Géorgie: Saakashvili à l’ONU, l’opposition à l’hôpital ou en prison!

L’espoir se lit dans les yeux de cet opposant géorgien, membre de la coalition « rêve géorgien » menée par Bidzina Ivanishvili.

Les observateurs de l’OSCE s’inquiètent de la tournure que prend la campagne pour les élections législatives géorgiennes du 1er octobre. La lutte pour le parlement deviendrait trop « polarisée ». Le cercle proche du milliardaire Bidzina Ivanishvili, le leader de l’opposition, est accusé par « l’impartiale » police du régime d’entretenir des contacts avec le milieu criminel. Pendant ce temps-là, le président Mikheïl Saakashvili fanfaronne à l’assemblée générale des Nations Unies à New-York. Les manifestations se succèdent, alors que le personnel d’une autre prison est inquiété pour des violations des droits de l’Homme.

La scène se déroule à Lagodekhi, un petit village poussiéreux de la campagne géorgienne. Un convoi de voitures tente de se frayer un chemin parmi les militants réunis là. Dans une berline, Bidzina Ivanishvili, le leader de l’opposition. Des pétards explosent. Des jeunes à cheval tentent d’assurer l’ordre. Ces cavaliers caucasiens sont vêtus de bleu et tiennent des drapeaux, bleus aussi. Ils soutiennent le candidat milliardaire. La température continue de monter. D’autres militants, vêtus de rouge cette fois-ci, tentent de s’approcher des voitures. Les cavaliers s’interposent, les insultes volent. Le convoi reprend sa route. Partout, des drapeaux géorgiens.

Ambiance chahutée à Lagodekhi.

L’ambiance est désormais plus qu’électrique en Géorgie. Les manifestations principalement étudiantes se succèdent. Les unes pour réclamer un changement de régime. Les autres pour exiger la fin de la torture dans les prisons du pays. Malgré la profession de foi du président Saakashvili, il semblerait que le gouvernement soit impliqué jusqu’au cou dans les violations des droits humains. La justice a ouvert une nouvelle enquête concernant des traitements barbares infligés aux prisonniers dans une autre prison, celle de Koutaïssi. Le directeur de la prison et quatre de ses collèges tortionnaires sont passés de l’autre côté des barreaux. L’auteur des vidéos qui ont ouvert cette boîte de Pandore, Vladimir Bedukadze, fait maintenant l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par… Interpol. Autant dire que la visite de Mikheïl Saakashvili à l’assemblée générale de l’ONU s’est révélée productive pour le régime. Même lorsque la Géorgie viole les droits humains, elle peut compter sur ses complices occidentaux.

Tbilissi, la capitale, vit au rythme des manifestations monstres.

Le feu se déchaîne sur l’opposition

Ivanishvili aussi en prend pour son grade, et pas qu’un peu. Cette semaine, une vidéo a été diffusée sur le net. On y apprend qu’Ivanishvili aurait ordonné à ses hommes de placer sur écoute les membres… de sa propre coalition ! Le milliardaire franco-géorgien a  dénoncé toute suite ces allégations, affirmant qu’il s’agit là « d’un pur produit du pouvoir ».

Les partisans d’Ivanishvili croient également à un coup monté du pouvoir.

Les partisans de Saakashvili restent très nombreux, notamment en raison des hauts salaires réservés aux fonctionnaires.

Peu avant, deux proches d’Ivanishvili faisaient l’objet de rumeurs. Cette fois, la police accusait Gubaz Sanikidze et l’ancienne gloire du football Kakha Kaladze d’entretenir des relations étroites avec le milieu criminel. Pour preuve, la police a diffusé des enregistrements de conversations téléphoniques entre Kakha Kaladze et David Khizanishvili, un criminel présumé. Les forces de l’ordre ont arrêté le 23 septembre Khizanishvili, membre d’un groupe supposé exercer « des pressions » sur les électeurs. Mais ce n’est pas tout ! La police, toujours à l’écoute de la population, a également espionné Gubaz Sanikidze. Ce dernier aurait téléphoné à un ancien ministre de l’administration pénitentiaire, réfugié à Moscou. Sanikidze aurait supplié l’ancien ministre de se débrouiller pour faire sortir quelques grands bandits des prisons russes. Gubaz Sanikidze et Kakha Kaladze s’offusquent contre ces accusations. « Je n’ai jamais eu de ma vie des relations avec le banditisme », s’exclame Kaladze, l’ancienne gloire du Milan AC. « C’est un coup monté de Saakashvili, vous savez tout ce qu’on peut faire avec les nouvelles technologies. Je n’ai plus parlé à l’ancien ministre depuis des mois. Sommes-nous tous des criminels parce que nous nous opposons à Saakashvili ? Les seuls mafieux que j’ai pu fréquenter sont au pouvoir ! », s’ébroue-t-il. En attendant, l’état-major électoral du candidat Kaladze pourrit en prison.

