Quatre ans après le séisme, Haïti est toujours dans le creux de la vague

haiti

Il y a quatre ans, un séisme d’une magnitude de 7.3 sur l’échelle de Richter causait la mort de plus de 230 000 personnes. Plus d’un million trois cent-milles individus se sont retrouvés sans toit. De nos jours, les conditions de vie sur place restent catastrophiques. Tout n’a pas été reconstruit, l’apparition d’une « classe ONG » a causé une augmentation dramatique des prix et le destin politique du pays semble plus que jamais soumis au bon vouloir de l’impérialisme américain.

Malgré l’amnésie causée par les médias toujours prompts à zapper une info pour une anecdote, tout le monde se souvient des terribles images du tremblement de terre en Haïti, il y a quatre ans. Des rues jonchées de cadavres, des orphelins par milliers, des villes de tentes, un palais présidentiel en ruines. Beaucoup de médias parlaient alors « d’Haïti : an zéro ».

On retrouve dans cette phrase tape-à-l’œil la traditionnelle propension des Occidentaux à considérer les pays du Tiers-Monde comme dépourvus d’Histoire et donc malléables à souhait. Les innombrables interventions militaires américaines et/ou françaises appuient ces propos. Les Haïtiens ne seraient pas capables de prendre leur destin en mains, « l’homme blanc » devrait donc se charger de les élever vers la civilisation. Or, en Haïti, la civilisation voulue par l’Occident fut bien souvent synonyme de dictatures plus abominables les unes que les autres. Dès lors, rien d’étonnant à ce que la reconstruction du pays suite au séisme de 2010 ait incombé dans la seule escarcelle des Occidentaux.

L’homme blanc, heureux de pouvoir montrer au reste du monde sa richesse, a accouru en Haïti. Très vite, il s’est lancé dans de nombreux projets de reconstruction : écoles, hôpitaux, routes mais aussi infrastructures énergétiques et économiques. C’était une véritable course à la bienfaisance et comme pour les paquets de frites, plus c’est gros, mieux c’est.

Ces projets ont été mené sans concertation aucune. La timide tentative du gouvernement haïtien, par ailleurs complètement désorganisé, de mettre de l’ordre dans ce capharnaüm s’est révélée vaine. La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) a finalement été dissoute près d’un an après sa fondation, faute de résultats probants.

Les bons sentiments occidentaux ont donc été quasiment les seuls à présider la reconstruction haïtienne. Nous avons donc assisté à de nombreux doublons dans les projets : deux écoles dans un petit patelin paumé, deux dispensaires dans le même quartier, etc. Par ailleurs, de nombreux projets se sont révélés complètement inutiles, les bienfaiteurs veillant bien souvent à financer des projets avant tout visibles.

La toute-puissance occidentale dans la reconstruction haïtienne a également eu d’autres conséquences, plus socio-politiques. Il faut tout d’abord noter l’émergence d’une nouvelle classe sociale, venant accentuer les inégalités dans un pays pourtant déjà fortement inégalitaire (Haïti se classe à la septième position des pays les plus inégalitaires au monde selon l’indice de Gini). Les travailleurs des ONG, bien souvent étrangers, jouissent de confortables revenus. Ils s’accaparent des quartiers entiers de la capitale Port-au-Prince, chassant par la même occasion les restes d’une classe moyenne quasi inexistante.

L’émergence de la « classe ONG » et de l’Etat ultralibéral

L’omnipotence des ONG a également eu pour conséquence de vider l’Etat haïtien de toute substance. Déjà intrinsèquement faible, il a vu les quelques prérogatives encore dans ses mains lui échapper. Actuellement, 70% des missions de santé sont dirigées par les ONG tandis que ce pourcentage s’élève à 85% pour les missions éducatives. Or, plus de 50% des ONG et opérateurs privés œuvrant en Haïti sont originaires des États-Unis. Et le gouvernement américain ne se prive pas pour faire savoir que les ONG sont avant tout un moyen de faire prévaloir ses intérêts. « NGOs are such a force multiplier for us, such an important part of our combat team », avait déclaré en octobre 2001 le Secrétaire d’Etat Colin Powell. C’est donc en partie grâce aux ONG que l’Etat haïtien est devenu aussi libéral que possible, au grand bonheur des investisseurs occidentaux, plus particulièrement américains.

Ces investisseurs américains ont profité du séisme pour conforter leurs positions en Haïti, visant à faire du pays le « Taïwan des Caraïbes ». Bill Clinton… l’émissaire de l’ONU pour Haïti est derrière le projet « Caracol », la plus vaste zone-franche des Caraïbes. Pour construire les usines d’assemblage devant s’y trouver, de nombreux paysans ont été chassés de leurs terres sans ménagement. Ils se regroupent dès lors dans de vastes bidonvilles et transformés en lupen proletariat, travaillent dans des usines américaines qui, cela va de soi, ne paient pas de taxes à l’Etat haïtien. Notons par ailleurs que les fonds débloqués par Washington pour le projet Caracol sont les plus importants pour un seul projet, après ceux visant à rembourser le déploiement massif de troupes US juste après le séisme.

Soldats américains dans les rues de Port-au-Prince peu après le séisme de 2010.

Soldats américains dans les rues de Port-au-Prince peu après le séisme de 2010.

Une reconstruction orientée

L’inefficience de l’aide occidentale, les projets américains de main basse sur les richesses nationales ainsi que la kleptomanie pathologique des classes supérieures haïtiennes ont eu pour conséquence la stagnation de la reconstruction.

