L’information de guerre n’est pas une lasagne!

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Un soldat combat. Un ministre gouverne. Un journaliste informe. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ne semble pas capable de comprendre ces truismes à la portée d’une vedette de la télé-réalité. Pire : il les combat ! Depuis que les Rafales bombardent le nord du Mali, le gouvernement a jeté au cachot le droit à l’information. Les images viennent au compte-gouttes et le ministre se réjouit de voir que les journalistes sont « casernés » dans les lieux sûrs. Tout ça pour leur bien, cela va de soi.

La liberté d’information n’est pas un bien qu’on marchande. Encore moins un paillasson sur lequel on essuie ses rangers boueuses. Dans une guerre, le reporter est un acteur. Il est les yeux du public, celui qui le maintient en contact direct avec les réalités qui l’entourent. Plus encore que les gouvernements, il a un devoir d’honnêteté envers les citoyens. C’est pourquoi il doit pouvoir intégrer des unités combattantes, même si cela peut représenter un danger pour ceux qui l’entourent. La guerre au Mali n’est pas à la manière d’un soda « blood free® ». La guerre n’a rien à voir avec les images policées gracieusement délivrées par l’armée. Elle est âpre, elle sent la poudre, les cendres et le sang. Les galons et les képis n’ont rien à faire dans les salles de rédaction.  Un pays se vantant si fièrement d’être le phare du siècle des Lumières  devrait le comprendre.

Malheureusement, les journalistes semblent se contenter de cette situation. Ne pas pouvoir travailler correctement ne les dérange pas outre-mesure. Ils se contentent des miettes que veut bien donner l’armée. Une visite de François Hollande, des drapeaux français, des visages heureux. Tombouctou la magnifique est délivrée des barbares.

Fidèles à leur poste, les journalistes récoltent les preuves des cruautés commises par les Djihadistes. Des hommes amputés, des exécutions sommaires, d’antiques manuscrits brûlés, le viol d’une culture pacifique. Ces faits sont autant d’arguments en faveur de la guerre. Mais dans toute joute rhétorique ou guerrière il faut soupeser tous les arguments, sans exception aucune.

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De quelle façon l’armée œuvre-t-elle ? Que vivent les hommes qu’on envoie au Mali ? Il y a-t-il des bavures ? Mieux encore : quelle réalité se cache derrière le drapeau noir des combattants islamistes ? C’est au journaliste de ramasser les fragments de vérité sur le champ de bataille. Avec ou sans l’armée, c’est selon.

Évidemment, cela nécessite une relation de confiance entre l’armée et le reporter. S’il intègre les rangs, le journaliste doit s’engager à ne pas mettre en danger les soldats. Il ne doit pas être une menace. En contrepartie, l’armée range dans ses étuis son traditionnel goût du paternalisme. Comme l’ont fait Hervé Ghésquière et de nombreux autres, le reporter est également en droit de s’affranchir de la tutelle militaire. Il est libre de ses mouvements. Le président de la République doit le comprendre, qu’il soit « hyperactif » ou « normal ».

C’est avec amertume qu’on se rend compte que les journalistes français ne sont pas les seuls concernés par la couardise et l’unilatéralisme. Prenons l’exemple syrien. L’écrasante majorité des reportages européens mettent en lumière le courage et l’abnégation des rebelles. Le camp de Bachar Al-Assad ne reçoit jamais la parole. Quand il réunit des milliers de personnes, « c’est forcément parce qu’elles sont  menacées par le dictateur sanguinaire. » Al-Assad se dit prêt au dialogue ? « Une subtile manœuvre destinée à endormir la rébellion ». À contrario, les leçons de véritable journalisme nous viennent encore une fois des pays anglo-saxons ou, c’est plus inattendu, de Russie. CNN, Russia Today et la BBC ont également suivi les soldats du régime et tendu leur micro au despote alaouite. Ce qu’aucun journaliste de l’hexagone n’a eu le courage ou l’honnêteté intellectuelle de faire. Le fait qu’une partie de la presse française soit sous contrôle du Qatar et de grands groupes militaro-industriels est peut-être un début de réponse.

Pour conclure, je claironne haut et fort que M. Le Drian doit rester à sa place. Il n’est pas ministre de l’information et encore moins gourou en chef de la propagande. Le journalisme n’est pas une lasagne chevaline : on ne peut pas tromper le consommateur ! Non mais allô quoi!

Le Revizor

10 réponses à “L’information de guerre n’est pas une lasagne!

    • C’est une belle généralité ça tout de même. De plus, pas sûr que les journalistes chinois, russes ou brésiliens disposent de beaucoup plus de libertés.

  1. Si les journalistes chinois, russes ou brésiliens ne disposent pas beaucoup plus de libertés… c’est aussi idem pour les USA, la France, l’Allemagne ou l’Italie…

    Lorsque des pays veulent imposer leur visions de LEUR « libertés » en « muselant » (financierement, fiscalement ou pénalement) tout ceux qui seront des électrons libres (y compris l’Internet par des lois de plus en plus restrictives ou dites « intrusives »)… on peut se demander a juste titre si, en fin de compte, la « liberté » occidentale n’est en fin de compte pas PIRE. »

  2. NICO(fou)… par sa definition… résume (de façon peut chaste il est vrai, mais par métaphore empirique qui correspond assez bien au profil) ce qu’est un JOURNALISTE dans les pays de l’OTAN…

    N’avez-vous pas remarqué combien la censure de la liberté de parole y est de mise (dans les commentaires par exemple… au sein des grands organes de « presses » -fort nombreux- qui appartiennent tres souvent a uniquement 2-3 groupes trustant les médias et la publication) ?

