Un analyste russe s’inquiète des alliés de son pays

Ces dernières années, la puissance russe reposait principalement sur le "hard power", c'est à dire la force militaire. Avec le boom énergétique, l'entrée à l'OMC et l'organisation de deux événements sportifs majeurs, la Russie développe son "soft power".

Ces dernières années, la puissance russe reposait principalement sur le « hard power », c’est à dire la force militaire. Avec le boom énergétique, l’entrée à l’OMC et l’organisation de deux événements sportifs majeurs, la Russie développe son « soft power ».

Le Revizor vous a traduit ci-dessous un article paru dans « Argumenti i fakti », un journal russe. Vladislav Inozemtsev, un expert russe en géopolitique, fait le point sur les relations que noue son pays avec le reste du monde.

On « pousse » grâce au gaz…

Les relations extérieures russes d’aujourd’hui sont une étrange réminiscence de ce qu’il se faisait du temps de l’Union Soviétique.

Notre partenaire économique principal reste l’Union Européenne. Durant les neuf premiers mois de 2012, l’Europe a reçu 52,8% de nos exportations. Les investissements européens en Russie représentent 69% du total des investissements étrangers. Mais nous n’entretenons pas avec l’Europe des relations si harmonieuses. Nous ne parlons pas beaucoup. Les États-Unis, pays que nous étions habitués à considérer comme un rival du temps de l’URSS ne le sont plus vraiment aujourd’hui. Malgré tout, nous ne sommes pas devenus amis. La Chine est officiellement notre plus grand allié. Malgré tout, elle ne se gêne pas pour considérer la Russie comme une simple source de matières premières. De plus, elle nous concurrencie sur le marché des armes avec des technologies qu’elle nous a volé.

On pourrait avoir l’impression qu’en politique extérieure nous sommes en permanence vexés par quelqu’un. C’est à cause de ça que nous cherchons toujours la compréhension auprès de pays marginaux, exclus. Les soutenir nous enrobe d’illusions et nous amène à de grosses pertes financières.

Penchons-nous maintenant sur les faits. L’Irak, en 1990, devait à l’URSS 34 milliards de dollars. Même après la naissance de la fédération de Russie, nous avons accordé un prêt de 10 milliards de dollars à l’Irak, par sympathie pour Saddam Hussein. Nous l’avons défendu quand, en 2003, les États-Unis préparaient la guerre. Le nouveau pouvoir de Bagdad s’en est souvenu. Maintenant, ils accusent la Russie de « corruption » dans l’établissement des nombreux contrats en armement.

La Libye nous devait 22 milliards de dollars lors de l’écroulement de l’URSS. En avril 2008, le président Poutine s’est rendu à Tripoli où il a signé avec Kadhafi une diminution de la dette de 4,5 milliards de dollars, bien qu’à ce moment, la Libye disposait dans ses caisses de 69,5 milliards de dollars… La Russie a même dû mériter le reste de sa créance ! La Libye s’est engagée à rembourser ses dettes en payant les entreprises russes actives sur son territoire. En 2008, une de nos entreprises a signé un contrat pour la construction de 550 kilomètres de voies ferrées entre Syrte et Benghazi pour 2,2 milliards d’euros. L’entreprise « Stroytransgaz » a commencé la construction d’un gazoduc Brega/Homs et d’un autre Tobrouk/Benghazi pour 160 millions de dollars. En janvier 2010, un contrat d’armement d’une valeur de 1,8 milliards a été signé. Au début du conflit en Libye, la Russie a furieusement défendu Kadhafi en s’opposant aux nouvelles autorités. Les choses se sont évidemment terminées comme en Irak.

En Libye, l'armée britannique a bombardé un des oléoducs construits par la Russie.

En Libye, l’armée britannique a bombardé un des oléoducs construits par la Russie.

En 2011, le Venezuela a exporté pour 74 milliards de dollars mais il préfère rembourser ses dettes de 2,2 milliards en achetant de l’armement « made in Russia ». Au milieu de l’année passée, nos réserves fondaient. Nous avons toutefois encore accordé 4 milliards de dollars à notre allié, dont la moitié a déjà été accordée. Plus de deux milliards ont également été accordé pour le capital d’une banque russo-vénézuélienne. Pourquoi soutenons-nous un régime farouchement anti-américain ? Sommes-nous sûrs que notre argent ne subira-t-il pas le même sort que nos investissements en Libye si les médecins cubains ne sauvent pas Hugo Chavez de sa tumeur ?

