Le Mali, la France et l’incompétence africaine

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Le web regorge de professionnels de l’indignation, d’éternels hystériques et de champions de la mauvaise foi. L’intervention française au Mali le démontre une fois de plus. Certains, vissés devant leur écran d’ordinateur, jugent de ce qui serait bon pour les Maliens. La guerre contre les Islamistes serait forcément mauvaise, parce que conduite par l’ancienne puissance coloniale. Peu importe si les Français sont vus en libérateurs et non en occupants.

À Gao et Tombouctou, les mêmes scènes se sont répétées à quelques jours d’intervalle. Une foule acclame les soldats français, les embrasse, les porte aux nues. Certains se servent du drapeau tricolore comme d’une tunique. Le bonheur d’être débarrassés des islamistes d’inspiration wahhabite (et donc saoudienne) est palpable. Les hommes peuvent fumer, boire une bière. Les femmes peuvent se balader en laissant leur opulente chevelure au soleil. Les Maliens peuvent danser, écouter de la musique. Toutes ces petites libertés qui n’ont pas de prix, mais que certains, au nom d’un anti-occidentalisme primaire, leur refusent.

La guerre sera longue. L’armée française risque de s’embourber dans une guérilla sanglante, à l’image de ce qui se fait en Afghanistan. Des bavures ont probablement déjà été commises, d’autres viendront. C’est malheureusement inévitable, la guerre n’est pas une science exacte.

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La France messianique

Certains s’insurgent contre l’intervention française, perçue comme un nouvel acte de colonialisme. Mais ils devraient d’abord pointer du doigt la déliquescence des états et des armées africaines. Les gouvernements prédateurs dans la région semblent avoir peur de leurs propres forces armées, aussi préparées pour la guerre que des danseuses-étoile. Craignent-ils un coup d’état ? Ont-ils peur d’être appelés à prendre leurs responsabilités ?

Les négligences africaines entraînent forcément un état de délabrement avancé des états. Le Mali, jadis considéré comme une « démocratie exemplaire », a pourri sur place. Un capitaine d’opérette finit par organiser un coup d’état pour « stopper l’avancée des Touaregs et des islamistes au nord ». Nous avons bien vu le résultat : la moitié du pays (Azawad touareg) est tombé dans l’escarcelle des barbus et des indépendantistes.

Peu après, les états d’Afrique de l’ouest, réunis au sein de la CEDEAO, font leur profession de foi. « Nous allons intervenir, mais pas maintenant. Il faut qu’on se prépare. » Des mois après ces belles déclarations d’intention, toujours aucune nouvelle. Il aura fallu attendre une nouvelle poussée des combattants islamistes pour que Paris assume les responsabilités que les Africains auront tout bonnement incapables d’endosser.

 Une intervention évidemment pas innocente

Les raisons qui ont poussé les Français à intervenir sont multiples. En premier lieu, il s’agit de protéger l’influence française dans ce que l’Élysée considère comme son jardin. La région, bercée par la francophonie, est un des derniers reliquats de la puissance passée française. Elle est hautement stratégique, car aux portes de l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Atlantique. La contrôler, même de loin, permet de lutter contre le trafic de drogue à destination de l’Europe, de protéger l’Algérie riche en hydrocarbures, de défendre les gisements d’uranium français au Niger, etc.

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Derrière ces considérations géopolitiques, le désir de François Hollande (d’enfin) se donner une carrure de chef d’état. Pour beaucoup, Hollande n’était qu’un choix par défaut, un « tout sauf Sarkozy ». Son humour potache a amusé mais n’a pas conquis. Certains se demandent si Hollande ne fondrait pas en larmes face à un Poutine ou un Chavez. En frappant au Mali, Hollande se donne une carrure : celle d’un chef de guerre. BHL et Sarkozy n’ont qu’à bien se tenir.

Certains persifleront que la France ne fait que de réparer les pots qu’elle a elle-même cassé avec son intervention en Libye. Personne ne peut le nier, hormis BHL, toujours cloisonné dans son discours de mort et d’impérialisme occidental et sioniste. La guerre livrée contre Kadhafi, qui a pourtant généreusement financé certains partis politiques de l’hexagone, a ouvert la boîte de Pandore. Les armes de l’armée libyenne se sont essaimées partout, alors que les milices islamistes accouraient pour ruiner une Libye trop laïque et prospère. La France essaye de réparer ses torts, d’autant plus que ses intérêts directs sont menacés.

L’utilisation de la force au Nord-Mali (Azawad) se justifie également par la peur de voir s’installer un nouvel Afghanistan aux portes de l’Europe. Les touristes occidentaux doivent pouvoir continuer à rôtir sur les plages marocaines ou tunisiennes, le bassin méditerranéen doit connaître la paix et la prospérité. Or, la particularité des djihadistes, c’est qu’ils nient l’existence de frontières. Seule compte l’Oumma, la communauté des croyants. Le terrorisme peut dès lors traverser la Méditerranée et venir répandre mort et désolation dans nos contrées.

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Cette dernière raison engage toute l’Europe. Cependant, les Français sont les seuls à prendre leurs responsabilités. L’Union Européenne paraît divisée en trois pôles d’attraction. D’un côté, la France, puissance militaire traditionnellement indépendante. Du moins jusqu’à ce que le sinistre Sarkozy réintègre le commandement intégré de l’Otan. Entre Europe du nord et Europe du sud, elle est le phare politique de l’Union. D’autre part, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie. C’est le moteur économique, la force tranquille. Pour finir, la Grande-Bretagne, la Pologne et les pays Baltes, toujours prompts à lécher les rangers boueuses de l’Oncle Sam. Le Mali était une opportunité inespérée d’unifier l’Europe autour d’une cause qui l’implique totalement, de Lisbonne à Riga, d’Athènes à Stockholm. Occasion manquée. Une fois de plus.

 

Le Revizor

 

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