En Syrie, le tourisme de guerre

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Nous, Européens, sommes habitués à les voir déambuler en épais essaims, la caméra vissée dans leurs petits doigts jaunis. Ils s’extasient devant Notre-Dame de Paris, viennent se marier à Prague, se moquent bien des illuminations de Piccadilly Circus et foulent le sable du Colisée, terrain de jeu de nos samouraïs antiques. Mais pour Toshifumi Fujimoto, l’Europe n’est pas assez excitante. Ce touriste japonais préfère flâner dans une Syrie martyrisée par près de deux années de guerre civile.

Le chauffeur camion japonais se dit accroc à l’adrénaline. « Tous les jours, je vais sur une ligne de front différente avec les membres de l’ASL. Alep, Homs, Hama, peu importe ! Je dois y aller seul car aucun guide n’ose m’accompagner. Cela me procure une dose d’adrénaline incomparable ». L’homme de 45 ans, père divorcé, déambule dans un uniforme militaire japonais. Avec deux appareils photos et une caméra, il prend des images destinées à ses amis. Cela change des soirées sushis où un invité finit toujours par perdre les pédales sous l’effet du saké.

« Je vais toujours en première ligne. Quand les rebelles me disent de courir pour fuir les snipers, je ne bouge pas. Je cadre mes photos. On tire sur les journalistes, pas sur les touristes. » Dans ces conditions, il est légitime de se demander quel ange protège l’hurluberlu japonais. D’autant plus que la barrière de la langue est là. « Je baragouine quelques mots d’anglais. Pour ce qui est de l’arabe, c’est pire encore… »

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Le touriste de la guerre est venu par la Turquie, pays qui soutient l’insurrection en Syrie. Il a déboursé pour ce faire 1900 euros. À son patron, il a affirmé vouloir se reposer sur les côtes turques. « Sinon, il m’aurait pris pour un fou. » De là, il a facilement rejoint la frontière syrienne aux mains des rebelles.

Fujimoto n’en est pas à son coup d’essai. Il affirme s’être rendu au Yémen lors de heurts anti-américains, en Égypte peu après la chute de Moubarak et à Homs fin 2011. Il prévoirait une petite excursion dans les régions afghanes contrôlées par les talibans.

Le développement du tourisme de guerre

Ce tourisme quelque peu particulier est plus répandu qu’on ne le croit. En Israël, des riverains s’étaient rassemblés pour « admirer » les récents bombardements de l’aviation sur la bande de Gaza. Peu avant, un article paru dans le Courrier International avait fait été d’Israéliens qui contemplent la guerre en Syrie depuis des hauteurs.

Hinterland travel, une agence de voyage britannique, s’est carrément spécialisée dans le « tourisme catastrophe » et le « tourisme de guerre ». Et aucune zone crisogène n’est oubliée : Irak, Cachemire, Caucase russe, Kurdistan, Afghanistan, Ouzbékistan et Birmanie. Évidemment, des excursions spéciales sont organisées lorsqu’une catastrophe imprévisible vient susciter l’intérêt des touristes : accident nucléaire, tsunami, ouragan, tremblement de terre, etc.

Le Revizor

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