Hilary Clinton désigne la Russie comme ennemi

Hilary Clinton et son protégé, le dictateur géorgien presque déchu, Mikheil Saakashvili.

Hilary Clinton et son protégé, le dictateur géorgien presque déchu, Mikheil Saakashvili.

En visite à Dublin, la secrétaire d’état américaine Hilary Clinton a fait une déclaration malheureusement passée inaperçue. Alors qu’elle devait rencontrer Sergei Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, la diplomate américaine a assuré que son pays « fait tout pour empêcher la Russie de re-soviétiser les anciennes républiques d’URSS ». Elle faisait allusion aux efforts russes d’intégration des pays de la CEI. Mais qu’entend-t-elle pas « soviétiser » ? Analyse.

Les États-Unis ne s’en cachent plus. La russophobie n’est plus l’apanage de quelques néo-conservateurs proches des sphères radicales du parti républicain ou de quelques bigots mormons. Les ambitions impériales de Washington n’ont pas de limites, sa sphère d’influence doit s’étendre de Vancouver à Vladivostok en passant par Varsovie, Tbilissi, Skopje et Tachkent. L’Oncle Sam, dans sa lutte contre l’expansion chinoise, nie le droit à la vie d’éventuelles autres puissances.

Mais que fait la Russie pour susciter tant de craintes à la Maison Blanche ? Tout simplement ce que l’Union Européenne a fait. Moscou, au travers de l’Union Eurasiatique et de l’Union Douanière, souhaite avant tout accroître les relations économiques entre les pays membres, tous issus de l’URSS. Le Kremlin aimerait bien associer à ses projets des « états amis » (pour autant que l’amitié existe en politique) tels que la Serbie ou la Mongolie. Le but étant évidemment de créer un pôle de puissance, condition indispensable à la survie dans un monde où l’hégémonie américaine touche à sa fin.

La Russie souhaite également favoriser l’intégration sécuritaire, notamment grâce à l’OTSC. Cette organisation regroupe quelques anciennes républiques soviétiques. Elles reçoivent un fort soutien militaire russe mais doivent en contrepartie accepter l’influence omniprésente du Kremlin. Qu’à cela ne tienne, ce choix est à 100% libre, comme en témoigne le récent retrait de l’Ouzbékistan, habitué à ce genre de pirouettes.

Ce qui inquiète le plus les États-Unis d’Hilary Clinton, c’est l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai). Longtemps restée dans l’ombre, cette alliance englobant la Russie, la Chine et quatre des cinq états centre-asiatiques est venue troubler le sommeil des puissants occidentaux en 2007. Russes et Chinois avaient alors organisé de gigantesques manœuvres militaires, démontrant à l’occident que si besoin en est, il dispose d’un ennemi à sa taille. Malgré tout, l’OCS est avant tout destinée à lutter contre les menaces intérieures.

Un militaire russe pose sur un tank devant des drapeaux chinois. Photo prise lors du grand exercice de 2007.

Un militaire russe pose sur un tank devant des drapeaux chinois. Photo prise lors du grand exercice de 2007.

Les Américains ont tout intérêt à ce que la Russie reste isolée, loin des anciennes républiques soviétiques et de la Chine. Diviser pour mieux régner. Cela explique le fait que Washington tente fréquemment de s’attirer les faveurs de plusieurs partenaires de la Russie en offrant des crédits à très bas prix. L’Ouzbékistan en est un parfait exemple.

C’est là que la seconde partie des déclarations d’Hilary Clinton pourrait faire exploser de rire un Finlandais maniaco-dépressif à tendance suicidaire. « Les États-Unis sont profondément inquiets par le recul des droits de l’Homme et de la démocratie dans plusieurs pays européens. Plus de vingt ans après la guerre froide, la tâche de construire une Europe libre et en paix reste inachevée ». Nous voulons bien la croire, mais à qui la faute ?

Bill Clinton, le sinistre mari d’Hilary, est responsable de la guerre contre la Serbie livrée en 1999. Le but était de protéger le Kosovo, victime d’une soi-disant politique d’épuration ethnique. Le massacre de Racak fut le prétexte idéal pour déclencher des frappes (chirurgicales, bien entendu) qui ont tué au moins 600 civils serbes. Des « dommages collatéraux », cela va de soi. Il est aujourd’hui avéré que ce prétendu massacre était en fait une mise en scène des gangsters de l’UCK, aujourd’hui au pouvoir au Kosovo. L’UE et les Etats-Unis ont empêché les journalistes internationaux présents sur place de donner leur version des faits. Les médecins légistes ont estimé avoir subi « des pressions ». Mais c’est du passé, diront-ils. Peu importe si les dirigeants de Pristina mouillent dans des affaires de trafic d’organes, de drogue et d’armes. « La démocratie est rétablie ».

Cimetière à Racak. Les victimes étaient bel et bien des combattants, tués après une journée de lutte. Ils n'étaient pas des civils, comme se sont amusés à le dire l'Otan et ses relais médiatiques.

Cimetière à Racak. Les victimes étaient bel et bien des combattants, tués après une journée de lutte. Ils n’étaient pas des civils, comme se sont amusés à le dire l’Otan et ses relais médiatiques.

L’Amérique si soucieuse des droits humains ne se contente pas de soutenir à bras le corps la mafia albanaise. La liste des dictatures de l’espace euro-asiatique soutenues par Washington est longue : l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, Israël, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les émirats arabes, l’Indonésie, la Malaisie, le Sri Lanka, le Viêt-Nam, etc. J’en oublie probablement. Pour obtenir les faveurs américaines, il suffit simplement de ne pas être trop proche de la Russie ou de la Chine. Avoir un peu d’or noir dans les sous-sols est un plus.

Toujours à Dublin, Hilary Clinton a feint de s’étonner du bannissement de l’USAID par Moscou. Comment pourrait-il en être autrement à partir du moment où des dollars viennent irriguer l’opposition ? La Russie a des sérieuses lacunes démocratiques, c’est un fait. Mais elle n’est pas une république bananière où les diplomates occidentaux peuvent se promener en grands propriétaires terriens.

Le Revizor

6 réponses à “Hilary Clinton désigne la Russie comme ennemi

  1. Très intéressant. N’hésite pas à contitnuer de documenter tes articles, pour les novices qui souhaitent appréhender au mieux la réalité politique russe.

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