VU de RUSSIE: Avons-nous vraiment besoin de la Géorgie?

J’ai traduit pour vous un article paru dans le journal russe « Argumenti i fakti ». N’étant pas traducteur, certaines hésitations voire imprécisions se sont glissées dans le texte. D’avance, veuillez m’en excuser.

Ce monument a été bâti en Géorgie soviétique en l'honneur de l'amitié avec la Russie.

Ce monument a été bâti en Géorgie soviétique en l’honneur de l’amitié avec la Russie.

Le temps des disputes est révolu. Mais ce qu’il faudrait, c’est que les politiques géorgiens expriment leur désir de vivre à la Russie en bons voisins et de ne pas la considérer comme un marché pour la Bordjomi (eau minérale). Quelques beaux mots sur l’amitié ne sont pas de trop.

Voilà un an, lors d’un voyage en Arménie, on m’a souvent demandé : « Pourquoi les Russes aiment-ils tant la Géorgie ? » «Pardon ? – me suis-je étonné. Nous entretenons de bonnes relations avec les Géorgiens mais elles ne sont certainement pas aussi bonnes que celles que nous entretenons avec vous, Arméniens. » « Oui et non, – ont soutenu les Arméniens. Vous adorez la Géorgie. Vous écoutez des chansons populaires géorgiennes, vous buvez du khvanchkara (vin) , vous regardez Mimino (célèbre film soviétique se déroulant en Géorgie). Et comment vous vous emportez quand vous vous fâchez avec les Géorgiens au sujet de la politique ! Les Arméniens n’insultent pas les Russes et nous n’avons jamais été en guerre. Pourquoi nous n’entretenons pas la même relation ? »

Ce printemps, en arrivant à Tbilissi (capitale de la Géorgie), j’ai beaucoup parlé avec les Géorgiens. Dans des cafés, nous avons porté des toasts en l’honneur de l’amitié avec la Russie. Ils m’ont dit que toute la Géorgie espère que tout ira mieux entre nous. Là, pour la première fois de ma vie, je me suis demandé pourquoi nous sommes tellement attachés à la Géorgie.

Le nouveau premier ministre géorgien a remporté les élections en promettant de rétablir des liens avec la Russie.

Le nouveau premier ministre géorgien a remporté les élections en promettant de rétablir des liens avec la Russie.

Quand le pouvoir a changé à Tbilissi, à Moscou on a immédiatement parlé du retour rapide des produits géorgiens sur le marché russe ainsi que d’autres joies. On trouve dans nos magasins du Khvanchkari, de la Bordjomi et même des fruits et légumes géorgiens. Au Kremlin, ils promettent de se pencher sur la question du régime des visas. Malgré tous nos efforts, la Géorgie n’a rien fait pour nous. À Tbilissi, on ne trouve pas de produits russes. Les supermarchés sont remplis de vodkas, fromages et yaourts ukrainiens. On peut facilement arriver à la conclusion que notre partenariat économique n’est avantageux que pour un seul côté. C’est vraiment intéressant. Pouvons-nous seulement vivre sans la Géorgie ? Selon un homme d’affaire géorgien de 52 ans,  la Russie ne compte pas sans la Géorgie.  En URSS, ils chérissaient tellement la culture, les traditions et la cuisine géorgienne que les Géorgiens se sont convaincus de leur caractère exceptionnel. Vous allez rire, mais après l’effondrement de l’URSS, beaucoup de gens à Tbilissi se demandaient où disparaissait leur influence à Moscou. Aujourd’hui, beaucoup de Géorgiens restent persuadés que leur pays était la plus grosse perle sur la couronne soviétique.  Dans le film de propagande consacré à la guerre en Ossétie du sud « 5 jours en août », ils font dire à Poutine que la perte de la Géorgie est la plus grande catastrophe géopolitique du 20ème siècle ! Et peu importe que Poutine n’ait jamais dit pareille chose ! Seulement, 20 ans se sont écoulés maintenant. Les Géorgiens ont réfléchi et se sont rendu compte que la Russie vit tranquillement sans nous.

À Tbilissi, ils m’ont demandé si les Russes avaient mal vécu l’embargo sur les produits géorgiens, qui a duré 6 ans. J’ai honnêtement répondu : « niet ». Oui, le vin géorgien est vraiment formidable. Mais nous l’avons remplacé par le vin français, espagnol ou chilien. Même le vin de la région de Krasnoïarsk (sud de la Russie) peut remplacer le vin géorgien. Les eaux minérales du Caucase russe peuvent facilement remplacer la Bordjomi. Et ne parlons même pas des fruits et des légumes.

Les Russes, comme tous ceux qui ont eu la chance d'y goûter, raffole de la nourriture géorgienne.

Les Russes, comme tous ceux qui ont eu la chance d’y goûter, raffole de la nourriture géorgienne.

