Joyeux anniversaire, madame Kalachnikov!

La Kalachnikov plait à tous, de 7 à 77 ans.

La Russie est intimement liée à la mort, en témoignent ses produits phares. La vodka enterre chaque année des dizaines (centaines ?) de milliers d’alcooliques délabrés. Les freins d’une vieille Lada ont pour vilaine habitude de lâcher à l’approche d’un ravin ou d’un mur. Les géniaux romans de Dostoïevski pousseraient au suicide n’importe quel imbécile heureux tiré d’un Walt Disney. Mais cette journée marque l’anniversaire d’un produit russe chéri par les mercenaires, les révolutionnaires, les militaires, les bandits, les mafieux et les assassins du monde entier : la Kalachnikov a 65 ans.

L’immensité opaque de la forêt colombienne. Près d’un maigre ruisseau, un campement de guérilleros aussi gauchistes que le pape n’est amateur de musique house. Ci et là gisent quelques otages, oubliés ici parce que leur gouvernement « n’a pas les fonds pour payer la rançon et refuse de toute façon de traiter avec des terroristes ». En attendant, ce même gouvernement dépense des milliards pour sauver les banques responsables d’une crise populicide. À côté des otages, une sentinelle, l’arme à l’œil. Sa compagne de toujours, sa Kalachnikov, a 65 ans. Déjà. Déjà presque sept décennies que cette belle russe chante ses poèmes dans la forêt de RDC, le désert libyen, les souks syriens, les plaines de Yougoslavie ou les favelas de Rio. Soixante-cinq ans que la Kalachnikov œuvre pour la mondialisation, plus encore que McDonald’s, Nike ou Coca-Cola.

Une radio somalienne a eu la merveilleuse idée d’offrir une Kalachnikov au gagnant d’un concours.

Bien sûr la favorite a subi quelques liftings et quelques injections de botox. La toute jeune AK-12 peut difficilement être comparée avec son aïeule l’AK-47. Espérons que l’AK-12 réussira à faire son trou. Malgré des âges contrastés, la tribu reste unie pour le meilleur, parfois pour le pire.

Cette famille est la plus belle œuvre du communisme soviétique. Désormais, la mort est abordable pour tous. Plus personne n’est exclu, même un enfant du Libéria peut s’en procurer une en revendant son cartable. L’égalité est parfaite. Aussi bon marché qu’une scolarité africaine.  Surtout, une fiabilité hors du commun. Un tank israélien pourrait rouler dessus que « l’AK » continuerait à distiller ses petites flèches cinglantes (sanglantes ?). À l’image de l’ours russe, elle résiste à toutes les conditions extrêmes. Rien ne lui fait peur, ni le sable dans la culasse, ni l’eau dans le canon. Elle est une déesse immortelle qui fauche les éphémères un peu trop présomptueux. Elle rétablit l’ordre, l’équité et lutte contre l’explosion de la population.

Alors, j’espère de tout mon cœur que ce magnifique produit recevra des rafales de félicitations. Parce que vous le valez bien.

 

Le Revizor

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