Quatre ans après le séisme, plus de 150 000 personnes croupissent toujours dans des camps provisoires, qui sont en fait devenus des bidonvilles permanents. Dans ces camps de fortune, les sanitaires sont un luxe auquel on ne rêve même pas. Cela a pour conséquence le retour de maladies plus ou moins disparues. Ainsi, le choléra a fait son retour en Haïti. Les casques bleus népalais de l’ONU avaient été accusés d’en être responsables, alors qu’ils avaient été surpris à vider leurs latrines dans des eaux que les Haïtiens utilisent dans la vie de tous les jours.

Mais cette réalité n’est pas partagée par tous les Haïtiens. Quatre ans après le séisme, le pays est plus que jamais divisé entre une minorité riche et blanche et une écrasante majorité noire et miséreuse. En 2012, cette république des Caraïbes se situait à la 162ème place des pays les plus développés selon l’IDH (Indice de Développement Humain), derrière le Yémen et devant l’Ouganda. Alors que son sous-sol possède des richesses gigantesques. Ainsi, des experts estiment que les réserves de pétrole haïtiennes sont plus importantes que celles du Venezuela. Mais l’Histoire haïtienne a prouvé que les richesses nationales sont avant tout distribuées aux puissances étrangères et à la haute-bourgeoisie locale, représentante des intérêts de Washington.

Le Revizor

PS: Merci à mon amie Virginie de m’avoir appris tant de choses sur ce pays.

12 réponses à “Quatre ans après le séisme, Haïti est toujours dans le creux de la vague

  1. Tu ne peux pas savoir à quel point tu me fais plaisir. Haïti fait partie des états dont il est impossible d’avoir des nouvelles.

    De temps en temps Mondialisation.ca publie un article. Sinon, c’est silence sur toute la ligne. Sauf aux States, mais cela ressemble plus à de la propagande.

    Merci bien, très cher…

    • La conception fondamentale de la Constitution américaine est que le penchant naturel d’un gouvernement vers la tyrannie ne peut être
      contré que par une séparation claire et nette des pouvoirs et un respect absolu des droits sous le contrôle vigilant de la population. Dans cet esprit, les révolutionnaires américains ont écrit le Quatrième amendement, qui fait partie de la Déclaration des Droits (« Bill of Rights », 1791), qui stipule clairement : « Le droit des citoyens d’être garantis dans leur personne, leur domicile, leurs papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, » ce qui exige que chaque perquisition ou chaque saisie soit accompagnée d’un mandat gouvernemental spécial étayé par une présomption sérieuse.

      Comme l’ACLU l’a fait remarquer dans son communiqué, la collecte de données téléphoniques sans mandat de toute la population par le gouvernement peut « révéler la religion d’une personne, ses associations politiques, le recours au téléphone rose, l’idée d’envisager le suicide, une dépendance au jeu ou aux drogues, un cas de viol, des problèmes d’ordre sexuel ou le soutien de causes politiques particulières. » En dernière analyse, le juge Pauley consacre 55 pages pour soutenir ce qui est en soi une absurdité : le fait que la collecte de toutes les coordonnées téléphoniques de tous les citoyens américains est « raisonnable » en vertu du Quatrième amendement.

      suite …

      http://www.legrandsoir.info/les-arguments-pseudo-juridiques-justifiant-un-etat-policier.html

    • Heureux de voir que tu es toujours là.
      Oui, c’est dommage. Je souffre aussi de ce manque d’informations, d’autant plus que c’est un pays passionant à mon humble avis.

      J’ai une ami d’origine haïtienne qui a fait son mémoire sur la reconstruction et l’influence américaine. Cela t’intéresserait? Il est très bien documenté.

      • Autant demander à un russe si il veut de la Vodka…

        Bien sûr que cela m’intéresserait. je suis preneur. Si tu veux utiliser directement mon adresse mail pour les modalités, ne te gêne pas.

        Sinon, il paraîtrait que tu rôdes dans les montagnes?

        A+

      • Ok, je vais lui demander son accord et je te le fais parvenir. Tu vas aimer.

        Dans les montagnes? Non, pour l’instant je suis dans mon plat pays. Mais je me prépare à passer quelques mois à Leningrad, pardon Petrograd… merde, Saint-Pétersbourg!

      • Votre vie est limitée, alors ne passez pas votre temps à vivre la vie d’une autre personne. Ne tombez pas dans le piège du dogme qui consiste à vivre suivant le résultat de la pensée
        des autres. Et pardessus tout, ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. Ces deux savent déjà qui vous voulez réellement devenir. Tout le reste n’est qu’accessoire.😦

        Steve Jobs

      • Ahhhh! St Petersbourg! Le soleil, la Floride, la budweiser tiède…😉

        Sinon, il va te falloir prendre une petite laine. Voire même une grosse. Ah oui, et n’oublies pas ton clavier!

      • Bon, adresse mail j’ai compris. Pour le reste j’avoue avoir du mal. MP? Que vient faire la police militaire dans cette histoire?
        Et je dois avouer que je n’ai pas de compte NSAbook.

      • Ahahaha ok! Ce message m’a bien fait sourire.

        MP= messagerie privée. Laisse ton mail ici, je supprime le commentaire ensuite.

        Ou alors tu me donnes une énigme à la père Foura.

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