Regardons la vérité dans les yeux. La Géorgie est un pays en Transcaucasie qui ne présente pas d’intérêt économique particulier. Une importance stratégique ? Nous avons des bases militaires en Arménie. Le gaz et le pétrole ? Ils n’en ont pas. Quel est le problème alors ? Nous nous agissons vraiment avec flegme avec le Tadjikistan et le Kirghizistan. Mais dans le cas géorgien, nous nous emportons pour des détails. On se fâche moins facilement avec notre chère Ukraine. Maintenant, alors que Tbilissi nous tend la main, nous penchons la tête et nous nous empressons de la leur serrer.  Mais tout est-il vraiment serein entre nous ? Jusqu’à présent, personne ne s’est excusé pour le meurtre brutal des soldats de la paix russes tués à Tskhinvali dans les premiers instants de la guerre en Ossétie du sud. À Tbilissi, le musée de l’occupation soviétique existe toujours. Il semble oublier le rôle de Staline, Beria et Chevardnadze, tous Géorgiens. Quand je suis arrivé à Tbilissi, un meeting réclamant l’arrestation du musicien russe s’étant rendu en Abkhazie avait lieu. C’est ça l’amitié ? Près de six mois après l’arrivée au pouvoir de l’opposition, il serait temps de passer des paroles aux actes.

Durant 22 ans, les présidents de la Géorgie nouvellement indépendante ont accusé la Russie de tous les péchés mortels, affirme le politologue adjare Anvar Rachidze. Les premiers coupables sont Zviad Gamsakhourdia et Mikhaïl Saakashvili. Edouard Chevardnadze s’illustrait aussi. C’est devenu une sorte de tradition. Les Géorgiens se sont habitués : la Russie est coupable de tous les problèmes de la Géorgie. Ça frôle parfois l’absurde. Par exemple, la presse locale avait diffusé des photos de la ministre géorgienne de l’économie Vera Kobalia en train de danser dans un strip-club. Elle n’avait  pas hésité à affirmé qu’il s’agissait d’une intrigue des services secrets russes !  La Russie accorde trop d’importance à sa relation avec la Géorgie.

Vera Kobalia, la ministre adepte du strip-tease.

Vera Kobalia, la ministre adepte du strip-tease.

C’est peut-être dû à notre nostalgie de la Géorgie soviétique. Commercer avec la Géorgie n’est pas si avantageux. Changeons le régime des visas et un demi-million de travailleurs débouleront en Russie. Si la Russie n’était pas le marché habituel pour le vin et l’eau géorgienne, ferions-nous la paix uniquement pour nos beaux yeux ? J’en doute réellement. Pour notre argent, beaucoup sont prêts à devenir nos amis. Quand c’est gratuit, il n’y a plus personne.

Personnellement, j’adore la Géorgie. Vivent là-bas des gens merveilleux, accueillants et toujours prompts à ouvrir leurs portes aux voyageurs russes. Hélas, durant les dernières années les politiciens locaux ont craché dans notre direction sans aucune retenue, sans penser que les crachats leur reviendraient au visage. Ne serait-il pas temps pour la Géorgie de vivre avec la Russie en bon voisinage et de ne plus la considérer uniquement comme un marché pour la Bordjomi ? Excusez-moi, je ne pense pas que quelques belles paroles soient de trop…

Georgy Zotov, Argumenti i fakti

 

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Нужна ли нам Грузия?

 

Пожалуй, ссориться уже хватит. Но будет лучше, если грузинские политики подтвердят делами своё желание жить с Россией как с добрым соседом, а не как с рынком для боржоми. Одних красивых слов о дружбе, простите, недостаточно.

Пару лет назад во время поездки в Армению мне часто задавали вопрос: «Почему в России так любят Грузию?» «Разве? – удивлялся я. – Мы хорошо относимся к грузинам, но вряд ли лучше, чем к вам». «А вот и нет, – упорствовали армяне. – Грузию у вас обожают. И песни популярны грузин­ские, и «Хванчкару» пьёте, и «Мимино» смотрите. А как вы обижаетесь, когда с грузинами ссоритесь из-за политики! Армяне же русских не оскорбляли, Россию не ругали и в войну с вами не ввязывались. Почему к нам такого отношения нет?»

Нынешней весной, приехав в Тбилиси, я много общался с грузинами. В кафе поднимали тосты за дружбу с Россией и говорили – вся Грузия надеется, что скоро растает лёд, заморозивший нашу любовь на время президентства Саакашвили. И тут я впервые в жизни задумался: а и верно, отчего мы так сильно держимся за Грузию?

«Хванчкара» и оккупант Сталин

Едва в Тбилиси сменилось правительство, в Москве сразу заговорили о скором возвращении грузинских товаров на российский рынок и о прочих радостях. Помимо того что в наших магазинах появятся «Хванчкара», боржоми, а также овощи и фрукты с кавказских полей, в Кремле обещают рассмотреть вопрос об отмене виз. Однако мы раскланиваемся с южным соседом, основываясь лишь на обещаниях и улыбках – кроме цветистых фраз о необходимости налаживания связей с Россией, Грузия пока ничего для нас не сделала. Между тем товаров из РФ в Тбилиси днём с огнём не найдёшь, зато в супермаркетах полно украинской водки, сыра и сметаны. Легко сделать вывод – наше экономическое сотрудничество выгодно исключительно одной стороне. Интересно, чего ради мы с такой скоростью спешим помириться, будто и дня не проживём без Грузии?