La Syrie, grâce aux bons sentiments que nous inspire Bachar Al-Assad, a vu la Russie effacer 73% de sa dette héritée de l’URSS, soit plus de 10 milliards de dollars. La Syrie a promis de rembourser la somme restante endéans 10 ans et grâce à des marchandises. Mais nous voulons malgré tout vendre des armes à crédit à ce pays. 3,5 milliards de dollars doivent être payés en pas plus de cinq fois. En attendant, nous soutenons de nouveau un leader vacillant.

Se pose aussi la question des états de la CEI (Communauté des États Indépendants, regroupe la majorité des états de l’ex-URSS). Et là nous agissons différemment. Le plus grand enjeu se trouve dans la partie occidentale de la défunte URSS : l’Ukraine. Elle dérive lentement vers l’Union Européenne en défendant les intérêts de son élite économique et l’humeur des populations dans les régions de l’ouest. Au lieu de faire de l’Ukraine un pionnier pour notre propre rapprochement avec l’Europe, nous la regardons avec jalousie en essayant de nous opposer à l’occasion des dirigeants de Kiev. La Russie fait pression avec le gaz, avant de faire d’énormes cadeaux en vue de garder la base de Sébastopol.

La situation avec le Belarus est également particulière. Nous trouvons des milliers de raisons de nous disputer avec ce voisin qui nous est le plus proche, parce que nous bâtissons une relation non pas avec le peuple, mais avec le chef devenu fou à cause d’un pouvoir sans limites.

Avec l’Asie centrale, c’est encore plus bizarre. Depuis une dizaine d’années, c’est la Chine qui y fait le ménage, mais nous considérons que les régimes locaux nous sont aussi dévoués qu’auparavant. Et où en sont les preuves ? Combien de Russes se sont enfuis d’Asie centrale sans rien dans les poches ? Près d’un demi-million ! Mais c’est la situation des Russes des pays baltes qui indigne, jamais celle des Russes d’Asie centrale.  Il est évident qu’en Estonie il n’y a ni gaz ni pétrole, alors qu’il y en a au Turkménistan et en Ouzbékistan…

Aujourd’hui, la Russie fait face à un choix important qu’elle n’a jamais dû faire de son histoire. Nous nous sommes toujours demandés : qui sont nos alliés ? Nous voyons leurs qualités. Maintenant est venu le moment de se demander : de qui voulons-nous être les alliés ? Et là, nous avons trois hypothèses : l’Europe, la Chine ou les États-Unis. C’est une question difficile. Mais il est venu le moment d’y trouver une réponse.

 

Article traduit par le Revizor

 Version russe:

Российская внешняя политика сегодня – странная реминисценция советского курса. Наш главный экономический партнёр – Европейский союз (на него за первые 9 месяцев 2012 г. пришлось 52,8% нашего экспорта; отсюда в Россию поступили 69% накопленных иностранных инвестиций). Но с Европой мы не так чтобы дружны – на очередном саммите практически нечего обсуждать, и Владимир Путин даже не почтит его присутствием. США, страна, на какую мы с советской эпохи привыкли смотреть как на соперника, перестали им быть, но в друга не превратились. Китай – формально наш главный союзник, что, однако, не мешает ему относиться к России как к источнику сырья и быть нашим конкурентом на рынке оружия, произведённого по украденным у нас технологиям. Создаётся ощущение, что во внешней политике мы постоянно на кого-то обижены – и потому ищем «понимания» в основном у государств-изгоев. Их под­держка оборачивается имиджевыми и финансовыми потерями.

Посмотрим на факты. Ирак по состоянию на 1990 г. был должен СССР $34 млрд. Уже в российский период мы списали долг до $10 млрд – из-за симпатий к Саддаму Хусейну. Его мы защищали так, что фактически поссорились в 2003 г. с США. Новое правитель­ство в Багдаде это запомнило. Теперь они обвиняют Россию в «коррупции» при выполнении контрактов по поставке военной техники.