    Vos propos sont toujours soumis (avant publication) a l’examen attentif de la censure… sinon… CENSURE D’OFFICE… par rejet de la possibilité de parler, de donner son avis ou son point de vue… a l’heure ou techniquement vos propos grossier ou outrageant peuvent s’auto-censurer (a l’aide d’un simple clic) par l’apparition de ceci : xxxx ou bien de cela : ——

    Donc, forcément tout les organes de presses ne suivent ce que l’AFP, l’AP ou bien REUTERS ne publient (qu’apres vérification) et ne publient, qu’apres une AUTRE vérification, ce qu’il faille publier… Coluche dénonçait deja cela :

    Donc… oui…. les « JOURNALEUX » ne font que ce travail qui n’est que de se PROSTITUER (dénonçant l’avilissement de la personne) CONTRE SALAIRE… ou remuneration. Ainsi :

    Selon le Décret du 5 novembre 1947 la prostitution est définie comme «l’activité d’une personne qui consent habituellement à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d’individus moyennant rémunération».

    Le terme de « rémunération » inclut l’argent mais également les objets à valeur marchande ou même des services.
    Le principe juridique sur lequel repose le droit en matière de prostitution est celui du droit de disposer de son corps. Cette liberté va jusqu’à l’utilisation de son propre corps à des fins lucratives, principe qui fait exception à celui de l’indisponibilité du corps humain, c’est-à-dire l’interdiction de vendre son sang, un organe, […] exception faite des cheveux.

    Aussi, le droit de se prostituer est acquis parce que le droit d’entretenir des relations sexuelles relève strictement du droit au respect de la vie privée. La prostitution n’est donc pas, en soi, un délit.
    Cependant, le droit de se prostituer a des limites…
    (SOURCES: http://www.legadroit.com/m-54-la-prostitution.html )

    … et bien qu’en France, la prostitution n’ait pas de définition légale.

    Ainsi si le JOURNALEUX souhaite faire son métier et devenir JOURNALISTE, c’est automatiquement l’opprobre de toute la presse aux mains d’un petit nombre… ce qui le renvois au sol, et donc finir au RSA….

  3. Oups….
    Un oubli dans ma publication…
    Il fallait lire a la suite de ceci :
    Coluche dénonçait deja cela :

    En droit, le régime de la prostitution est défini par un décret du 5 novembre 1947 comme «l’activité d’une personne qui consent habituellement à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d’individus moyennant rémunération».

    Le terme de « rémunération » inclut l’argent mais également les objets à valeur marchande ou même des services.
    Le principe juridique sur lequel repose le droit en matière de prostitution est celui du droit de disposer de son corps. Cette liberté va jusqu’à l’utilisation de son propre corps à des fins lucratives, principe qui fait exception à celui de l’indisponibilité du corps humain, c’est-à-dire l’interdiction de vendre son sang, un organe, […] exception faite des cheveux.

    • Commentaires super intéressants, comme souvent de votre part! Le parallèle avec la prostitution est pertinent. Dans le cas belge qui est le mien, on ne peut pas dire que la presse soit muselée. Nous écrivons ce que nous voulons. Mais rien n’est parfait, nous n’avons par exemple presque plus de presse d’opinion. En France, ils en ont une. Mais la majorité des grands journaux sont détenus par des groupes industriels des plus détestables.

  4. Ce qui choque surtout, enfin pour ceux que cela interesse, c’est l’opposition entre les guerres d’Irak, surtout la première, qui étaient hyper médiatisées, et celles plus récentes (Mali, Syrie…) qui sont dépourvues de reporters. D’ailleurs, la seule image « choc » du Mali, est celle du soldat avec son foulard à tête de mort. Aucune autre info. A mon avis les libérations ne doivent pas être toutes roses, surtout pour les djihadistes…

  5. Il éxiste aussi une contradiction. Les spectateurs veulent des infos sur les conflits, mais si un, ou plusieurs, journalistes se font kidnaper et/ou tuer la réaction pour la majorité des lecteurs/téléspectateurs; aprés s’être appitoyé sur le sort des otages; et de se demander ce qu’ils ont bien pu aller faire là-bas, plutôt que de rester, peinards, à présenter le JT de 13h sur TF1. Avec l’avènement d’internet, et du tout numérique, on en oublie vite, que derrière l’information, il y a un homme, ou une femme qui a mouillé sa chemise, ou son chemisier.
    Je crois que le pire dans tout ça, c’est lorsqu’une chaine de TV organise une émission spéciale, avec des spécialistes (souvent les mêmes), qui donnent leur avis sur une info qui vient de tomber, et dont ils ne connaissent rien, et n’ont pas d’images à nous montrer: dernier exemple en date: la démission du pape. On à eu droit, pendant des heures à des images de la place Saint-Pierre…et c’est tout.
    C’est bête à dire, mais de nos jours, si vous voulez faire de l’argent dans le journalisme, il suffit d’investir dans un appareil photo, une moto, et d’attendre à la sortie des endroits branchés pour prendre LA photo qui sera en une de la seule presse qui ne connait pas la crise: celle des peoples.
    Maintenant que j’y pense, la meilleur façon d’avoir des images de la guerre au Mali, par exemple, serait d’y envoyer David Guetta, pour qu’il fasse un concert. En plus, si il se fait tuer par un djihadiste, cela ne m’empèchera pas de dormir…

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