« Dieu est avec l’Ukraine »

Voici un article que j’ai écrit pour le journal belge l’Echo. Bonne lecture.

uk

Kiev, la capitale ukrainienne, s’est une nouvelle fois embrasée. Dans la nuit de mardi à mercredi, plus de vingt-cinq personnes sont décédées dans des affrontements entre la police et les manifestants pro-européens. « Je n’y étais pas, soupire  Alena, une étudiante de vingt-deux ans contactée par téléphone. La police avait demandé aux femmes et aux enfants de rester chez eux car ils s’apprêtaient à lancer une vaste opération anti-terroriste. Voilà comment le pouvoir voit les citoyens. » Une explosion retentit, Alena ne s’en offusque pas. « Je suis maintenant près de Maïdan, là où sont concentrés les manifestants. La police tire des balles en caoutchouc, les protestataires répondent avec des feux d’artifice. Ce sont les seuls armes que j’ai vu chez les révolutionnaires », assure-t-elle. Alena ne pense pas que les violences vont cesser prochainement. « Les gens prennent congé et se mobilisent pour faire vivre notre révolution, dit-elle pleine d’enthousiasme. La police attend la nuit pour attaquer. Mais nous ne reculerons jamais. Nous voulons que nos morts aient servi à quelque chose. Dieu est avec l’Ukraine », dit-elle avant de conclure en disant qu’elle doit aller aider les cantinières de la révolution.

« Je suis sur la place Maïdan et je n’en crois pas mes yeux, dit Jacob, un Italien résidant à Kiev. Le sol est couvert de cendres, des bâtiments aux alentours sont incendiés, des révolutionnaires lancent des cocktails molotov, les canons à eau de la police fonctionnent en permanence. C’est surréaliste, nous sommes au bord de la guerre civile. » Jacob affirme avoir eu beaucoup de mal à rejoindre le centre de Kiev. « On pensait que les barricades étaient réservées aux manifestants… et bien la police s’y met aussi. Le centre est bouclé, il y a des contrôles partout. » Il nous fait part de ses inquiétudes quant à la suite des événements. « De nombreuses rumeurs circulent. L’un d’elle affirme que des manifestants feraient venir des armes depuis l’ouest du pays. On dit aussi que la Russie envoie des hommes pour prêter main forte à la police. Cela risque de tourner au bain de sang. »

Nastia, une farouche militante de vingt-sept ans, partage les mêmes angoisses. « J’étais sur Maïdan avant-hier soir, comme tous les soirs d’ailleurs. J’ai vu les policiers et les casseurs du gouvernement tirer à la kalachnikov sur des manifestants pacifiques. Une de mes connaissances a été blessée quand les casseurs ont lancé une grenade près de sa voiture. Ils disent qu’il y a vingt-cinq morts mais j’en ai vu plus. Quant aux blessés, on ne les compte plus. Les hôpitaux sont remplis de gens à l’agonie. La police vient les arrêter et les conduit directement en prison. Et ils osent encore nous appeler terroristes, fulmine-t-elle. Je pense que nous sommes au bord d’une guerre civile, dans la mesure où personne n’est prêt à reculer. Le gouvernement veut nous chasser de Maïdan, peu importe le prix. Et nous, nous refusons de vivre encore dans l’humiliation et le silence. C’est une lutte à mort. » Nastia reste cependant confiante dans l’avenir de son pays, l’Ukraine. « Il y a une telle solidarité. Des habitants de Kiev apportent chaque jour des vivres pour soutenir ceux qui se battent pour leur liberté. Il y en a même qui apportent toute leur garde-robe pour que les manifestants ne meurent pas de froid dans leurs vêtements trempés par les canons à eau de la police. C’est cette Ukraine que j’aime, pas celle des policiers assassins. » 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s