La Russie détourne l’Iran et regarde vers l’Europe

Le ministre des affaires étrangères pakistanais, Hina Rabbani Khar, a déclaré que la Russie est prête à investir dans le projet de pipe-line destiné à exporter le gaz iranien vers le Pakistan. Cette annonce ne surprend que peu les observateurs avertis, dans la mesure où elle répond aux deux priorités stratégiques de la politique russe de l’énergie : la conquête du marché énergétique européen et la diversification des investissements.

La Russie noue avec l’Iran un partenariat intéressé. Téhéran dispose de ressources d’hydrocarbures pléthoriques. Malgré tout, sa production est faible, en raison du manque d’investissements et des sanctions internationales qui empêchent la modernisation des infrastructures. La Russie est devenue une carte indispensable dans le jeu iranien, alors que Moscou se débrouille régulièrement pour atténuer la dureté de la guerre économique livrée par les chancelleries occidentales. Cependant, le malheur des Iraniens fait aussi le bonheur des Russes. Le récent embargo européen sur le gaz et le pétrole iranien fait les affaires des businessmen moscovites. L’Europe toute entière est livrée à l’appétit gargantuesque de Gazprom, le géant russe de l’énergie.

Depuis toujours, Moscou souhaite avoir une position hégémonique sur le marché européen de l’énergie. La dépendance réciproque UE-Russie est aux yeux de nombreux experts russes, un moyen efficace d’œuvrer pour une plus grande intégration. Le projet d’Union Eurasiatique de Vladimir Poutine est perçu comme l’aboutissement de ce processus d’unification. Les gouvernements européens, en bannissant le mauvais élève iranien de leurs marchés, ont livré à la Russie une occasion en or de mener à bien ses projets. Les flux énergétiques iraniens vont se réorienter d’eux-mêmes vers la Chine, le Pakistan, l’Inde et l’Asie du Sud-est.

Le projet de gazoduc irano-pakistanais est dans cette veine-là. Téhéran enverra au minimum 22 milliards de mètres cubes de gaz par an au Pakistan. Long de 2700 kilomètres, il serpentera depuis les gisements de South Pars partagés avec le Qatar jusqu’au Balouchistan Pakistanais. La porte reste ouverte à la Chine et à l’Inde pour une éventuelle extension du tracé.

Diversification des investissements

Pour beaucoup, la Russie ne peut se targuer d’être à l’origine que d’une très courte liste de produits. Les usines de l’Oural produisent des voitures archaïques, juste bonnes à refiler un cancer du poumon au malheureux automobiliste se trouvant dans son sillage. Le cousin Ivan est aussi à l’origine d’un engin de mort apprécié de tous : la kalachnikov. L’industrie lourde russe serait dépassée, surannée, enterrée par des années d’insouciance. Les Russes noieraient leurs inaptitudes économiques dans la vodka. C’était vrai.

L’industrie russe est trop souvent peu productive et énergivore. La Banque Mondiale estime qu’il faut trois à cinq fois plus d’énergie en Russie qu’en Europe pour produire la même richesse.

En 2000, les prix de l’énergie explosent. Le baril de brut passe de 27 dollars en 1999 à 80 dollars seulement un an plus tard ! Poutine dispose d’une chance que son prédécesseur n’a jamais eue. Il peut dès lors entreprendre un redressement des finances tout en injectant des sommes colossales dans l’économie nationale. Le secteur de l’énergie est le premier à faire l’objet d’une renationalisation avec le dépècement de Ioukos. Gazprom, un géant étatique, est créé sur les ruines d’un titan, privé cette fois-ci. L’énergie doit rester une arme dans l’arsenal du Kremlin. Rien de plus surprenant, alors que Gazprom rapporte environ 10% du PIB russe et 80% des exportations vers l’UE !

Au vu de ces chiffres, le risque de « maladie hollandaise » n’est évidemment pas à prendre à la légère, d’autant que la Russie a plus d’une fois succombé sous les coups de ce virus. Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev l’ont bien compris. La Russie doit diversifier son tissus industriel, assurer l’émergence de PME, encourager les activités à forte plus-value, combattre la corruption endémique, développer des services compétitifs.

Mais Moscou doit aussi placer ses billes à l’étranger. Investir dans des pays permet de tisser des liens qui peuvent s’avérer utiles lorsqu’une tempête éclate. Le Kremlin aspire également à un monde multipolaire, où il serait une puissance respectée parmi d’autres. Or, qui dit puissance, dit cercle de « pays amis ». L’Iran peut être un de ceux-là. De plus, les investissements peuvent rapporter gros, surtout dans cette région du monde. L’Asie est en plein boum, la demande énergétique ne peut que croître. Les retombées financières seront plus que probablement positives, malgré l’ampleur de l’investissement.

Le Revizor

Article sur le jeu énergétique en Asie centrale:

https://voixnouvelle.wordpress.com/2012/07/29/lasie-centrale-terrain-de-jeu-des-grandes-puissances/

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6 réponses à “La Russie détourne l’Iran et regarde vers l’Europe

  1. Vous dîtes :
    « Pour beaucoup, la Russie ne peut se targuer d’être à
    l’origine que d’une très courte liste de produits. Les usines de l’Oural produisent des voitures archaïques ???, juste bonnes à refiler un cancer du poumon au malheureux automobiliste .

    Ah bon! Vous êtes sûr de vos propos. Sans aller trop loin ..lisez bien !
    http://fr.wikipedia.org/wiki/KamAZ

    se trouvant dans son sillage.

    • C’est un cliché qui a plusieurs décennies… Mais il tend à s’estomper! Les derniers modèles de Lada changeront la donne, je l’espère! Merci pour vos liens, très intéressants !

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