Ливия за советский период накопила перед нами долг в $22 млр­д. В апреле 2008 г. президент В. Путин прибыл в Триполи и подписал протокол о сокращении задолженности до $4,5 млрд, хотя Ливия на тот момент имела официальные резервы в $69,5 млрд. Но и эти остатки долга России было предложено… заработать: Ливия обязалась оплатить ими работу наших компаний на своей территории. В 2008 г. ОАО «РЖД» получило контракт на постройку 550-километровой железной дороги Сирт – Бенгази стоимостью в 2,2 млрд евро. ОАО «Стройтрансгаз» стало строить газопроводы Аль-Брега  – Аль-Хомс и Тобрук – Бенгази ориентировочной стоимостью в $160 млн. В январе 2010 г. был подписан контракт на поставки вооружения на $1,8 млр­д. С началом конфликта в Ливии Россия яростно вступалась за Каддафи, противопоставив себя новым властям. Кончится дело, видимо, как в Ираке.

Венесуэла в 2011 г. экспортировала нефти на $74 млрд, но предпочитает за покупки российского оружия «расплачиваться» из средств российского же кредита на $2,2 млрд, выданного в 2009 г. В середине прошлого года деньги кончились, и мы выделили союзнику ещё $4 млрд (половина уже предоставлена). До более чем $2 млрд доведена российская часть капитала российско-венесуэльского банка. Зачем нам под­держка одиозного антиамериканского режима? Уверены ли мы, что наши вложения не повторят судьбу «инвестиций» в Ливию, если кубинские врачи не спасут Уго Чавеса от метастазов?

Сирии ради «сердечной дружбы» с Башаром Асадом в 2005 г. Россия простила 73% советского кредита – более $10 млрд. Оставшуюся сумму Сирия пообещала вернуть в течение 10 лет товарами. Но мы всё же захотели продать этой стране оружие в кредит – из контрактов на $3,5 млрд оплачивается не более пятой части. И мы снова поддерживаем лидера, положение которого шатко.

Отдельно стоит вопрос по СНГ. И тут мы делаем странные шаги. Главный игрок в западной части бывшего СССР – Украина. Она медленно дрейфует в сторону ЕС, защищая экономические интересы своей элиты и настроения населения западных регионов. Вместо того чтобы сделать Украину первопроходцем на пути и нашего сближения с Европой, мы относимся к украинскому опыту с ревностью, пытаясь препятствовать действиям киевских властей. Россия то «нажимает» на газ, то делает огромные подарки в виде несусветной арендной платы за Севастополь. Но такая непоследовательность не приносит эффекта.

Странная ситуация и с Белоруссией. Мы находим массу поводов для конфликта с соседом, который нам близок, потому что строим отношения не с народом, а с вождём, сходящим с ума от беспредельной власти. В Средней Азии – ещё страннее. Там десятилетие хозяйничает Китай, но мы по-прежнему считаем, что местные режимы нам дружественны. А где доказательства? Сколько русских бежало без имущества и денег из среднеазиатских стран? До полумиллиона! Но положением русских в той же Прибалтике МИД возмущается регулярно, а притеснениями в Средней Азии – никогда. Ведь в Эстонии нет газа и нефти, а в Туркмении и Узбекистане есть.

Россия сегодня стоит перед важным выбором, которого никогда не делала в своей истории. Мы всегда спрашивали себя: кто наши союзники? Их качество мы видим. Теперь пришла пора спросить себя: а чьими союзниками хотим быть мы? И тут возникают три варианта: Европа, Китай, США. Это трудный вопрос. Но на него пора искать ответ.

7 réponses à “Un analyste russe s’inquiète des alliés de son pays

  1. « Aujourd’hui, la Russie fait face à un choix important qu’elle n’a jamais dû faire de son histoire. Nous nous sommes toujours demandés : qui sont nos alliés ? Nous voyons leurs qualités. Maintenant est venu le moment de se demander : de qui voulons-nous être les alliés ? Et là, nous avons trois hypothèses
    : l’Europe, la Chine ou les États-Unis. C’est une question ….

    Aucun .. l’Europe crache sur la Russie, les Etats-Unis crachent aussi sur la Russie.. la Chine va se recentrer sur son marché intérieur. Le « journaliste » crache sur la Chine qui copierait notre armement… simple transfert de technologie .. Par exemple, les S400 ne seront pas disponibles à la Chine…
    Les propos de ce journal ..très occidental m’amusent toujours. Quant à ce journaliste.. on le sait .. c’est un toutou de Mickey .

    difficile. Mais il est venu le moment d’y trouver une réponse.

