Géorgie: les candidats se disputent les faveurs de l’Église

Le président Saakashvili reçoit la bénédiction à Poti, sur la mer noire.

Le président Mikheïl Saakashvili et l’opposant Bidzina Ivanishvili s’arrachent la bénédiction de l’Église orthodoxe géorgienne. Le soutien des autorités religieuses est primordial dans la conquête du pouvoir alors que la religion est un des piliers de l’identité géorgienne. Le patriarche Ilia II est un des hommes les plus écoutés du pays.

L’occidental qui débarque à l’aéroport de Tbilissi doit se préparer à un combat. En face du terminal, l’attendront une kyrielle de taximen ventripotents. L’un d’eux se fera plus convaincant, voire plus menaçant. Sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, l’Européen se retrouve alors accroché au siège d’une vieille Lada crachant des nuages de fumée. Le taximan se faufile entre les voitures, jure, klaxonne, se jette à pieds joints sur la pédale de frein. L’occidental lève les yeux et aperçoit une croix qui pend au rétroviseur central. Un formidable sentiment se religieux se développe en lui ; la vie tient à si peu de choses ! Le taximan, lui, se grille cigarette sur cigarette. De l’autre main, il se signe plusieurs fois avec révérence devant chaque église ou chapelle. Son taxi tangue de plus belle.

Cet avant-goût révèlera aux yeux du voyageur inexpérimenté à quel point la foi orthodoxe est indissociable de la vie des Géorgiens. Le président Saakashvili l’a bien compris. La semaine dernière, le charismatique leader s’est rendu à Poti, ville portuaire sur la mer noire. Il en a profité pour recevoir la bénédiction des mains du clergé local. Les photos ont immédiatement été publiées sur les réseaux sociaux.

Le milliardaire Bidzina Ivanishvili s’affiche également en compagnie du clergé lors de diverses escapades à travers le pays. Mais il a fait encore mieux ! C’est lui qui a financé la construction de la cathédrale Sameba de Tbilissi, nouveau centre religieux de la Géorgie. Désormais, les cérémonies les plus importantes telles que celles de la pâque orthodoxe s’y déroulent. Même Saakashvili semble apprécier les lieux érigés par son plus féroce ennemi politique.

La cathédrale Sameba de Tbilissi est le nouveau cœur religieux. Ores, en Géorgie, le nationalisme est imbriqué dans la foi.

Une Église politisée

Comme dans tous les pays de l’ancien bloc communiste, le sentiment religieux était piétiné, emmuré dans le nouvel « homo sovieticus ». L’Église géorgienne a elle aussi subi des persécutions. Les hommes de foi n’avaient qu’un seul endroit en Géorgie où se former à la religion. Tout avancement au sein du parti communiste (et donc de la société) était freiné en cas de trop grande ferveur religieuse.

Des soldats géorgiens reçoivent la bénédiction avant de partir au combat en Afghanistan.

Ilia II, patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne.

Le patriarche Ilia II symbolise à lui tout seul le combat politique de l’Église géorgienne. Élu plus haute autorité religieuse  de Géorgie en 1977, il se mêle aux violentes manifestations communistes de 1989. La brutalité de la police et de l’armée soviétique feront une cinquantaine de morts. Après l’indépendance du pays, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud proclament leur indépendance. La réaction des ultra-nationalistes de Tbilissi est brutale, les soldats sont baïonnette au canon. Ilia II appellera toujours à la paix et à la retenue. Actuellement, le patriarche est un médiateur entre Tbilissi et Moscou. Dmitri Medvedev l’a rencontré au plus fort des tensions entre les deux capitales.

Le Revizor

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