Kaladze, alors joueur au Milan AC, était à l’écoute de son public. Aujourd’hui, c’est son gouvernement qui le met sur écoute.

La foudre du gouvernement ne s’abat pas sur les seules pontes du « rêve géorgien ». Les simples militants en font aussi les frais. À Poti, sur la mer noire, deux jeunes hommes ont été arrêtés par la police. Les deux opposants ont été enlevés chez eux pour « un interrogatoire », alors qu’ils avaient participé à une manifestation la veille. Dans l’est du pays, à Gurjaani, les choses ont encore plus mal tourné. Un militant du « rêve géorgien » déambulait tranquillement en rue avec ses amis. Soudain, une voiture s’est arrêtée devant eux. Plusieurs hommes sont descendus et ont frappé l’activiste. Il souffre d’une grosse commotion cérébrale.

Saakashvili lance « l’opération séduction »

Le président géorgien est en balade à New-York pour l’assemblée générale de l’ONU. Le président Saakashvili n’a pas hésité à faire le lien avec les acteurs du printemps arabe pour vanter ses qualités de démocrate épris de liberté. Il notamment affirmé « qu’un pays où tout le monde est d’accord avec le gouvernement n’est pas un pays, mais un cimetière ». « Nous faisons tout pour que les élections cruciales que vit mon pays soient plus honnêtes que les précédentes et moins que les futures. Nous nous battons jour et nuit pour la démocratie. Nous avons banni les discours de haine qui montaient nos minorités les unes contre les autres », professe-t-il. Ensuite, vient le moment de cracher sur l’opposition. « Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous les candidats. Certains travaillent à saper l’indépendance du pays. La réponse de nos institutions démocratiques sera ferme. »

À New-York, Saakashvili pose aux côtés de Herman Van Rompuy, président du conseil européen;

La Russie devait forcément recevoir elle aussi une volée de bois vert. « Je suis malheureusement obligé d’attirer l’attention sur les influences extérieures qui nuisent à notre souveraineté nationale. La Russie déploie des troupes en masse dans les territoires géorgiens occupés. À l’instant où je vous parle, la Russie envoie des armes offensives et des troupes au sein de nos frontières internationalement reconnues » s’emporte Saakashvili alors qu’un diplomate russe pianote sur son téléphone. « La Russie a l’incroyable idée d’organiser des exercices militaires en même temps que nos élections », dit-il sans reconnaître que son pays fait de même avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. « La présence russe ne s’arrête pas aux pressions militaires. Des millions de roubles ont été distribués à divers acteurs du jeu politique. Je demande à la communauté internationale de contester la violation de notre souveraineté ! Faites en sorte que 2012 ne soit pas la répétition de la guerre de 2008 ! Rappelez-vous ce qu’a fait la Russie ! L’Union Soviétique a envahi les pays baltes, l’Union Soviétique a envahi la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, l’Afghanistan ! La Géorgie démocratique ne veut pas être envahie », affirme-t-il sans mentionner que son pays combat actuellement en Afghanistan. La diatribe continue pendant encore cinq bonnes minutes.

Discours disponible dans son intégralité ici: http://webtv.un.org/search/georgia-general-debate-67th-session/1861065819001?term=Mikheil

Mais les New-Yorkais ne sont pas aussi dupes que leurs dirigeants. Des centaines de manifestants se sont réunis devant le bâtiment de l’ONU, pour ce qui est généralement réservé à des personnages de la trempe du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ils entendaient dénoncer les tortures (apparemment systématiques) pratiquées dans les geôles de Saakashvili le démocrate.

Quelques centaines de manifestants se sont réunis à New-York contre la présence du président géorgien.

Le 1er octobre, plus de 3,6 millions de Géorgiens iront voter. Ces élections législatives sont cruciales, alors que le pays basculera l’an prochain vers le parlementarisme. Saakashvili le sait, le monde fait semblant de l’ignorer.

Le Revizor

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