    • les Etats n’ont pas d’amis ils n’ont que des intérêts ! Ce n’est plus comme autrefois pour les liens indéfectibles. Les USA ont tout fait pour destabiliser les liens entre les Etats et ils réussi à rendre volatil les liens même commerciaux des pays. Le monde bouge car il y a sans cesse des nouveaux conflits peu propices à rendre les choses faciles. Le Chaos comme base de toute réalité est pour les USA un gage de leadership pour eux : Diviser pour régner. Rien n’est jamais durable. Il vaut mieux voir les choses en face et faire face que de balayer tout d’un revers de main facile. Méditez, méditez ….

  2. L’Europe finira pas se jeter dans les bras de la Russie, ce n’est qu’une question de temps. Au fur et à mesure que les Etats-Unis se tournent vers le Pacifique, l’Europe s’isole. Elle n’aura plus d’autre choix. Pour ce qui est de la Chine, je ne sais pas, on verra… Derrière l’entende cordiale, il reste pas mal de sujets pouvant créer des problèmes.

    • Voici ce que j’ai trouvé sur un journal d’un blogueur Guerre et Paix : http://www.warandpeace.ru/ru/reports/view/51898 il y a un article sur le projet DESERTEC en Afrique qui servirait à l’Allemagne à s’affranchir du gaz russe. Mais d’après la traduction il y aurait des problèmes dû au financement de ce méga projet que les africains considèrent comme du colonialisme solaire, et dont ils ne profiteront pas. http://survie.org qui en parle et qui dénonce les abus du néo-colonialisme mondiale, les USA ayant profiter de leurs forces armées pour y prendre pieds face aux Chinois et Français. Bien qu’ils s’entendent sur le terrain les USA leur font concurrence par la violence. Mais pour les africains là-bas il serait facile de faire sauter les « trucs » ..J’espère pour eux que ce projet ne marchera pas du tout car ce sont des nouvelles guerres en vue et des massacres incessants. Les Etats-Unis sont en crise mais ils ont de l’argent toujours plus pour faire des guerres sans fin. C’est le Projet du PNAC qui est appliqué là .ILs ont plus de 700 bases dans le monde entier même dans les espaces post-soviétiques; et peuvent arriver à ce que Zigniew Brzezinski voulait : le découpage de tous les pays en autant d’unités ethniques, linguistiques, régionales, toutes en guerres les unes contre les autres. Une fédération de micro-états comme ils le veulent en Europe avec la régionalisation. C’est leur seul moyen de dominer le monde : redécouper, diviser, comploter, et régner. Que faire ?

  3. Nous sommes à l’aube de mouvements importants ou la force Us et Européenne doit avoir un contre-pouvoir. Pour la Syrie nous espérons disons ceux qui en on marre de toutes ces guerres et ces victimes, que la Russie ne se laisse pas faire ni n’hésite pas à montrer les crocs. Il le faut sinon Obamabomber va continuer sa progression pour le Grand Israel, et le contrôle totale des matières premières à mettre le moyen-orient en feux. Je suis pas fan de Poutine (a part mon chat qui porte son nom !) mais il faut qu’il joue le rôle de contre-pouvoir. La Chine semble absente des débats, Dima du Brésil a donnée son avis et on connait celui de Chavez lui aussi hélas en danger. Dommage. Je suis bien française pourtant mais je souhaites que les USa et l’UE tombe et que l’€ s’effondre. C’est le voeux du plus grand nombre bien que les merdias ne le disent pas. Nous en avons marre de tous ces politiciens véreux de l’ultra-droite à la pseudo-gauche qui est une sociale-démocratie. Vive la révolte et les grêves c’est le seul moyen de faire tomber ce régime antidémocratique. Il faut que cela bouge et que nous nous révoltons comme en Espagne, Grèce, Portugal, les fameux PIIGS comme ils disent les merdias. Merkel et sa bande de uberemenschen qui veulent faire leur loi sur toute l’Europe doit être descendue elle aussi.

  4. Voici la réunion nationale indépendante, dont la presse mainstream ne parle pas mais des gens travaillent à la chute de l’Europe et l’€ contre les diktats de Merkhollande du TSCG qui va nous faire vivre la situation dramatique de la Grèce. http://parti-ouvrier-independant.fr/2012/12/04/grand-succes-de-la-conference-ouvriere-de-paris-qui-decide-de-se-constituer-en-comite-de-liaison-national-pour-lunite-et-la-resistance/ cliquer sur le site du blog de la résistance. Rien à voir avec les partis mainstream pro-européens.

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