La Chine montre les crocs

Les fusiliers de marine chinois bénéficient désormais d’un allié de poids: un porte-avions.

L’océan Pacifique accueille désormais le premier porte-avions chinois. Le « Liaoning » lève l’ancre alors que les tensions autour des îles Diaoyu/Senkaku menacent d’embraser un des principaux bassins économiques de la planète. Le développement de l’armée chinoise risque-t-il de déboucher sur une militarisation à outrance de la région ? Focus.

Le porte-avions avait déjà eu l’occasion de se frotter à l’écume plusieurs fois depuis août 2011. Mais maintenant, c’est officiel : la deuxième puissance économique mondiale dispose d’un outil pour projeter sa force aux quatre coins des mers. « Ce matin, le premier porte-avions chinois, le Liaoning, rentre en service opérationnel », a annoncé dans un communiqué le ministre chinois de la Défense. Le ministre ajoute : « le navire va jouer un rôle important dans la défense des intérêts souverains du pays ».

Le porte-avions chinois, baptisé « Liaoning » en l’honneur d’une région de Chine.

Et justement, pour le moment, la Chine estime ses « intérêts souverains » piétinés. Pékin juge inadmissible le rachat des îles Diaoyu par l’éternel ennemi nippon. Pourtant, Tokyo affirme avoir voulu bien faire. Le Japon voulait arracher des mains de nationalistes provocateurs les 7km² de roche au centre de toutes les discordes. La République Populaire ne l’a pas pris comme un signe d’apaisement, loin s’en faut. Des usines, restaurants et magasins japonais ont été incendiés en Chine. Des Japonais ont même été victimes de violences s’apparentant à un début de pogrom. Et cerise sur le canard laqué : le gouvernement chinois a publié un « livre blanc » dans lequel il souligne que le territoire chinois et donc les îles Diaoyu sont inaliénables. Les Japonais ne semblent pas plus enclins au compromis.

Des armes par millions

L’Extrême-Orient est une des zones les plus militarisées au monde. La Chine dispose d’une armée de plus de deux millions d’hommes. Personne ne fait mieux. L’Empire du milieu garde dans des silos quelques ogives nucléaires. La Corée du nord a le plus fort taux de militarisation de la planète.Quarante-neuf hommes sur mille vivent sous les drapeaux. Le régime de Pyongyang, fidèle allié de Pékin, dispose lui aussi de l’arme nucléaire. La Russie est elle aussi très présente en Extrême-Orient. Le programme de modernisation militaire du gouvernement vise avant tout la flotte du Pacifique. Moscou compte déployer des forces de plus  en plus importantes pour contrer la montée en puissance chinoise et les visées japonaises sur les îles Kouriles.

L’Armée Populaire de Libération chinoise est la plus nombreuse de la planète.

En face, le Japon ne dispose officiellement pas d’armée, seulement d’une « force d’auto-défense ». Il faut croire que la défense du Japon nécessite l’invasion d’un pays tiers, puisque les soldats japonais étaient présents en Irak. La marine japonaise est la quatrième mondiale. Encore une fois, il faut y voir la volonté de Tokyo de protéger ses bateaux de pêche des attaques d’espadons et de féroces crevettes. La Corée du sud jouit elle aussi d’une des armées les plus pléthoriques de la planète, avec plus de 600 000 soldats professionnels. La peur du turbulent voisin du nord n’y est pas étrangère. Le petit île de Taïwan à la croissance vertigineuse bénéficie d’une aide militaire importante des États-Unis, malgré le fait que ce territoire n’est officiellement pas indépendant. Les hurluberlus de Taipei affirment de temps en temps vouloir « reconquérir la Chine continentale ». Pour finir, les États-Unis quadrillent les territoires sud-coréens et japonais de tout un réseau de bases militaires. Washington y garde ses technologies les plus avancées, comme des bombardiers de dernière mode.

Le chemin de la guerre entre la Chine et le Japon?

Un tourbillon de violence viendra-t-il balayer la deuxième (Chine) et la troisième (Japon) économie mondiale ? C’est peu probable, même si une série  d’incidents peut toujours dégénérer sur un conflit ouvert. Les deux géants asiatiques ont trop d’intérêts en commun que pour sacrifier leurs relations.

L’Histoire des relations sino-japonaises est marquée par l’invasion de la Chine par le Japon au milieu des années 1930. Les forces impériales y ont commis de nombreuses exactions, dont les plus connues sont celles de Nankin. Malgré tout, les deux géants ont besoin l’un de l’autre pour avancer. La Chine a besoin de technologies étrangères pour développer son industrie, trop souvent cantonnée au rôle de sous-traitant. Le Japon a besoin des investisseurs chinois. Le Wall Street Journal chiffre à 345 milliards de dollars les échanges commerciaux entre Pékin et Tokyo.

L’industrie automobile, un des piliers de la coopération sino-nippone.

Le Japon est aussi tenu par sa dette, qui dépasse les 200% du PIB. Fin 2011, Pékin détenait 230 milliards de dollars d’obligations d’état japonaises. La Chine est incontestablement le principal débiteur permettant au pays du soleil-levant de ne pas s’effondrer sous le poids de sa dette. La tendance ne cesse de s’accentuer au fil des années.

D’un autre côté, les deux pays ont le couteau sur la gorge. Le nationalisme chatouilleux des populations pousse les gouvernements à l’intransigeance. De plus, la menace d’enclavement économique n’est pas loin. La Chine a toujours besoin de plus de  ressources énergétiques pour faire tourner ses usines. L’accroissement de la population exige une prospection poissonnière de plus en plus aventureuse. D’où le litige sur les îles Diaoyu, riches en poissons et en hydrocarbures.

Au vu de ce tableau peu intelligible, on se demande à quel dangereux numéro de funambule jouent la Chine et le Japon. Comme quoi, le cirque de Pékin a encore de beaux jours devant lui.

Le Revizor

 

 

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