Innocence of muslims: bientôt une nouvelle croisade?

Un assaillant libyen pose devant le consulat américain à Benghazi.

Dans un monde où les médias sont tout-puissants, un film, une caricature ou une chanson peuvent déchaîner les passions. Les États-Unis l’ont appris à leurs dépens après la diffusion du film « Innocence of Muslims ». L’ambassadeur américain en Libye a été tué dans un assaut lancé sur le consulat par des islamistes radicaux. Les ambassades américaines au Yémen et en Égypte ont-elles aussi dû faire face à des violences inqualifiables. Des manifestations plus pacifiques ont eu lieu en Iran, au Soudan, en Irak, en Tunisie, en Palestine, au Bangladesh et au Maroc. Une question s’impose : qui est cet américano-israélien qui se cache derrière ce film ? Comment un film aussi médiocre et dénué d’intérêt a-t-il pu causer une telle explosion de violence ? Et surtout: quelles en sont les conséquences?

Le film « Innocence of Muslims » aurait dû tomber dans l’oubli. Le niveau intellectuel se rapproche d’American Pie, version puceaux du désert. Mais voilà, les radicaux islamistes se sont rappelés au bon souvenir de l’Oncle Sam, onze ans jour pour jour après les terrifiants attentats de 2001. Derrière ce film se cache officiellement Sam Bacile, un américano-israélien de confession juive. Son identité est pour l’instant impossible à vérifier, le réalisateur de piètre morale se cachant de peur de représailles. Le ministre israélien des affaires étrangères affirme qu’aucun Sam Bacile ne dispose de la nationalité israélienne. Sam Bacile n’est donc qu’un pseudonyme, un épouvantail.

Le producteur est quant à lui connu : il s’agit de Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien vivant à Los Angeles. Selon le journal « Libération », cet homme est connu de la justice et aurait purgé 21 mois de prisons pour escroquerie bancaire. L’argent qu’il a probablement extorqué à quelques vieillards sans défense aura sans doute été réinjecté dans la glorieuse industrie cinématographique américaine. Le film « Innocence of Muslims » a coûté cinq millions de dollars, financé en partie par une centaine de donateurs juifs. Dans la bouche d’un producteur américain, cette somme ressemble plutôt à un vulgaire pourboire glissé dans le décolleté d’une strip-teaseuse.

Le journal Libération révèle un détail troublant. Lorsque la police de Los Angeles a tenté de joindre Sam Bacile sur son téléphone, la localisation a indiqué qu’il se trouvait au même endroit que le producteur. Pourtant, aucune trace de Bacile…

Complot ou heureux hasard ?

Le meurtre de Chris Stevens, ambassadeur américain en Libye, survient exactement onze ans jour pour jour après les attentats du World Trade Center. La raison invoquée par les assaillants est la diffusion du film « Innocence of Muslims ». Pourtant, le film est disponible sur le net depuis juillet. La version arabe est disponible depuis plusieurs semaines déjà. Alors, pourquoi la rue arabe se soulève-t-elle aussi tardivement?

En Égypte, la chaîne de télévision Al-Nas a été la première à diffuser des extraits du film, très vite relayés par d’autres chaînes arabes. Al Nas est  islamo-conservatrice, très populaire auprès des Frères Musulmans et des salafistes. La chaîne est fréquemment accusée d’exacerber les tensions entre les musulmans et la minorité chrétienne d’Égypte. Le présentateur vedette des programmes, le Sheikh Khaled Abdallah, a été le premier à diffuser des extraits du film. Le Sheikh tient souvent des prêches enflammés où il dénonce des attaques contre l’Islam. Cette fois-ci, on ne peut pas lui donner tort…

Quoiqu’il en soit, ces violences surviennent au plus mauvais moment. Elles soulignent une réalité qu’on croyait dépassée depuis le départ de George W. Bush : le monde est divisé par une guerre de religions. Le meurtre d’un ambassadeur rappelle aux Américains que certains musulmans extrémistes perçoivent toujours les USA comme le grand Satan. La diffusion d’un tel film vient également corroborer les dires d’Al Qaeda : « la confrontation des Etats-Unis avec l’islam comme système politique est toute à fait évidente ». Mais à qui pourrait profiter cette guerre des religions ?

Le réalisateur du film, aussi insaisissable soit-il, se présente comme un américano-israélien. Ce n’est pas anodin. Certains partisans de « la ligne dure » ont intérêt à isoler les USA de leurs alliés arabes. La puissante Égypte des Frères Musulmans en fait partie. De cette manière, Washington devra se recentrer sur Tel-Aviv pour relayer sa puissance au Moyen-Orient. Les USA, pour ne pas froisser leur ami israélien, devraient alors se conformer à la position de Netanyahou sur le dossier iranien. Au menu ? Une pluie de bombes sur les installations nucléaires de Téhéran.

Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien, a été parmi les premiers à exprimer ses condoléances aux USA.

Certains islamistes radicaux ne demandaient pas mieux, dans un contexte où l’Islam politique s’étend irrésistiblement dans les pays du « printemps arabe ». Avoir un ennemi aussi puissant que l’Occident permet de souder les masses derrière un élément identitaire. Cette stratégie a toujours été utilisée à divers degrés par les pays arabes nationalistes (Égypte, Syrie, Irak, etc.).

La diffusion de ce film pourrait également avoir des conséquences inattendues en Syrie. Le pragmatique Bachar El Assad assimile fréquemment l’opposition à une tentative désespérée des occidentaux de faire main basse sur le pays. Il déclare par ailleurs se battre au nom de l’Islam, un peu comme l’avait fait Saddam Hussein lors de la première guerre l’opposant aux USA. La rue arabe pourrait se retrouver aveuglée et oublier que l’opposition est elle aussi musulmane. Le soutien occidental à l’opposition devra se faire plus ténu ou moins visible…

Aux USA, le meurtre de l’ambassadeur Chris Stevens risque de profiter au candidat républicain à la présidentielle, Mitt Romney. Ce dernier n’a cessé de critiquer la politique de « la main tendue », prônée par Obama dans ses relations avec le monde arabe. Les Américains pourraient interpréter le meurtre de Chris Stevens comme un échec de la politique étrangère du premier président noir des USA. Les républicains ne se priveront pas de souligner les autres revers subis par les USA ces dernières années : départ de Moubarak en Égypte, persistance du programme nucléaire iranien, blocage du dossier syrien, « iranisation » de l’Irak, etc.

Le pasteur américain Terry Jones soutient la diffusion du film « Innocence of Muslims ». Il s’est fait connaître pour avoir brûlé un Coran après un ramdam médiatique.

Mais Barack Obama ne compte pas rester les bras ballants. Le président américain a promis de ne pas laisser impuni le meurtre (l’assassinat ?) de son ambassadeur en Libye. Washington envoie deux destroyers patrouiller au large des côtes de Benghazi. Le président américain innove ! Pour arrêter une bande de criminels, il pourra faire usage de missiles Tomahawks ! Sans doute aura-t-il écouté les conseils de son homologue Vladimir Poutine. Lors des prises d’otage à Beslan et au théâtre de Moscou, les forces spéciales russes avaient fait usage de lance-flammes, de mortiers, de mitrailleuses lourdes, de gaz mortels et de blindés. Un nombre infime d’otages avait été extirpé du déluge de plomb. Ou comment tuer une mouche au lance-roquette.

Le Revizor

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