Romney et sa politique extérieure miteuse

En novembre, le candidat républicain Mitt Romney affrontera Barack Obama lors de l’élection présidentielle américaine. Romney risque bien de reléguer aux oubliettes le « discours historique » de la main tendue tenu par Barack Obama au Caire. Déjà, dans les rues de Moscou, Beyrouth, Pékin ou Téhéran on sent venir les ennuis. Guerre commerciale, endiguement, bombardements, assassinats ciblés, invasions : Romney renoue avec les habituels ingrédients du poison républicain.

« La politique du président Obama était d’essayer de se rapprocher du président Mahmoud Ahmadinejad. Cette politique n’a pas fonctionné, et le résultat, c’est que l’Iran est plus proche d’avoir l’arme nucléaire. J’ai une approche différente du dossier. », a affirmé Mitt Romney. Mais qu’est-ce qu’une approche différente ? Quelle solution peut être envisagée pour sortir cet épineux dossier de l’impasse ? Les États-Unis accablent l’Iran de sanctions depuis la révolution islamique de 1979. Elles ont été considérablement renforcées lorsque l’occident a commencé à s’intéresser au programme nucléaire iranien. L’Iran a également l’occasion d’expliquer sa position lors de ses rencontres avec le groupe des six (USA, Allemagne, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne).

L’approche « différente » chère à Mitt Romney a un nom : la guerre. Pour mener à bien ses funestes projets, le mormon a besoin d’un allié dans la région. Le premier ministre israélien Netanyahou n’attendait que ça, il a reçu avec chaleur et paternalisme Romney. Le candidat républicain a effectué en juillet un « pèlerinage » très controversé en Israël. Il s’agit d’une coutume chère aux néo-cons(ervateurs) américains souhaitant se donner une envergure internationale. Comme ses illustres prédécesseurs, Romney a juré allégeance au régime de Tel-Aviv.

Mitt Romney devant le mur des lamentations lors de sa visite à Jérusalem, « capitale d’Israël ».

Au milieu de florilèges de compliments à faire rougir un dictateur turkmène, Romney avait tonné : « Je suis très fier de me trouver ici à Jérusalem, la capitale d’Israël ». Que peut-on déduire de cette ineptie géographique qui a fâché les Palestiniens ? Soit Romney fait preuve d’une mauvaise foi exceptionnelle, destinée à caresser dans le sens du poil les autorités israéliennes et leurs projets de colonisation. Soit Romney a eu Sarah Palin pour professeur de géographie. Dans ce dernier cas de figure, Romney soutiendra peut-être « l’allié nord-coréen » et peut-être réalisera-t-il que « l’Afrique n’est pas un pays, mais un continent ».

À l’est, toute !

Romney est prisonnier de visions manichéennes, où les gentils sont séparés des méchants par un rideau de fer. Selon Romney, le diable russe doit être enfermé dans sa boîte : « La Russie est l’ennemi public numéro un. Obama a trahi nos alliés d’Europe centrale en tentant le redémarrage avec la Russie. Geler le projet de bouclier anti-missile, c’est faire une concession unilatérale et inacceptable au gouvernement russe. »

Mais que cherche Mitt Romney en s’attaquant si violemment à la Russie ? Le candidat républicain, accusé d’être le « représentant de l’establishment », souffle avant tout sur les braises encore brûlantes de la guerre froide. KGB, Kremlin, missiles balistiques, espions : tous ces mots sont encore bien présents dans les esprits américains. Avoir un ennemi permet d’unifier les masses. Maintenant qu’Obama a criblé Ben Laden de plomb, un nouvel antéchrist est nécessaire. La Russie est toute désignée, du moins en attendant que les Chinois se montrent un peu plus hargneux. Mais diaboliser un « ennemi » permet « également de légitimer des méthodes peu recommandables. Abou Grahib, Guantanamo, la conquête du Moyen-Orient et les révolutions de couleur sont là pour en témoigner.

Les soldats américains torturent un détenu à Abou Grahib, en Irak.

Pourquoi pas la Chine ?

L’ennemi doit être caricatural. Grand, guerrier, impétueux et féroce, il doit faire peur à la ménagère. Il doit donner des maux de ventre à tous les Rambo des bacs à sable. Ce rôle convient à la perfection à Vladimir Poutine. En face de lui, le leader chinois Hu Jintao est aussi charismatique qu’une serpillère. Mais croire que le choix américain se limite à des questions de style serait puéril.

Vladimir Poutine chasse le tigre. D’ordinaire, il le fait à mains nues. Ce jour là, il s’est armé devant les menaces proférées par Chuck Norris,

On ne crache pas sur la main qui nous nourrit. Washington doit la faramineuse somme de 14 764 milliards de dollars à ses créanciers. Les Chinois sont les premiers détenteurs de la dette US, avec 1273,6 milliards de dollars. La Chine finance donc le train de vie fastueux de l’Oncle Sam. Froisser Pékin pourrait gripper les distributeurs de billets américains dans le cas où la Chine déciderait de réduire son exposition à la dette US. Les New-Yorkais singeraient alors les Moscovites des années 80. D’immenses files se formeraient devant les distributeurs automatiques, rappelant les queues kilométriques qui s’étendaient devant les magasins d’alimentation soviétiques.

Si Romney ne désigne pas la Chine comme ennemi public numéro un, il n’est néanmoins pas en reste. « La Chine est une tyrannie prospère. Je ferai tout pour éviter l’avènement d’un siècle chinois. Je n’hésiterai pas à maintenir une forte présence militaire dans le Pacifique et à armer Taïwan. » Selon Romney, la Chine endosse également la responsabilité pour tous les échecs de l’économie américaine. Si les USA sont moins compétitifs, c’est à cause de la monnaie chinoise « sous-évaluée ». Si les entreprises ferment à Detroit ou Dallas, c’est à cause des conditions de vie des travailleurs chinois. Jamais Romney ne remet en cause le modèle ultra-libéral, véritable dogme à Washington.

Les États-Unis sont déchirés en deux. D’un côté, un pays ouvert, fier de sa société multiculturelle. Ce pays aspire à plus d’égalité, de droits et de justice. Martin Luther King, Michael Moore et Barack Obama font partie des citoyens d’honneur. De l’autre côté, les États-Unis républicains. Ici, la santé est une marchandise comme les autres. Les accrocs de la gâchette côtoient les évangélistes fanatiques, les acteurs de cinéma séniles divaguent en compagnie de requins de la finance. Cette Amérique a pour « mission divine » de civiliser les peuples en apportant la pax americana. Romney est le nouveau prophète.

Le Revizor

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