REPORTAGE – du nombril de la Roumanie, on regarde avec tristesse le pays

Ce reportage est tiré du journal roumain « Adevarul ». Je l’ai lu, il m’a touché. J’ai ensuite décidé de la traduire, pour vous.

 

Tanti Viorica vit avec 87 euros par mois. Dans l’Union Européenne.

 

À environ 70km de Sibiu, dans le village de Dealu Frumos, considéré comme étant au centre de la Roumanie, les hommes n’ont ni eau ni canalisations. Beaucoup d’entre eux n’ont même rien à mettre sur la table pour leurs enfants.

À l’entrée du village, en venant d’Agnita, une pancarte rongée par la rouille te frappe. « Roumanie. Dealu Frumos. Centre du pays » est écrit. La peinture est défraichie, une lettre manque. « Le nombril de la Roumanie » abrite environ 500 habitants, sans eau ni canalisations. Ces hommes font, dans la poussière des rues et dans les petites cours dans lequel s’invite le vent de la pauvreté, une radiographie simple de la Roumanie d’aujourd’hui.

Ponta ? Le président qui arrive maintenant ?

« Une vraie mère poule, regarde ce que je t’apporte ! » Tanti Viorica Varga (75 ans) porte dans ses bras, avec fierté, deux plats de placinta au miel, tout juste sorti du four… des voisins. Elle sait depuis qu’elle est toute petite que chaque jour elle foule le centre géographique de la Roumanie, mais cela ne l’a jamais aidé en rien. Elle a travaillé dans une usine et maintenant elle supporte mal sa vieillesse, avec une pension de 400 lei (87 euros).

Sa Roumanie est triste, la nourriture y est chère, l’argent manque. Ton argent, tu le partages entre le magasin d’état, la pharmacie, le bois de chauffage quand vient l’hiver. « On voit ce que font les pauvres. On tue les vaches, les animaux parce qu’on n’a pas de fourrage ou d’eau à leur donner. Nous sommes des miséreux, voilà ce qu’on est. On a bien une fontaine là-haut, mais c’est juste pour cette partie du village », dit la vieille femme avec une voix tremblante.

Interrogée sur la vie politique, elle dit ne rien y connaitre. Elle ne sait même pas qui est Victor Ponta (le premier ministre). « C’est qui celui-là ? Le nouveau président ? », dit-elle d’un air perplexe.

Par contre, elle sait qui est Dan Diaconescu (un journaliste TV converti à la politique). Une victime, un pauvre garçon, soupire-t-elle. « J’ai entendu ce qu’ils font à ce pauvre garçon, comment ils se moquent de lui. On lui crée des soucis avec l’argent, avec tout. Lui, il veut faire le bien et eux lui font ça », dit-elle d’une mine désespérée.

Le président Basescu rit tout le temps, il rit des gens

Tanti Ana Chiru (70 ans) est une ancienne travailleuse communale. Elle nettoyait l’école, mais ne perçoit pas de pension. Tanti sait que son village plein de poussière et de gens tristes est au centre d’un pays pauvre où les vieillards n’ont pas de quoi acheter des médicaments et où les jeunes ne trouvent pas de travail.

Toute la famille Chiru vit sur la pension du mari, Gheorghe. Ana n’a pas droit à une pension, malgré son travail pour la commune.

« Du centre du pays, on voit la Roumanie comme un pays pauvre, abandonné et au goût amer. Tout est cher. J’avais bien une terre. Mais qu’est-ce que je pouvais en faire ? Je n’avais pas le matériel pour la travailler. C’est vraiment très très dur pour nous, les vieux. Mais ce n’est pas mieux pour les jeunes. Aujourd’hui, ils trouvent un boulot. Le patron ne les paye pas et ils sont de nouveau au chômage. Tout le pays vit un désastre », résume la vieille femme. « La politique, je la trouve sale. Ils se disputent tout le temps, on n’entend que des horreurs. Ponta, lui, c’est ni oui ni non, il ne sait pas prendre une décision. Un jour il dit blanc, le lendemain il dit noir. Et puis, celui-là, Crin (Antonescu, président du Parti National Libéral) ! Il fait quoi ce type ? Rien. Ils ne font que se disputer entre eux. Basescu, lui il rit tout le temps, il rit des gens. S’il était un homme comme il faut, il ne rirait pas tout le temps. Dan Diaconescu pourrait être quelqu’un de convenable, s’il n’avait pas des gens autour de lui pour l’influencer. Boc (Emil, ancien premier ministre) a été bien, mais il a fini par faire n’importe quoi. Maintenant, tous les soirs, on les entend se disputer au parlement. Parfois, je demande pardon à Dieu pour leur folie. L’argent les tue. Ils leur faut 160 millions de lei pour vivre, alors que nous on vit grâce à 10 millions. Quand on va chercher la pension de mon mari à la banque, je vais d’abord à la pharmacie. S’il reste quelque chose, je prends, aussi non, je ne prends rien », dit la femme d’un ton amer.

