. La Moldavie, souvent oubliée de tous les Européens, se sentait enfin importante. Apparemment, tous les Moldaves n’apprécient pas spécialement la chancelière allemande. Lors du trajet emmenant Angela Merkel à l’aéroport, un homme a jeté un engin incendiaire vers son convoi. Le cocktail molotov a explosé sans faire de victimes. Belle façon de rappeler que la Moldavie vit sur le pied de guerre et que trouver une arme à Chisinau est aussi facile que de trouver un miséreux dans les bidonvilles de Calcutta.

Pourtant, Merkel ne nécessitait pas ce rappel à l’ordre discourtois. La chancelière s’était personnellement impliquée auprès de l’ancien président russe Dmitri Medvedev pour qu’une solution soit trouvée au conflit transnistrien. L’Europe ne peut se permettre d’avoir à ses côtés une zone de non-droit, qui, tel un trou noir, engloutit tous les efforts de lutte contre le grand banditisme. Lors de sa visite, Merkel n’a pas proposé une nouvelle solution détonante. Comme prévu, elle est venue avec une proposition de résolution du conflit transnistrien basée sur un modèle fédéraliste. L’idée est globalement bien reçue à Chisinau, déjà adepte du fédéralisme. À Tiraspol, l’ambiance est toute autre. La ministre des affaires étrangères transnistrienne a officiellement demandé à Moscou de pouvoir arborer le drapeau russe sur les bâtiments officiels. Mais même à Chisinau, certains s’insurgent contre une pacification orchestrée par Moscou et Berlin. Victor Stepaniuc, président du Parti Socialiste Populaire cantonné dans l’opposition affirme : « Berlin nous a proposé un plan de résolution sur un modèle fédéral. Si la Moldavie devait finalement être réunifiée, elle ne serait qu’un protectorat germano-russe. Nous revivrions le pacte Molotov-Ribbentrop ».

De toute évidence, Chisinau compte jouer sur la carte allemande pour se soulager de la pression mise continuellement par Moscou. Pour obtenir des concessions, la Moldavie peut menacer de se rapprocher de l’UE au détriment de la Russie. Malgré tout, le Kremlin sait que tant que le conflit séparatiste n’est pas résolu, la Moldavie n’a aucune chance d’intégrer les institutions européennes. En attendant, la Moldavie développe ses relations bilatérales avec Berlin. Elle espère se trouver un protecteur puissant, à l’image des USA pour la Géorgie. Lors de sa visite à Chisinau, Angela Merkel a annoncé que l’Allemagne triplait l’aide annuelle accordée à la Moldavie. L’enveloppe passera dès 2013 de 4,5 millions à 15 millions d’euros. Les prêts accordés par l’UE vont aussi augmenter, pour atteindre 122 millions d’euros. En tout cas, le premier ministre moldave Vlad Filat semble ravi de l’attention qu’Angela Merkel accorde au pays : « Du haut de son poste de chancelière allemande, Angela Merkel est quelqu’un d’extraordinaire qui peut être pris en exemple. J’attends la prochaine rencontre avec impatience. Nous ferons de nos pays des amis, des partenaires. » Angela Merkel lui renvoie l’ascenseur dans un concert de mots doux à en dégoûter le plus niais des Télétubbies. « Soyez fiers des progrès que vous avez enregistrés et du chemin que vous avez parcouru ces vingt dernières années. Les gens de ce pays ont fait des choses remarquables. La Moldavie a opté pour des réformes allant vers la démocratie, l’état de droit et l’économie de marché ».

La Moldavie compte probablement rejoindre tôt ou tard les rangs euro-atlantiques. Soit en intégrant directement l’UE, soit en se réunifiant à la Roumanie. Cette dernière idée séduit 87,25% des Roumains, alors que Bucarest devient de plus en plus attirante pour les Moldaves en quête d’une vie meilleure. Du côté moldave, on ne partage bizarrement pas le même enthousiasme pour l’unification. Au fil des sondages, l’unification ne convainc jamais plus de 7% de la population. Les Moldaves auraient-ils fini par se créer une identité propre après la russification orchestrée du temps de l’URSS ?

Du côté du Kremlin, on sent venir la menace. Les mesures de rétorsion en vigueur contre la Moldavie sont réduites. L’embargo agricole qui frappe l’exportation de produits moldaves en Russie devrait prendre fin. La Moldavie a finalement signé un accord de libre-échange avec la Communauté des États Indépendants (CEI), organisation regroupant un grand nombre d’anciennes républiques soviétiques. Supprimer l’embargo soulagerait des milliers d’agriculteurs qui comptent beaucoup sur le marché russe. L’embargo russe est soi-disant dicté par des mesures sanitaires, comme l’était celui visait la Géorgie, autre ex-république soviétique turbulente. La Moldavie avait d’ailleurs côtoyé la Géorgie au sein du GU(U)AM, une organisation sans lendemain regroupant les anciennes républiques soviétiques désireuses de s’affranchir de la tutelle moscovite. À son degré maximal de développement, le GUUAM regroupait la Géorgie, l’Ukraine, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Moldavie.

Le Revizor

 

Rappel :

La Moldavie et la Transnistrie sont séparées par un fleuve : le Dniestr. À l’ouest du fleuve, c’est la Moldavie roumanophone. À l’est, la Transnistrie majoritairement russophone. Alors que l’URSS se désagrégeait, la Moldavie conquiert son indépendance. Les Transnistriens se mettent à paniquer. La Moldavie va-t-elle demander son rattachement à la Roumanie ? Si tel est le cas, que deviendront les facilités linguistiques accordées aux russophones ? Il s’agit là de la première cause du conflit. La seconde cause est plus inavouable. La Transnistrie a toujours bénéficié d’un développement industriel important, alors que la Moldavie est principalement agricole. De plus, du temps de l’URSS, les russophones ont toujours occupé la plupart des postes à responsabilité, malgré le fait qu’ils soient minoritaires. Les Transnistriens avaient donc peur de perdre leurs privilèges économiques et leurs facilités linguistiques.

Au début de l’année 1992, Chisinau voit Tiraspol lui échapper. En mars, le président moldave Mircea envoie l’armée pour régler le contentieux. Mais voilà : la 14ème  armée russe était toujours stationnée en Transnistrie. Par solidarité linguistique, les blindés de Moscou frapperont durement les troupes moldaves. L’armée de Chisinau se retire, la Transnistrie souveraine voit le jour.

Peu après, une commission politique destinée à résoudre le conflit est créée : c’est la JCC (Joint Control Commission). Elle réunit Moldaves, Transnistriens et Russes autour de la table des négociations. Chisinau se trouve isolé face à deux entités de plus en plus fusionnelles. Moscou devient à la fois juge et partie du conflit. Ce modèle de négociations sera abandonné pour passer à un format 5+2, garantissant à la Moldavie le soutient de ses alliés. En 2010, le processus de Meseberg apparaît. Merkel et Medvedev s’entendent pour accélérer la résolution du conflit. À l’heure actuelle, aucune avancée majeur n’ l’heure actuelle, aucune avancée majeure n’a été observée.

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