– Именно из-за вашего пристального внимания грузины убеждены – Россия без них не обойдётся, – считает 52-летний тбилисский бизнесмен Вахтанг Гаприндашвили. – В СССР лелеяли грузинскую культуру, традиции и кухню так, что Грузия уверовала в свою исключительность. Вы будете смеяться – даже после распада Союза многие люди в Тбилиси удивлялись, а куда исчезло наше влияние в Москве? Сейчас грузины сами себя уверяют – их республика была «жемчужиной в короне» СССР. В пропагандистском фильме о войне в Южной Осетии «5 дней в августе» цитируются слова Путина: «Потеря Грузии – главная трагедия XX века» – и ерунда, что Путин такого в жизни не говорил! Только теперь, спустя двадцать лет, люди стали размышлять – хм, а ведь Россия-то без нас совершенно спокойно живёт. Зато тут в экономике одни проблемы.

В Тбилиси меня спрашивали – ощущались ли в России сложности ввиду семилетнего отсутствия товаров из Грузии? Я честно отвечал – «нет». Да, грузинское вино реально замечательное. Но его на нашем рынке заменило французское, испанское, чилийское. Как оказалось, даже вина Краснодар­ского края, которые мы доселе не замечали, ничуть не хуже. Минеральных вод с россий­ского Северного Кавказа более чем достаточно, чтобы вытеснить боржоми, про фрукты и овощи и говорить нечего.

Давайте посмотрим правде в глаза. Грузия – маленькая республика в Закавказье и особого экономического интереса не представляет. Стратегическая важность? У нас есть военные базы в Армении. Газ и нефть? Их здесь нет. А что ж тогда? Мы весьма флегматично относимся к Киргизии и Таджикистану (с таким же количеством населения и размером территории), но в случае с Грузией нас задевает любая мелочь – и ругань, и издёв­ки, и телепропаганда. Ей-богу, на Украину и то обижаемся меньше. Теперь, едва Тбилиси протянул руку, мы сломя голову тут же бросаемся её пожимать.

Но всё ли между нами безоблачно? Никто до сих пор не извинился за зверское убийст­во российских миротворцев в Цхинвале в первый день войны в Южной Осетии. В Тбилиси ещё действует Музей советской оккупации – с учётом того, какие должности в СССР занимали грузины Иосиф Сталин, Лаврентий Берия и Эдуард Шеварднадзе, он выглядит весьма комично. В день приезда в Тбилиси альтиста Юрия Башмета состоялся митинг с требованием арестовать музыканта за его преж­ний визит в Абхазию. Это что, проявления дружбы? Понимаю, скоро только кошки родятся. Но спустя полгода после прихода к власти оппозиции можно и перейти от слов к делу.

Ностальгия по Кикабидзе

– За 22 года независимости Грузии каждый её президент обвинял Россию во всех смертных грехах, – считает турецкий политолог аджарского происхождения Анвар Рашидзе. – В первую очередь – Звиад Гамсахурдиа и Михаил Саакашвили, во вторую – Эдуард Шеварднадзе. Это стало своеобразной «доброй традицией». В итоге здесь просто привыкли: Россия виновата в любой грузинской проблеме. Доходит до абсурда – когда в местной прессе появились скандальные фото танцев в стрип-клубе министра экономики Веры Кобалия, женщина моментально сослалась на… интриги российских спецслужб. Россия придаёт слишком много значения тому, как к ней относятся в Грузии.

Да, наверное. Это наша ностальгия по образу «советского грузина» – по песням Кикабидзе, фильму «Не горюй!», солнечным курортам… И, пожалуй, ничего более. Торговать с Грузией не столь выгодно, отменим визы – приедут полмиллиона гастарбайтеров. И ещё. Если бы Россия не являлась таким привлекательным рынком для грузинского вина и минералки – стали бы с нами дружить просто «за красивые глаза»? Ох, сомневаюсь. За деньги нашими друзьями хотят стать многие, а вот бесплатно – так что-то никто.

Хотя лично я обожаю Грузию. Там живут чудесные люди, в её городах умеют принимать гостей и замечательно относятся к приезжим из России. Увы, местные политики за последние годы чересчур сильно плевали в нашу сторону, не думая, что плевки прилетят обратно. Да, ссориться нам хватит – но почему только мы одни обязаны идти на уступки? Пусть и сама Грузия подтвердит делами своё желание жить с Россией как с добрым соседом, а не как с рынком для боржоми. Одних красивых слов, простите, уже недостаточно…

7 réponses à “VU de RUSSIE: Avons-nous vraiment besoin de la Géorgie?

  1. Intéressant, c’est un peu comme si la Corse devenue indépendante (c’est pas demain la veille!) déclarait que sans elle la France était à genou…
    Il est quand même étonnant de voir qu’aprés 20 ans de séparation, les rancoeurs ont la vie dure.
    Haaaa, les divorces….

    • C’est un poisson d’Avril? Je rigole. Mais je ne suis pas un seigneur, à par peut-être pour l’humour.

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