La famille Chiru vit grâce à la pension de Gheorghe, un ancien tractoriste. Il reçoit 220 euros de pension, après 46 ans de bons et loyaux services.

« La démocratie a tout saccagé »

Depuis la cour, Stelian Arsente (54 ans), nous sourit et nous appelle pour nous raconter une histoire. Il est appuyé sur des rouleaux de fils métalliques qui lui servent de haie. À côté de lui, que des sourires. Quelques enfants blonds jouent, pieds nus, couverts de poussière. « Les petits neveux bien aimés de tonton ».

Stelian était peintre dans le bâtiment. Ensuite, il a coulé du béton. Maintenant, il touche une pension de 350 lei (76 euros). Il travaillerait bien, mais à 54 ans, plus personne ne veut de lui. « La Roumanie, avant, c’était pas mal. C’était organisé dans tous les domaines. La démocratie a saccagé beaucoup, plus rien ne s’est construit, on a juste cassé », constate Stelian.

Stelian est déçu par la démocratie roumaine.

Depuis la haie, il plaint son sort, celui de sa famille et de ses enfants sans futur. Mais il plaint aussi le Dan Diaconescu le fragile. « Je croyais que Ponta était quelqu’un de sérieux, mais maintenant on se rend compte que lui aussi rit de nous. Ils ont vu que Dan Diaconescu reste avec le peuple, ils cherchent par tous les moyens à l’arrêter. Ceux-là, Antonescu et Ponta, ils me donnent vraiment envie de pleurer. Pas pour moi, je ne mange qu’une tranche de pain par jour, mais pour ces enfants. Ils ont grandi où tout nous manque : le sucre, l’huile, le pain. Nous sommes déçus, en Roumanie on a faim. Il n’y a pas d’argent, pas de travail. Quand tu vois que ces enfants te tirent les manches en te demandent une tranche de pain et que tu n’as même pas ça à leur offre, c’est triste, très très triste », termine révolté Stelian.

« Peu importe la mesure, c’est correct »

Dealu Frumos est au centre du pays à vue d’œil. Les cartographes roumains n’ont cependant jamais fait de mesures en ce sens.

Dealu Frumos, le village considéré comme au centre de la Roumanie.

Ioan Aurel Terbea, le maire de la commune de Merghindeal à laquelle appartient le village de Dealu Frumos, reconnait qu’il n’a rien en main pour justifier que le village est au centre du pays. « Non monsieur, mais c’est ce qu’on dit. C’est la légende. Nous n’avons pas à la mairie un quelconque acte officiel ».

« Oui, c’est la là centre de la Roumanie. À ce point se rencontrent le 46ème degré parallèle – qui sépare le pays entre nord et sud- et le 25ème degré de méridien, qui sépare la Roumanie en est et ouest. On dit que ces coordonnées ont été calculées par des topographes Austro-Hongrois », dit le professeur Constantin Dinca. Contacté par « Adevarul », le professeur Constantin Dinca affirme que « il n’y a pas de mesures officielles. Mais le centre du pays est bien là, à Dealu Frumos. Il ne peut pas être ailleurs. »

« On peut affirmer que cette localité se trouve au centre du pays. Peu importe la mesure, c’est correct », confirme Radu Nicolae Crisan, un géographe du Centre National de Cartographie.
 

Traduction par Le Revizor. Issu du journal roumain « Adevarul ».

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5 réponses à “REPORTAGE – du nombril de la Roumanie, on regarde avec tristesse le pays

  1. Peuple roumain , j’embrasse ton coeur – allez vous y 0 impregner du passé, du rustique, de la beauté, de la mode( eh, oui), du ciel bleu , des fleurs sauvages, de l’odeur de l’herbe, de la pureté divine – il y en a encore pour peu de temps, ne laissez pas disparaître toutes ces merveilles

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