« Gloire à la dépêche d’agence » par Jehan Goffin

Jehan Goffin étudie le journalisme en Belgique. Passionné par les nouveaux médias, il a voulu faire un stage dans la rubrique web d’un grand quotidien belge. Son expérience lui laisse un goût amer.

Ancien logo du compte Twitter de l'Agence France Presque

Ancien logo du compte Twitter de l’Agence France Presque

« Gloire à la dépêche d’agence de presse. » C’est la première réflexion qui m’est venue après quelques jours de stage. En effet, la grande majorité des informations publiées sur le site Internet d’un journal traditionnel sont, à la base, des dépêches d’agence, principalement Belga et AFP. Même contenu et même mise en forme. Certes, il est normal pour une rédaction web de se baser principalement là-dessus, puisque les journalistes ne quittent pas leur bureau de toute la journée. Les yeux rivés sur leur écran, ils voient défiler les dépêches écrites par les agences de presse et décident lesquelles valent la peine qu’on détaille un peu plus l’information.

Mais peut-être naïvement, je m’étais attendu à plus de productions « propres », c’est-à-dire plus d’articles qui dépassent le simple toilettage de dépêches, avec une interview d’expert en plus dans certains cas. En effet, vu les possibilités innombrables qu’offrent Internet et les nombreux sites tels que Infogr.am, Storify, Thinglink, ScribbleLive, etc. (sites d’ailleurs connus par les journalistes), on pourrait espérer – voire exiger ? – des articles plus poussés dans la recherche et la présentation des données. Personnellement, je suis attaché à l’esthétique d’un article, à sa mise en page. Un pure-player comme feu Owni (owni.fr) était d’ailleurs très porté là-dessus.

« Sans nouvelle forme, les journalistes web sont la simple transposition de ce que font les journalistes papier »

 Malheureusement, le travail en rédaction web dans un journal traditionnel est très routinier. Les journalistes ont leurs petites habitudes : il y a la question du jour sous forme de chat avec les internautes, et puis le suivi de l’actualité et l’écriture d’articles sur base des dépêches. La question esthétique du site et des articles publiés est peu présente, voire totalement inexistante. L’information est donnée de façon « brutale », sous la forme d’un texte brut accompagné généralement d’une photographie. Aucun enjolivement, aucune mise en avant de certaines informations pour attirer l’œil de l’internaute, et ainsi lui donner envie de lire jusqu’au bout l’article. Un triste constat selon moi. Comment espérer captiver son audience dans ce cas-là ? Et comment espérer la faire accroitre par la suite ? Dans cette situation, le site Internet est, à mon avis, totalement dépendant de l’image et de la popularité du journal papier. Ne proposant peu, voire aucune nouvelle forme de journalisme, les journalisme web est une « simple » transposition de la production papier. Et les internautes sont des lecteurs du journal papier venus sur le site car ils y retrouvent la même politique médiatique et le même genre d’information.

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Une des raisons de cette absence de nouveautés journalistiques et d’une certaine prise de risque est un problème que la profession rencontre depuis toujours : la contrainte de temps (et sous-jacent, la contrainte économique). Elle se fait d’ailleurs encore plus ressentir au sein de la rédaction web. « On n’a pas le temps ». Voilà la phrase qui semble trotter dans la tête de tous les journalistes. Il faut être au taquet, être les premiers sur l’information, donner en premier sur son site la dépêche qui va faire la Une des journaux. Plus le temps donc pour la réflexion et pour la création. Et c’est là que je m’insurge le plus. Certes, il faut du temps, beaucoup de temps, pour rechercher, traiter, analyser les informations. Mais pourquoi donner la même explication en ce qui concerne l’esthétique, la mise en page des articles ? Est-ce vraiment fastidieux de prendre quelques minutes pour mettre en avant une citation et/ou d’agrémenter l’article de photos, infographies, vidéos ? Et si oui, serait-ce pour autant du temps perdu ?

Ce sont donc des articles pauvres au niveau de la forme mais aussi, conséquence directe, pauvres également en contenu. Car, outre le fait que les journalistes n’ont pas vraiment le temps de chercher d’autres informations que celles disponible dans la dépêche, la plupart des articles publiés sur le site sont assez courts à cause de leur mise en forme. C’est tout à fait logique : l’article étant peu attractif, les journalistes ne peuvent se permettre d’écrire de longs papiers. L’œil déjà fatigué par la vue d’un bloc de texte unique et brut, l’internaute aura vite fait de changer de page si jamais c’est trop long pour lui.

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Journalistes web, notre métier est pleine (r)évolution. I l faut sortir des normes et des traditions. Il faut repenser la manière dont l’information est traitée et présentée au public. Ne faites pas vos articles comme s’ils allaient être publiés dans un journal papier. Il est possible d’écrire autrement. Comme vous demandez souvent un courage politique dans vos papiers, je vous demande d’avoir un courage journalistique.

 

Un étudiant en journalisme qui croit éperdument en son futur métier

4 réponses à “« Gloire à la dépêche d’agence » par Jehan Goffin

  1. Tout à fait d’accord. C’est un fait que je constate tous les jours – étant un boulimique d’infos – il éxiste pléthore de sites journalistiques, mais leur construction se ressemble.

    Un exemple flagrant: les blogs estampillés WordPress. Je ne connais pas le nombre exacte, mais force est de constater qu’ils sont tous plus ou moins construits à l’identique. Dans un sens, cela paraît normal étant donné qu’ils ont le même hébergeur. Mais là où le vice a été poussé à l’extrème, c’est que dans l’ensemble, ils reproduisent les mêmes bugs. En ce moment je tape mon commentaire et ô surprise, plutôt que de voir la fenêtre d’écriture grandir au fur at à mesure, c’est mon e-mail et mon pseudo qui remonte et me cache mon texte. Du coup, j’ai une excuse si je fait des fautes d’aurtaugrafe.

    Pour en revenir au sujet, il existe parmis les blogueur, une catégorie qui se contentent de relayer les infos – ce qui est une nécessité – mais, là aussi, cela tourne parfois au ridicule. Il y a quelques mois j’ai lu une info à propos du Mali. Cette info a été relayée au moins une douzaine de fois par autant de sites différents, qui à chaque fois mettaient en lien l’article du site précédent. En finalité, l’article avait été tellement déformé, que le site d’origine l’a reblogué sous un nouveau titre croyant avoir à faire à une nouvelle info.🙂

    Si je parle des blogueurs, c’est qu’à mon avis, les journalistes modernes ne sont pas différents de ces anonymes, à la différence prés qu’ils touchent un salaire (les journalistes, of course).

    Ceci dit, je vous remercie pour votre site. Excellent…

  2. Billet très pertinent ; Et oui, le defunt Owni devrait inspirer tout le monde publiant sur la toile, c’était le journalisme adéquat sur le web par excellence tant sur le fond, la forme, les sujets, bref tout. ça m’a fendu le coeur quand ils se sont arretés.

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